Des élections oui, mais….
1ere partie
Nous venons de traverser cahin-caha un nouveau 7 février, il y a quelques jours. Bien entendu nous sommes toujours dans l’œil du cyclone et cette fois-ci encore, comme en 2022 et 2023, il n’y a pas eu de passation démocratique du pouvoir à la tête de l’exécutif haïtien.
Pourtant un temps substantiel s’est écoulé depuis le macabre assassinat du Président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, en plein exercice de ses fonctions, encore plus depuis les manifestations qui dès 2020, proclamaient pour le 7 février 2021 la fin de son mandat.
Après quelques jours de flottement, un nouveau gouvernement fut formé, avec à sa tête le Premier ministre Ariel Henry, nommé 2 jours avant son décès par le président Moïse. La Constitution de 1987 amendée en 2011 stipule en son article 149 qu’en cas de vacances présidentielles, le gouvernement sous la présidence du Premier ministre exerce le pouvoir exécutif jusqu’à l’élection d’un autre président. Et cette élection du nouveau président « pour le temps qui reste à courir » a lieu 60 jours au moins et 120 jours au plus après l’ouverture de la vacance.
Cela signifie que le gouvernement d’Ariel Henry avait jusqu’en novembre 2021 pour organiser des élections afin d’élire un président de la République, qui allait exercer le pouvoir jusqu’au 7 février 2022 ? Voilà le genre d’absurdité auquel on aboutit, quand on ne se donne pas la peine de bâtir dans du béton les actes qui doivent régir la vie de toute une nation.
Quoiqu’il en soit, de désaccords profonds en accords imparfaits, le gouvernement suit son bonhomme de chemin, sans parlement, sans élus locaux d’aucune sorte, sans légitimité, dans la plus grande impopularité mais imposé, soutenu, guidé même dès le départ par la communauté internationale.
Le gouvernement s’arcboute sur l’insécurité qu’il a le devoir de combattre pour justifier la non-réalisation d’élections. La malice populaire et de plus en plus toute l’opposition politique, veut que l’insécurité soit le garant de la longévité de ce gouvernement. De toute façon, ce gouvernement ne se donne même pas la peine de communiquer avec la population. Le soutien sans faille de l’international semble lui suffire.
La communauté internationale avec le Secrétaire Général des Nations-unis, Antonio Gutteres, comme porte-drapeau, mais la diplomatie américaine à la manœuvre ne jure que par le déploiement d’une nouvelle mission « internationale de police » cette fois-ci, pour combattre les groupes armés. Et cela, malgré les limites dans le temps de l’effet sur la paix, la prospérité et la stabilité espérées des récentes missions du même genre en Haïti, malgré certaines répercussions très négatives, de ces missions, que la population n’est pas près d’oublier. Comme l’a souligné, Michel Soukar, les actes posés par les groupes armés dans le pays, relèvent plus du terrorisme que du banditisme. La population fait donc face à un autre niveau de violence et n’ayant pas confiance dans la capacité de l’Etat et de son bras armé, principalement la Police nationale, pour faire face, à ce nouveau défi, n’a, en dehors de l’opposition et des professionnels du béton, d’autre espoir qu’en une intervention armée internationale, plutôt occidentale, si possible.
Avec la libération et la déportation, bien opportunes, vers Haïti du trublion Guy Philippe par la justice américaine, la perte de contrôle accélérée de la Brigade de Sécurité des Aires Protégés et des sites écologiques, les fameux BSAP-BSAP, envahie par des anciens militaires de 1994, par des nostalgiques de l’ancienne armée et par de jeunes perdus ou désespérés, une nouvelle rébellion peut effectivement prendre corps dans le pays.
Pendant ce temps, le mouvement de protestation anarchique et parfois violente, prend de l’ampleur et gagne l’ensemble du territoire. La police nationale d’Haïti, mal formée, mal entraînée et mal encadrée n’est plus en mesure de garantir l’ordre et la sécurité dans le pays. Nous devons malheureusement nous attendre encore à des incidents regrettables, ici des bavures, voire là des violations fragrantes des droits de l’homme. Et avec le partage des images-chocs via les réseaux sociaux, la vague de fond tôt ou tard finira par emporter ce gouvernement retranché dans ses bureaux. Mais pour donner place à qui, à quoi et pour faire quoi ? Telle est la question qui n’est pas posée.
La communauté internationale répète, comme un mantra, que l’organisation d’élections reste la seule issue de sortie de crise et cela passe par le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix. Les Etats-Unis, ont été loin, très loin en Afrique de l’Est, pour trouver le sous-traitant, acceptant de porter cette patate chaude. Le Kenya, moyennant des compensations officielles juteuses et surement des officieuses, encore plus juteuses, s’est dit prêt à relever le défi, au nom de la fraternité africaine. Mais vu que la justice au Kenya fait de la résistance quand à l’envoi de policiers kenyans en Haïti, nous devons conclure que l’idée, même, d’organisation d’élections prend encore un peu plus le large.
Nous avançons donc, à grande enjambée vers le chaos total. C’est peut-être vers cette destination, que la communauté internationale ainsi que ses affidés, veulent nous conduire et non vers des élections démocratiques, inclusives, honnêtes, transparentes etc., comme on a coutume de le dire.
Dans des moments de doute comme celui-ci, il est impératif donc de revenir aux fondamentaux et nous poser quelques questions.
Joël JEAN-BAPTISTE
jojeanbaptiste@yahoo.com
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