L'être haïtien, dans sa dimension fondamentale, est une entité blessée. Un traumatisme profond l’accable et envahi toutes les interstices de sa vie. Il suffit de jeter un regard sur notre histoire qu’elle soit récente ou lointaine pour voir, qu’aussi longtemps qu'a duré Haïti, il a toujours été question de morts, de disparitions et de catastrophes en tout genre. De ces traumas il s’est construit une identité décharnée, livrée à l’angoisse existentielle et à un questionnement incessant. Le docteur Judith Blanc dans un article parut en 2016 sous le titre “ Sommes nous une société malade mentale” illustre assez bien la problématique du mental de l’haïtien au travers d’un ensemble de trauma. En faisant référence à plusieurs études elle explique que les cassures originelles peuvent être transmises de génération en génération et arrivées à la postérité avec toute leur violence et leur conséquence.
Cette question ainsi soulevée ne vise pas à dérésponsabiliser des criminelles et des politicards qui ont pu accomplir leur sale besogne sur le dos du peuple haïtien ou à entrer dans un eugénisme de pacotille et de parcellisation de la race humaine dans leur vécus. Loin s’en faut. Mais il faut tout de même avouer qu’il y a anguille sous roche en ce qui à trait à la conduite de l’haïtien type qui se comporte comme s’il était étranger à lui même et à son pays.
Dans l’étranger, Albert Camus, ce grand écrivain français, traita le terme philosophique de l’absurde en présentant le personnage principal, Meursault, qui vit hors de lui même comme un HNI ( humain non identifié). Un étranger qui regardait son être et le monde en spectateur.
Ce terme d’absurde corrobore non seulement la problématique de la crise identitaire de l’haïtien mais aussi l’incompréhension qu’il a du monde qui l’entoure. C’est une double pathologie. Être impuissant face à soi même et face au monde qui nous assimile. Comme si la vie échappait à notre contrôle et la douleur subsiste en autant de soubresauts que de malheurs qui nous frappent. Eu égard à toutes cette pagaille il en ressort que les comportements sortent de l’ordinaire et que ça rejaillit sur tous les domaines de notre vie. Même sur la politique.
Durant les nombreux pouvoirs qui se sont succédés à la tête de notre pays la quasi totalité des dirigeants ont eu une attitude mégalomaniaque, empreint d’un désir de montrer l’étendue de leur toute puissance à tout pris comme si c’étaient des enfants bloqués dans le stade de développement… dans la logique de… les épisodes où un Martelly et un Français Duvalier démontraient de quel bois ils étaient chauffés ne manquent pas. En extirpant de leur être tout ce qu’il y avait de plus narcissique, durant leur règne, pour révéler leur grandeur ils démontraient une failure dont l’étendue était aussi immense que la citadelle.
De plus, si on est condamné à reproduire, comme dans une boucle spatio-temporelle, les actes que l’on a subit durant les phases critiques de notre passé, l’être haïtien, en particulier le politicien, ressort, presque en intégralité, les mêmes comportements qu’à eu le colon blanc durant la période de l’esclavage. Les complexes de chef, le recours à l’humiliation et au meurtre face aux opposants politiques, le détachement face à des situations de grandes envergures, comme si ils étaient victimes d’une dépersonnalisation, sont le propre de la plupart des politiciens qui clairement démontrent une attitude pathologique.
En définitive les embûches de notre longue histoire depuis les contrées du Bénin, de la Guinée, du Niger et du Nigeria ont marqué profondément au fer rouge l’être haïtien dans sa structure mentale et ont provoqué une altération dans son fonctionnement normal. Construire les bases du pays et de son développement dans ses conditions s’avèrent être compliqué, sinon impossible, en l’état. Ainsi le vrai chantier qu’il incombe de suivre à tout leader et à toute initiative de prendre est la construction identitaire.
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