Les images sont terribles. Des Haïtiens vivant en République dominicaine se font courser, arrêter, dépouiller, déshumaniser et expulser. Sans aucun respect pour la dignité humaine et leurs droits élémentaires.

Tout se passe comme à l’époque où, pendant la Seconde Guerre mondiale, des rafles étaient organisées, comme lors des battues contre les bêtes sauvages ou des safaris pour mettre à mort les Big five.

Depuis 1991, à chaque fois que les autorités de la République dominicaine veulent marquer leur mécontentement envers Haïti, ils organisent une expulsion massive de nos ressortissants vers leur pays d’origine.

Nos compatriotes en République dominicaine se retrouvent au centre d’un jeu qu’ils n’ont pas déclenché et dont ils ignorent les objectifs et la durée.

En ce mois d’octobre 2024, seules les autorités haïtiennes du Conseil Présidentiel de Transition et du gouvernement Conille savent ce qui a provoqué le courroux du président Luis Abinader.

Est-ce l’absence de représentation de haut niveau à sa prestation de serment en août dernier et le fait que les autorités haïtiennes aient fait savoir, via les médias, les raisons pour lesquelles elles ne s’y rendraient pas ?

Sont-ce les rendez-vous manqués pendant la semaine de la 79e Assemblée générale des Nations Unies ?

Est-ce autre chose ?

Entre l’offre du Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken pour que son pays serve d’intermédiaire pour la reprise du dialogue entre les deux pays qui se partagent l’Île et la réunion du jour à l’OEA, qu’est-ce que la diplomatie des deux pays n’a pas fait ?

En attendant, Haïti est à la merci des Dominicains parce que nous avons des centaines de milliers de ressortissants sur leur territoire, parce que, depuis des années, y vivre avec un statut légal est de plus en plus difficile, parce que depuis un an aucun visa n’a été émis en faveur de citoyens haïtiens. En un mot, comme en cent, les Dominicains disposent de l’arme migratoire contre Haïti.

D’un autre côté, avec les problèmes au port de Port-au-Prince, l’incapacité de développer depuis des années des alternatives pour assurer nos approvisionnements, et parce que le gouvernement haïtien a perdu le contrôle de la frontière terrestre, les Dominicains disposent de l’arme commerciale contre nous.

Enfin, parce que la position de la République d’Haïti vis-à-vis de son premier voisin n’est établi ni sur la base de la realpolitik ni sur un rapport de force autre qu’émotionnel, la République dominicaine a un avantage majeur sur nous qu’elle considère comme une proie, un problème ou un ennemi.

Quand on ajoute que les deux branches de l’exécutif ne s’entendent sur rien, on comprend aisément que le piège dominicain affaiblit chaque jour un peu plus Haïti.

Tout est-il perdu ? Non.

Les responsables haïtiens, au plus haut niveau, doivent prendre leur bâton de pèlerin et faire de la diplomatie sur tous les tableaux, en évitant, dans la mesure du possible, de s’exprimer sur les réseaux sociaux concernant les sujets sensibles qui exigent de la maîtrise et du tact, en un mot de la diplomatie, ce pour éviter les mésinterprétations.

Ceux qui ont de la mémoire se rappellent que la période actuelle de détérioration des relations entre les deux pays a commencé sur Twitter…

Avec la République dominicaine, Haïti doit rétablir le dialogue, provoquer des rencontres et ne jamais oublier que l’île est un oiseau qui a besoin de ses deux ailes.