Comme souvent quand l’histoire change de page en Haïti,  il y a un avion quelque part. Cherchez-le !

Le premier avion célèbre fut celui du départ en exil du populaire président provisoire Daniel Fignolé, en 1957. Le plus médiatisé, l’avion pour l’exil du président à vie Jean Claude Duvalier en 1986. Les plus mystérieux, les deux avions lors des départs forcés de Jean-Bertrand Aristide en 1991 et 2004. Le plus cocasse, l’avion interdit d’atterrir d’Ariel Henry en 2024.

Ce lundi 11 novembre 2024, l’histoire change encore de page en Haïti. Le nouveau premier ministre a atterri dimanche in extremis avant la fermeture des vols sur Port-au-Prince et l’ancien premier ministre ne peut pas repartir de la capitale. Il devra attendre le retour des avions.

Les aéronefs depuis mars 2024 connaissent de nouvelles péripéties dans le ciel haïtien. On leur tire dessus. Un avion avait été touché alors qu’il était sur le tarmac de l’aéroport international Toussaint Louverture en mars 2024. Un hélicoptère a été atteint de projectiles en plein vol en octobre dernier et ce 11 novembre, c’est un avion de la compagnie Spirit Airlines qui a été touché par balles alors qu’il s’apprêtait à atterrir. Un autre appareil, de JetBlue, a reçu une balle en laissant Port-au-Prince. La compagnie s'en est rendue compte lors de l'atterrissage à New-York.

Comme en mars, tous les vols commerciaux sont suspendus de et vers Port-au-Prince. L’aéroport est devenu le thermomètre de l’insécurité et la preuve que la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité et les forces nationales ne sont pas encore en capacité de résoudre les problèmes.

À chaque fois que le trafic aérien est suspendu, c’est une faille majeure de sécurité et l’illustration que le plus court cordon ombilical entre Haïti et le reste du monde est inopérant.

Pire, ce 11 novembre aurait pu être un 11 septembre avec une série de catastrophes aériennes sanglantes. On a frôlé le pire. Le président de la République dominicaine assimile les tirs contre l’avion de Spirit à un acte de terrorisme.

Jusqu’au moment de poster cet article, aucune autorité haïtienne ne s’est prononcée sur les nombreux incidents de sécurité qui ont émaillé la journée du 11 novembre 2024. Le pays était occupé à changer de premier ministre.

Comme Ariel Henry, Garry Conille est parti sans avoir réussi à redresser la situation sécuritaire. Didier Fils-Aimé a pris fonction en renouvelant les mêmes promesses de faire mieux. Y arrivera-t-il ? Aura-t-il les moyens ? Changera-t-il de stratégie ?

Pour le moment, personne ne connaît les plans et les moyens du nouveau premier ministre ni les contours de son équipe gouvernementale. Le pays part à l’aventure.

La situation sécuritaire est toujours aussi dégradée qu’en février 2024 et les perspectives toujours aussi sombres.

L’histoire d'Haïti change de page mais pas de chapitre.

De mauvaise gouvernance en mauvaise expérience, tous les secteurs se délitent. Le trafic aérien aussi.

Les responsables aux règnes infructueux captent-ils l’alarme ? Un jour, il n’y aura pas d’avion ni pour l’évacuation ni pour l’exil.