J’avais 12 ans quand j'ai été interpellé dans la rue à Jacmel par Molière connu de tous comme un chef scout : « Tu as l’âge pour devenir un scout », me disait-il. Dès le prochain week-end, je vais être embarqué dans la troupe de Jacmel pendant deux ans. J’ai alors l’opportunité de découvrir en Molière un chef scout passionné, adonné à l’éducation des jeunes de la ville, en les initiant à leur environnement, en leur apprenant le sens du dévouement, du service et du respect pour les gens de toutes classes sociales. Je resterai en relation avec Molière toute sa vie, il est devenu comme un membre de ma famille et moi aussi comme un membre de la sienne. Je demeure aujourd’hui - avec toute sa famille - inconsolable devant sa disparition.

Face à la montée de la dictature de Duvalier dans les années 1957 – 1960, Molière prend le risque de créer un mouvement appelé Cercle de l’amitié, qui  rassemble des jeunes de toutes les catégories sociales pour les préparer à la solidarité face à la terreur qui vient. Molière avait alors reçu de manière relativement secrète une véritable initiation à l’histoire sociale et politique du pays  à travers la fréquentation assidue d’un professeur d’histoire respecté, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, un opposant célèbre à la dictature, assassiné plus tard (en 1966) en prison par Duvalier. Molière lui-même fut recherché par la police politique du régime à cause de son ascendant sur les jeunes et surtout de ses activités culturelles. Il a dû passer plusieurs mois dans la clandestinité avant de rejoindre à pied la capitale. C’est de là qu’il réussit à partir incognito pour l’étranger.