Depuis quelques jours, les petits écarts s’accumulent et projettent une mauvaise image de la gouvernance de la transition.

Un exécutif multicéphale, un gouvernement de néophytes, une administration publique décimée, on savait que rien ne serait facile. Raison de plus pour que chacun mette le meilleur de lui-même pour rendre la transition la plus calme possible. Non pas qu’il n’y aura pas de chocs et de heurts mais les contenir autant que faire se peut est une obligation pour tous.

De sa création par Ariel Henry à aujourd’hui, le Conseil Présidentiel de Transition a perdu toutes ses batailles et offert un boulevard au premier ministre Garry Conille et à son gouvernement. Pourtant, c’est du ministère le plus policé, par principe et par métier, qu’est venu la première esclandre.

Dans un poste sur son compte X, la ministre des Affaires Étrangères a décapité en direct la diplomatie haïtienne, le 24 juin 2024. L’épuration est sans doute nécessaire mais la manière laisse à désirer.

« Suite à l’évaluation des profils et performances du personnel diplomatique, et avec l’approbation du Premier ministre, j’ai initié des procédures de rappel dans plusieurs missions.
L’intérim de plus de 50% des missions sera assuré par des femmes cheffes de postes, une première, » a écrit l’ancien représentant d’Haïti auprès de l’Unesco.

Depuis, on attend de voir la liste des rappelés et celle des promus. De connaître les nouveaux profils. Rien d’officiel n’a été partagé avec la presse.

La majorité des diplomates ont appris sur les réseaux sociaux leur limogeage. Ils ont lu avec effroi qu’ils étaient soit incompétents soit corrompus. Car pour enfoncer le clou, la ministre a écrit à l’Unité de lutte contre la corruption et à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour réclamer des enquêtes sur la gestion des missions diplomatiques.

Les enquêtes vont prendre des mois et des années avant toute conclusion.

Si le CPT n’est pas un président élu, par égard, il aurait dû être averti des changements dans la diplomatie et peut-être que des sages auraient proposé de faire en douceur les rotations de personnel.

Autre secteur qui a défrayé la chronique : le ministère de la Défense. Dans une note adressée au Commandant en chef des Forces Armées d’Haïti on a pu lire avec étonnement un détournement de la chaîne de commandement. Lisez plutôt la note :
« Au : Lieutenant - Général Jodel LESSAGE
Commandant en Chef ai des Forces Armées d'Haïti (FAD'H)

Du: Directeur Général
Colonel Louis Marcelin DANIEL
Objet : Disposition à prendre
Monsieur le Lieutenant-Général,
1. Selon les recommandations du Ministre, il vous est demandé dès la présente de mettre les Forces Armées d'Haïti en condition "D".
Les instructions subséquentes suivront.
Veuillez recevoir, Monsieur le Lieutenant-Général, l'expression de ma haute considération.
Louis Marcelin Daniel
Directeur général
CC: Ministre de la défense. »

La note est cavalière et déplacée car le directeur général du ministère de La Défense n’a pas à passer des instructions au Commandant en chef des FADH.

Même le premier ministre ne peut pas dans les termes du ministère de la Défense s’adresser à l’Armée et encore moins par note publique.

La Constitution de 1987 amendée et  encore un peu en vigueur, dispose  en son article 143: « Le président de la République est le chef nominal des Forces Armées, il ne les commande jamais en personne. »

Le ministère de la Défense n’a qu’un rôle administratif à jouer dans le dispositif sécuritaire. Les autorités politiques doivent trouver de meilleures voies pour adresser leurs attentes à l’armée.

Cette semaine encore on a vu le ministre de la Défense participer à des rencontres avec des diplomates sur l’avenir de l’armée en compagnie de militaires étrangers sans aucune présence d’un représentant des FADH. On se demande bien pourquoi ?

L’autre épisode en date des frictions inutiles est relatif au voyage officiel du premier ministre Garry Conille aux USA. Les membres du Conseil Présidentiel de Transition ont confessé avoir été mis au courant du déplacement par WhatsApp, à trois heures du matin, le jour du départ du PM.

Depuis, le Conseil présidentiel de transition digère mal le fait que le Premier ministre a quitté le pays pour une visite aux États-Unis sans avoir au préalable définit avec le Conseil ses éléments de langage face aux partenaires internationaux.

Dans la lettre du premier ministre adressée aux Conseillers présidentiels on peut lire : « Son Excellence
Monsieur Edgard LEBLANC Fils
Président du Conseil Présidentiel de Transition
En ses bureaux.-
Excellence,
J'ai l'honneur de vous informer, par la présente, que je dois conduire une délégation, du 28 juin au 6 juillet 2024, à Washington DC, dans le cadre d'une tournée d'inspection à l'Ambassade d'Haïti. Aussi, j'en profiterai pour effectuer une visite au Conseil de Sécurité des Nations Unies le 3 juillet prochain.
Je saisis cette occasion pour vous renouveler, Excellence, l'assurance de ma haute considération.
Dr Garry Conille »

La lettre date du 26 juin. Les conseillers présidentiels disent l’avoir reçu le 1er juillet alors que le PM était déjà en mission avec un agenda plus large.

Dans cette transition sans aucun élu, où aucune des parties n’espérait être au pouvoir et où aucune des partie ne peut souffrir le partage du pouvoir et des responsabilités avec autant de partenaires, il va falloir que les autorités ouvrent en permanence des canaux de communication et recherchent sans arrêt des mécanismes pour construire l’équilibre.

Chaque Haïtien a besoin d’amélioration dans leur quotidien sans assister aux petites batailles sans grandeurs des uns et des autres.