Depuis que les États-Unis d’Amérique ont poussé le premier ministre Ariel Henry à remettre sa démission quelques jours après que son gouvernement a signé un accord avec le gouvernement du Kenya pour permettre le déploiement de policiers kényans en Haïti, on n’entend plus parler de la Mission multinationale d’appui à la sécurité autorisée par la résolution 2699 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies depuis le 2 octobre 2023.
Bien entendu, lors de la réunion de la Jamaïque tenue sous l’égide de la Caricom entre les parties haïtiennes et les membres de la communauté internationale intéressées à la question haïtienne, il était question que les futurs dirigeants devaient accepter le déploiement en Haïti de la Mission multinationale d’appui à la Sécurité.
Un mois plus tard, rares sont ceux qui parlent de la mission. Le Kenya a fait marche arrière expliquant que de nouvelles évaluations sont nécessaires. Trinidad et Tobago a retiré son offre. Les États-Unis d’Amérique n’ont jamais pu trouver à date les fonds pour financer la Mission. L’Algérie a offert cent mille dollars. La Grande Bretagne, sept millions de dollars.
Si la situation sécuritaire en Haïti avait cessé de se dégrader, on pourrait casser des feuilles et couvrir d’oubli la mission. Il n’en est rien.
Pendant que les Américains et le reste de la communauté internationale ne sont préoccupés que par l’évacuation de leurs ressortissants pris au piège en Haïti après la fermeture de fait de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince, voilà que le Conseil présidentiel, né à la Jamaïque des œuvres de la classe politique haïtienne et de la communauté internationale, semble évacuer l’éventualité du déploiement de la Mission multinationale d’appui à la sécurité.
Dans l’article 20 de l’ACCORD POLITIQUE POUR UNE TRANSITION PACIFIQUE ET ORDONNÉE, qui donne naissance au Conseil présidentiel, il est dit : « La mission fondamentale du gouvernement, muni d’une feuille de route convenue entre les parties prenantes, est de :
• Rétablir les conditions de sécurité publique et définir avec les partenaires internationaux les conditions d’un soutien efficace aux forces de sécurité haïtiennes, dans le respect de la souveraineté nationale ».
En français haïtien, quand on parle de « respect de la souveraineté nationale » cela signifie coopération oui, mission sur le terrain non.
Plus loin, la Section IX du document précise : « Du Conseil national de sécurité
Article 25.- Il sera mis en place un Conseil national de sécurité (CNS) formé d’experts nationaux, de professionnels de la diaspora et d’autres personnalités pour donner une réponse aux différents aspects de la crise de sécurité du pays.
Article 26.- Le CNS définira les modalités de coopération avec les partenaires internationaux en vue de l’amélioration de la sécurité, notamment l’assistance technique aux forces nationales de sécurité et au système judiciaire en vue de résoudre de manière durable les fléaux sociaux de l’insécurité, de la violence armée, des trafics de personnes, de stupéfiants, d’armes, de munitions, et la contrebande.
Article 27.- Le CNS définit et supervise les arrangements relatifs à l'assistance internationale en matière de sécurité (Résolution 2699 du CSNU et autres), en consultation avec les collectivités territoriales, les acteurs de la sécurité, de la gouvernance et de la société civile, ainsi que des experts nationaux et internationaux. »
Ces trois articles changent la donne et placent le Conseil national de sécurité, qui n’existe pas encore, au-dessus de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Conseil national de sécurité a le pouvoir de définir et de superviser « les arrangements relatifs à l'assistance internationale en matière de sécurité (Résolution 2699 du CSNU et autres), en consultation avec les collectivités territoriales, les acteurs de la sécurité, de la gouvernance et de la société civile, ainsi que des experts nationaux et internationaux.
Le nom de la Mission n’est pas cité dans l'accord politique et Haïti (des acteurs à définir) va prendre la main sur la résolution du Conseil de sécurité.
Cette dilution de la Mission multinationale d’appui à la sécurité -- qui n’a jamais pu voir le jour -- arrange-t-elle les USA qui n’ont pas d’argent pour la financer et le Kenya qui a pris ses distances ?
On ne le sait pas encore.
Pour le moment, sur le papier et dans les faits, la résolution de la question sécuritaire en Haïti est un vague projet. Il est difficile de savoir quelle forme elle prendra, avec quels moyens et quels acteurs.





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