Le déplacement d’un territoire à un autre est le propre de l’être humain. On ne connait aucune période de l’histoire récente qui ne porte pas la trace de la circulation des humains. L’historiographie et la dynamique anthropologique globale actuelle est caractérisée par la circulation massive des individus (Marc Abélès, 2010). Par conséquent, le déplacement des individus suppose un mouvement de déterritorialisation et de reterritorialisation qui modifie l’identité du déplacé par un travail de confirmation ou de reconstruction de l’identité. Autrement dit, les individus circulent avec leur appareillage social et culturel. Ce dernier met les sujets déplacés dans un nouveau contexte social et culturel les exigeant à faire des concessions sur le plan identitaire (Abdelmalek Saad). En ce sens, la migration peut être abordée comme phénomène social total en tant qu’elle fournit des matériaux divers sur les conditions des personnes en situation migratoire. En effet, le déplacement importe tellement que les États, bien avant l’âge classique, développaient des stratégies de contrôle des mouvements de population. Or, la période moderne /post-moderne témoins du processus de « décloisonnement des frontières », confronte au mouvement de population en provenance des blocs non occidental. Dans ce vaste mouvement de population, Haïti occupe une place importante via le déplacement d’une frange de sa population vers l’extérieur. En réalité, ce qui nous intéresse dans ce travail est de comprendre les raisons stimulant les Haïtiens à laisser le pays. Qu’est ce qui explique le sentiment de transite de certain Haïtiens se trouvant en plein traversée de l’Amérique du Sud à l’Amérique central ? Pour répondre à ces interrogations, nous tenterons deux hypothèses et les soumettent à une socio-analyse. Premièrement, nous allons aborder la migration en tenant compte des maladies sociales et deuxièmement, l’aborder sur le plan d’une restructuration de l’imaginaire.
Pour une socio-analyse du déplacement
Les maladies sociales, économiques et politiques semblent n’avoir trouvé aucun médecin capable de déterminer les symptômes et dresser les diagnostiques. Plus de 30 ans après la dictature des Duvalier, le malade se présente avec les mêmes malaises et porte avec elle les signes de sa complication. Les crises socio-politiques perdurent, ajoutant à cela un environnement devenant de plus en plus criminogène faute de planification du territoire. Déjà, le sujet haïtien n’est pas fabriqué de manière à s’adapter à son environnement. Il existe tout un travail dans l’inconscient collectif qui le place en dehors de son temps et de son espace : « Okenn moun pajanm pwofèt nan peyil », comme si le sort de l’être haïtien est scellé dès le départ lorsqu’il s’agit de faire un plan de vie. Or, se projeter ou rêver avec des possibilités de matérialisation constitue un élément important pour la santé mentale des individus. Face à l’impossibilité de rêver ; quitter le pays devient nécessaire pour faciliter la réalisation de soi. Par rapport à cette situation est-il possible de parler d’une crise dans l’imaginaire collectif haïtien ? Ou, doit-on pointer le curseur sur les vagues de jeunes laissant le pays pour s’installer en République dominicaine. Par ailleurs, Il ne faut surtout pas croire que la République dominicaine est la destination finale ; mais, l’urgence est de laisser cet espace d’incertitude et de risque le plus tôt possible pour créer un espace de « confort » provisoire. Car, il n’est pas intéressant d’habiter un espace qui ne donne pas la possibilité de rêver. Il faut commencer à comprendre que la perception des jeunes change, et que certaines choses commencent à déranger, comme habiter avec les parents longtemps encore après sa majorité ; ils sont en quête d’autonomie qu’ils ne peuvent pas s’offrir en restant en Haïti. Ce sont autant d’indices qu’on est à même d’explorer pour comprendre l’immigration continue de la jeunesse haïtienne.





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