Depuis l’attaque massive et sauvage menée par les gangs à Kenscoff jusque dans le sanctuaire d’une église et son lourd bilan humain, nous avons tous le sombre pressentiment de prendre un virage inconnu et qu’une fatalité nous condamne aux larmes et au sang. Gouvernement et forces de sécurité projettent l’image peu rassurante d’être de moins en moins en phase avec les réalités. À écouter le directeur général de la PNH le lundi 24 août écoulé, une anecdote que m’avait racontée il y a longtemps un ancien ministre du gouvernement Lescot m’est revenue en mémoire. Désigné par le président à l’époque pour représenter Haïti à une conférence internationale sur le droit de la mer et conscient de son manque d’expertise dans le domaine, il avait sollicité Me Corvington qui était une sommité en la matière. Après réflexion, celui-ci lui conseilla de ne pas opiner. « Si vous ouvrez la bouche, votre méconnaissance du droit de la mer sera évidente. Par contre, si vous vous taisez, on présumera que le sujet vous est familier.»

Face aux journalistes qui l’interrogeaient, le chef de la police, en prenant la parole, n’a pas apaisé nos émois car ses réponses furent angoissantes. À tout prendre, il aurait dû exprimer une colère exaspérée et courageusement dénoncer le manque de moyens à sa disposition. Il se contenta ce jour-là de farder la vérité sur un dispositif de combat imaginaire et de semer des illusions. Quant au Premier ministre, il a raté l’occasion d’endosser le costume d’un chef. Il aurait dû être le premier présent sur les lieux pour montrer qu’il est habité par une volonté farouche de brusquer l’histoire en annonçant avec force la mise sur pied de guerre de tout l’appareil répressif dont dispose l’État. En lieu et place, son bureau émit un communiqué avec les mêmes formules claironnantes dans le ton, mais sans incidence sur l’insécurité.