La gangstérisation de la société haïtienne, voilà en réalité une forme de barbarie qui ne peut que laisser place à un pays paria, à un État de non-droit. L’État n’existe pas sans le monopole – légitime ou pas – de la force, la puissance publique à travers la fiscalité et la coercition en est l’expression incompressible. Si la citation invoquée ici est restée si nettement fixée dans toutes les mémoires académiques, c’est que, assurément, rien de ce qu’a écrit le sociologue allemand Max Weber (1) ne l’a mieux illustré et en même temps plus tragiquement actualisé : le piège (in-) sécuritaire dans lequel le pays de Jean-Jacques Dessalines est englué effroyablement. C’est un piège infernal digne d’un film d’horreur. Malgré toutes les avancées de la connaissance, on voit cependant encore des partis politiques et des militants ou pseudo-idéologues se fonder sur la haine de la « vermine militaire », pour y puiser des arguments anti-étatiques, ou s’y référer comme à une politique publique. L’ordre républicain est écrasé par l’infamie nihiliste incarnée par la collusion des dirigeants sans vision et des opposants acharnés à conquérir « le pouvoir pour le pouvoir ».
Et il n’y a pas à s’étonner après le sombre tableau de la situation sécuritaire dressé avec son calme habituel mais sans fard par le chargé d’affaires a.i. des États-Unis en Haïti, Henry P. Wooster, devant la commission des attributions du sénat américain : 12.000 bandits dont près de 3.000 bien armés face à « environ 6.000 agents de police inscrits dont au maximum 400, et souvent moins, participent réellement aux combats ». Qu’on ne craigne pas de l’interpréter comme s’il s’agissait d’un cri d’alarme, pour certains, et d’un appel au sursaut national, pour d’autres. Tout est néfaste. Rien n’est rassurant.






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