Enveloppée dans une serviette bleue brodée de fleurs bleu marine, Bertude, 22 ans, s’apprête à prendre un bain. Il est midi. Elle quitte timidement son casier, autrefois une salle de classe du lycée Marie-Jeanne, maintenant un logement précaire pour vingt personnes. Elle se rend dans l'une des douches communes. Munie d'une brosse à dents enduite de dentifrice et d'un morceau de savon, la jeune fille avance à pas feutrés. Bertude hésite à mettre ses pieds dans une flaque d’eau boueuse avec des écumes blanches témoignant du passage d’autres utilisateurs. C'est un moment de la journée qu'elle redoute, car les installations sanitaires de ce site de déplacés sont délabrées. « Parfois, il y a des personnes qui, après avoir pris leur bain, ne prennent pas la peine de nettoyer la douche ou bien y vont à la selle. Je ne me sens pas bien dans cet espace parce que j’attrape facilement des infections vaginales et quand j’utilise des douches sales, j'ai des picotements », témoigne la jeune fille, avouant avoir une démangeaison qu’elle essaie de soigner elle-même.

Deux châteaux d’eau géants se trouvent dans la cour du site. « Parfois, une organisation vient livrer de l’eau. Sinon, je me sers de l’eau des réservoirs, mais cette eau nécessite des précautions spéciales », explique Bertude, reconnaissante envers ses parents qui se débrouillent pour acheter du chlore afin de traiter l’eau du camp. Outre les conditions d’hygiène, la jeune fille s’inquiète du fait que les toilettes ne sont pas séparées par sexe. « Je ne suis pas trop à l’aise parce que parfois, quand je viens me baigner et que je suis toute nue, il y a des garçons qui me regardent », confie-t-elle.