Une opération se juge à ce qu'elle reprend. Une campagne se juge à ce qui reste tenu, préparé et couvert le lendemain. Six mois d'entrées dans les bastions de la capitale, puis un massacre au centre de Kenscoff, se lisent avec la même grille : tenir sans figer l'offensive, entrer en sachant où l'on va, et ne jamais rendre à l'adversaire le temps ni l'espace dont il a besoin pour se refaire. C'est sur ces trois capacités, et non sur le nombre d'opérations, que se décide la différence entre gagner des rues et gagner la guerre.
Il y a deux façons de compter une guerre contre les gangs. La première compte les opérations : les bastions pénétrés, les armes saisies, les chefs neutralisés, et de l'autre côté les chefs qui s'échappent, les blindés immobilisés, les quartiers où les tirs reprennent. C'est la façon dont le semestre écoulé a été raconté, dans les communiqués comme dans les critiques. La seconde compte autre chose : ce que chaque opération laisse derrière elle, ce qu'elle coûte à la suivante, et ce qu'elle apprend à l'adversaire. C'est cette seconde façon que ce texte adopte, parce que la première ne permet pas de comprendre pourquoi, entre décembre et août, l'État a pu entrer à Bel-Air, à Delmas 6, au centre-ville, à Martissant et à Village de Dieu, et se retrouver malgré cela devant 47 morts et plus de cinquante enlevés dans une commune qu'il disait consolider.






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