J’avais raconté, un peu trop rapidement, mon dernier voyage en Haïti, en oubliant la raison secrète de cette odyssée qui était de retrouver ce premier paysage découvert durant mon enfance à Petit-Goâve. Un univers, loin de tout folklore, dont les couleurs me semblent aujourd’hui moins éclatantes que dans ma mémoire encore éblouie, mais affaiblie par un creux d’un demi-siècle. En effet, cela fait 50 ans cette année que je n’ai pas de domicile fixe ici. Pourtant Haïti reste mon pays. Et ce dernier voyage me l’a amplement rendu. 

Pour ceux qui voudraient croire que je viens de me désigner apatride, je précise tout de suite qu’il ne suffit pas de rester toujours dans un pays pour qu’il soit le vôtre. Certes, on a raison sur un plan légal car on est du sol (surtout si on est propriétaire, ce qui exclut injustement les sans-terres), mais le plan moral existe aussi si on veut être un citoyen actif.