On ne s’y attendait pas. À la tribune de l’ONU, devant le monde entier, c’est un adversaire historique du mouvement lavalas qui a repris le flambeau de la dernière grande bataille de Jean Bertrand Aristide, vingt ans après son renversement du pouvoir.

Édgard Leblanc Fils, président du Conseil Présidentiel de Transition, ancien candidat à la présidence et ancien coordonnateur du parti Organisation du Peuple en Lutte  (OPL), dans un discours approprié et bien charpenté en plusieurs points, a aussi porté la demande de restitution et de réparation de la dette imposée à Haïti par la France, il y a 199 ans cette année.

L’OPL, ex-Organisation Politique Lavalas, avant son divorce fracassant avec Jean Bertrand Aristide, donne raison, vingt ans plus tard, à l'ancien prêtre.

Le discours de Leblanc qui a abordé les attaques xénophobes et racistes contre les Haïtiens par les républicains et de l’avenir de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité, est une victoire idéologique et un clin d’œil historique au mouvement Lavalas qui a charrié, depuis son lancement en 1990, des idées fortes.

«Yon sèl nou fèb ansanm nou fò, ansanm ansanm nou se lavalas», «Men anpil chay pa Lou», «Justice, transparence, participation», «Fouchèt divisyon pa bwè soup demokrasi», «Lakay se lakay», «Tout moun se moun», «Investir dans l’humain», «Restitution, Réparation»…, au fil des ans, les idées et slogans de Lavalas ont animé la vie politique haïtienne même si les réalisations ont rarement suivi avec des gouvernements inexpérimentés et empêchés de diriger à cause d’interruptions violentes des mandats du président Jean Bertrand Aristide. Deux fois élu triomphalement, il a été deux fois renversé.

Le discours du président Leblanc de ce 26 septembre 2024, la mise sur pied d’une commission universitaire pour travailler sur les dettes (Groupe de travail de l'UEH sur la restitution de la "Dette de l'Indépendance" et des rançons versées aux XIXe et XXe siècles) et le fait que toute la Caraïbe et beaucoup de pays anciennement colonisés et des anciennes métropoles conviennent que la restitution et la réparation sont nécessaires, donnent un parfum de victoire morale à Aristide.

Le leader de Lavalas avait eu raison trop tôt. Il l’a payé très cher.

Édgard Leblanc a-t-il le bon timing en cette période où Haïti demande de l’aide partout ?

L’avenir dira si, comme en 2004, Haïti va payer au prix fort l’impertinence de dire à la face du monde qu’il a été victime, à plusieurs titres, d’une dette inique imposée par la force des canonnières de Charles X et une double dette à cause de la veulerie des banquiers du pays créancier.

Le 25 septembre 1991, Jean Bertrand Aristide avait prononcé un discours à l’ONU qui avait fait date. Ce 26 septembre 2024, c’était au tour d’Edgard Leblanc Fils de retenir l’attention de tous avec un message qui fera partie des moments forts de la présence de chefs d’Etat haïtiens à l’ONU.