Depuis le premier contact dans la matinée du 28 juillet 2023 où la victime a confirmé son kidnapping, sa famille n'a jamais plus entendu sa voix. Les kidnappeurs, quand ils ne font pas profil bas, ne communiquent que pour faire diversion. Il n'y a jamais eu de vraies négociations autour d'une demande de rançon. Un cas à la fois étrange et particulier tant le pays regorge de fonctionnaires qui ont été kidnappés puis libérés après le versement de rançon. Quatre mois plus tard, c'est le désarroi total du côté de sa famille. À Sainte-Suzanne, sa ville natale, les gens n'en reviennent pas de ce kidnapping qui n'a plus rien d'un kidnapping.

Il est 8h du matin, le vendredi 27 juillet 2023, de Moka-Neuf à Fonds Bleu, la vie suit son cours dans une relative insouciance. Quelques chevaux en provenance de Colette traversent vaguement le chemin qui mène, si on veut, jusqu'à au centre-ville de Sainte-Suzanne. Le cliquetis des oiseaux cède progressivement la place aux vrombissements de quelques motocyclettes. La localité a perdu de sa rusticité. Au centre-ville de Sainte Suzanne, à quelques centaines de kilomètres de Port-au-Prince, les enfants et les adolescents reprennent le chemin de l'école, plus heureux de retrouver leurs smartphones que les camarades et professeurs, mais au moins, ils continuent de croire en cet exercice qui n'a pas été perturbé par l'insécurité galopante qui enveloppe l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.