Il ne s’agit plus de politique. Il s’agit de dignité.
Il s’agit de remettre du feu dans la marmite et de la lumière dans les yeux.
Il s’agit, enfin, de se parler.
1. S’inspirer de l’histoire, pour imaginer demain
Dans une Jamaïque ensanglantée par les armes dans les années 80, c’est un musicien, Bob Marley, qui a forcé les chefs de guerre à se serrer la main. Une scène, une chanson, un symbole… et l’amorce d’une accalmie.
Haïti aussi peut bâtir sa propre scène.
Une grande rara civique. Une grande palabre de la dignité.
Un espace où les blessés parlent, les bourreaux écoutent, et la société se répare.
2. Un Dialogue National Inclusif, pas une conférence de façade
Nous proposons l’organisation rapide d’un Dialogue National pour la Paix et la Reconstruction, incluant :
Représentants des quartiers populaires, des syndicats, des paysans, des artistes, des jeunes, de la diaspora ;
Chefs religieux, universitaires, petites et grandes entreprises, anciens membres de groupes armés, familles des victimes ;
Une supervision mixte, nationale et internationale, garantissant l'intégrité du processus.
Ce dialogue ne vise pas à légitimer l’impunité. Il veut préparer un contrat de société, un pacte clair pour la reconstruction et le pardon, sans amnésie.
3. Appel à la communauté internationale, Soutenir, pas dominer
Nos partenaires extérieurs doivent faire leur propre examen de conscience.
Nous leur demandons :
De cesser les flux d’armes et d’influence toxique ;
De soutenir un fonds multilatéral de reconstruction, co-dirigé par des Haïtiens intègres, pour les urgences sociales et éducatives ;
À la France, nous demandons respectueusement mais fermement :
Une reconnaissance pleine de la dette coloniale liée à la rançon de l’indépendance ;
La création d’un centre national de formation avec des antennes dans tous les départements ;
Un fonds pour la santé mentale, la mémoire, la culture contemporaine, et le droit de rêver.
4. Pour la paix, offrir une sortie aux jeunes enrôlés
On ne désarme pas une génération avec des slogans.
Nous proposons :
Une amnistie conditionnelle, assortie d’un processus de justice restaurative;
Des programmes de reconversion : formations certifiantes (construction, agriculture, arts, textile, énergie…) ;
Un accompagnement psychosocial et identitaire, pour redonner un rôle positif à ceux qui ont été brisés.
Ce n’est pas offrir des privilèges aux violents.
C’est parier sur le cœur humain, avec des filets, des règles, et du courage.
5. Le moment est venu de rentrer à la maison
Des milliers d’Haïtiens sont expulsés de pays voisins chaque mois.
Des talents, musiciens comme Cadillac & Bedjine, entrepreneurs, infirmiers, footballeurs, ratent des opportunités, bloqués par des passeports refusés ou des statuts précaires.
Il est temps de dire à la diaspora : rentrons. Mais rentrons autrement.
Pas dans la peur. Pas dans le chaos.
Dans un pays qui recommence.
Conclusion : Le feu peut encore devenir lumière
Ce n’est pas un manifeste.
C’est une main tendue. Une invitation à se regarder autrement.
Nous sommes peut-être fatigués, mais nous ne sommes pas morts.
Nous sommes peut-être dispersés, mais nous pouvons nous retrouver.
Et ce moment, il ne faut pas le rater.
Quelque chose s’est passé à Paris, à l’Accor Arena.
Quand Joey Dwèt Filé est monté sur scène, torse retenu par une camisole, allongé sur un lit d’hôpital, le drapeau haïtien tendu comme une plaie encore vivante, il ne chantait pas seulement pour les fans.
Il lançait un cri. Un acte de foi. Une promesse.
Comme Marley, il a compris que l’art peut ouvrir les portes qu’aucune arme ne pourra jamais forcer.
Il a dit qu’il voulait faire ce qu’il pouvait, comme Marley, pour que ça change. Et nous devons l’écouter.
Oui, il y a des tensions.
Oui, il y a des douleurs anciennes, des malentendus récents, des querelles autour de droits et d’héritage culturel.
Mais le pays est en feu.
Et quand la maison brûle, on n’attend pas d’être d’accord sur l’origine des flammes pour éteindre l’incendie.
La première étape vers la réconciliation serait une rencontre, franche et symbolique, entre Fabrice Rouzier , gardien du patrimoine musical haïtien et l’équipe de Joey Dwèt Filé, voix de la diaspora nouvelle, du souffle qui monte.
Imaginez-les.
Main dans la main, sur une scène, appelant ensemble à l’unité.
Disant : “nous avons des désaccords, mais le pays passe avant tout.”
Cet acte-là, plus qu’un million de promesses creuses, peut changer la dynamique nationale.
Il peut montrer que le dialogue est possible, même entre ceux qui s’opposent.
Et que le plus grand combat, ce n’est pas contre l’autre , c’est contre l’abandon de soi, contre le silence, contre la résignation.
Alors, à ceux qui doutent, à ceux qui attendent un signe : le moment est venu. Les artistes, les rêveurs, les blessés, les militants, les enfants-sans-récréation, les femmes qui tiennent debout dans le noir…
C’est le moment d’unir nos contradictions.
C’est le moment de parler, de bâtir, de choisir.
Alors, à ceux qui lisent ceci :
➤ Aux politiques : écoutez, avant qu’il ne soit trop tard.
➤ À la jeunesse : ne laissez pas la colère tuer vos rêves.
➤ À la diaspora : vous êtes attendus, pas pour fuir, mais pour reconstruire.
➤ Aux artistes : continuez à chanter, même si on vous coupe les micros.
➤ Aux invisibles : vous êtes la nation.
Le feu peut encore devenir lumière.
Le silence peut encore accoucher d’un chant.
Et le pays, enfin, peut renaître de ses cendres , si nous le voulons, ensemble.
© 2025 Jean-Jacques Stephen Alexis. Tous droits réservés.
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