Un an après son inauguration, la clinique du cancer Saint Pérégrin de l’Hôpital CaraMed a présenté le bilan de ses activités et tiré la sonnette d’alarme sur la situation du cancer dans le grand Sud. L’activité s’est tenue dans les locaux de l’hôpital, à Bourjolly, dans la ville des Cayes, en présence de plusieurs universitaires et professionnels évoluant dans le secteur de la santé.
À cette occasion, les responsables de la clinique ont mis en avant l’importance du dépistage précoce, de la prévention et de la sensibilisation face à une maladie dont la prise en charge demeure encore limitée en Haïti.
Selon le directeur exécutif de la clinique du cancer Saint Pérégrin, Joseph Junior Bernard, plus de 750 cas de cancer ont été enregistrés durant cette première année de fonctionnement, notamment des cancers du sein, du col de l’utérus et d’autres formes de cancer touchant aussi bien les femmes que les hommes.
« Nous avons reçu plus de 750 cas de cancer pour cette première année. La majorité des patients sont venus à un stade avancé ou à un stade terminal », a déclaré Joseph Junior Bernard, soulignant que cette situation représente une préoccupation majeure.
D’après les responsables de la clinique, une grande partie des patients pris en charge provient du grand Sud. Le département du Sud représente environ 50 % des cas reçus, suivi notamment de la partie sud du département de l’Ouest, de la Grand’Anse, des Nippes et du Sud-Est.
Pour Joseph Junior Bernard, ces chiffres démontrent la nécessité de renforcer les actions de prévention. « Ces statistiques nous alertent beaucoup et nous pensons que, dans un pays comme Haïti, nous avons besoin de nous concentrer sur le dépistage, la sensibilisation et la prévention », a-t-il expliqué.
Le directeur exécutif estime que la lutte contre le cancer ne peut pas reposer uniquement sur des structures médicales privées. Il appelle à une implication plus forte des autorités sanitaires, notamment du ministère de la Santé publique et de la Population, afin de mettre en place un programme national de lutte contre le cancer.
« Les soins contre le cancer coûtent beaucoup mais si nous nous concentrons sur le dépistage, la prévention et la sensibilisation, nous pouvons essayer de réduire les dégâts », a-t-il soutenu. Outre le manque de sensibilisation, les responsables de la clinique évoquent également les difficultés liées aux moyens disponibles pour traiter les patients. En Haïti, la prise en charge du cancer reste principalement limitée à la chirurgie et à la chimiothérapie.
« Jusqu’à présent, nous sommes très limités en Haïti en matière de prise en charge du cancer. Nous ne pouvons assurer que la chirurgie et la chimiothérapie », a rappelé Wenchel Jean Baptiste, responsable de l’Hôpital CaraMed. Il estime que la lutte contre cette maladie nécessite une mobilisation collective. « Le traitement du cancer, c’est-à-dire l’oncologie, n’est pas l’affaire d’une seule personne mais l’affaire de tous », a-t-il déclaré.
La Clinique du Cancer Saint-Pérégrin, inaugurée le 2 août 2025, a été créée pour répondre aux besoins des patients du grand Sud et du département de l’Ouest. Après une année de fonctionnement, ses responsables souhaitent attirer davantage l’attention sur une maladie qui touche de nombreuses familles, parfois dans le silence.
Les responsables sanitaires insistent également sur l’importance d’adopter de meilleures habitudes de vie afin de réduire les risques. Ils recommandent notamment d’éviter le tabac et la consommation excessive d’alcool, de pratiquer une activité physique régulière et de privilégier une meilleure hygiène de vie.
Pour les personnes atteintes de cancer, Joseph Junior Bernard rappelle que la maladie ne doit pas être perçue comme une condamnation. « Ceux qui ont un cancer ne doivent pas avoir peur. Le cancer n’est pas synonyme de mort. Ils doivent venir se faire dépister et se faire traiter », a-t-il encouragé.
Toutefois, selon lui, le pays doit encore franchir plusieurs étapes dans la lutte contre cette maladie, notamment par la formation de ressources humaines spécialisées et le renforcement des infrastructures médicales. Parmi les besoins prioritaires figure la mise en place d’un centre de radiothérapie dans le département du Sud qui permettrait d’améliorer la prise en charge de certains cancers, particulièrement celui du col de l’utérus.






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