Mais qu’est-il arrivé de nouveau, de vraiment nouveau après / avec le dernier massacre (23 – 24 août 2026) à Kenscoff ? Deux choses. D’abord ce que l’on appelle ici et là l’infrastructure sécuritaire (PNH, FAD’H, UTAG, Task Force, FRG, mercenaires américains, brigades et que sais-je encore avec leur coaching onusien (BINUH) et international déficient ou limité) n’arrive pas à donner des résultats. Le défi sécuritaire est, on doit le reconnaître, monstrueux, déroutant en tous points. Après chaque massacre, les notes de presse gouvernementales et étrangères pleuvent comme des larmes de crocodile. L’argent empoché par le fameux Eric Prince et sa clique de « sauveurs » aurait dû servir à renforcer l’infrastructure militaire nationale en matériels, en bases militaires, en formations et en renseignements tout en intensifiant la coopération multilatérale (régionale et internationale). Ensuite le « pouvoir Fils-Aimé » – pour reprendre l’expression très suggestive de Lyonel Trouillot – en fonction depuis le 11 novembre 2024 est à la croisée des chemins. Comme précédemment (Ariel Henry et CPT), le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé ne reflète pas un pouvoir personnel, il est issu d’une coalition multipartisane chantant « Bêchons joyeux » pour une courte durée. Mais il faut considérer ceci : « Mourir est beau pour la patrie » à tue-tête, ce ne sont pas ces « parti-proches » qui vont l’entonner …
Incarnée au plus haut point par l’assassinat épouvantable du président Jovenel Moïse, cette crise sociétale sans précédent qui a toutes les caractéristiques d’une crise de l’intelligence sociale ou collective (absence d’un projet national de développement, règne de l’impunité, suprématie d’une économie criminelle, système éducatif défaillant et inadapté, etc.) est le résultat de l’irresponsabilité et de l’incompétence de nos élites dirigeantes et possédantes qui gèrent ensemble l’après-Jovenel Moïse avec une stupéfiante inefficacité. En témoigne, s’il en était besoin, l’inanité de la procédure haïtienne relative à l’assassinat du président Jovenel Moïse tandis que la procédure américaine continue son petit bonhomme de chemin, comme on peut le constater avec l’extradition ou ce transfert le dimanche 20 septembre 2026 « à la demande des autorités américaines » a reconnu le ministre de la Justice Patrick Pélissier dans un style pathétique, de Joseph Félix Badio qui fait une fois de plus des révélations ou des rappels saisissants et des 17 ex-soldats colombiens incarcérés et inculpés par la justice haïtienne. Ce qui en dit long sur l’insécurité judiciaire qui prévaut chez nous. Ce qui ronge profondément notre société. Ce qui, en fin de compte, risque de tout détruire. À bien y réfléchir, il s’agit d’une détestable entreprise d’auto-élimination, de vetting, de décantation. Dans un pays ruiné à cause de ses élites défaillantes et dans un contexte international tumultueux, incertain, déprimant, Peterson Benjamin Noël, Michel Soukar, Sonet Saint Louis et Yves Lafortune ont trouvé des mots justes et une rhétorique argumentée pour décrire la « kakistocratie haïtienne », c’est-à-dire un système de gouvernement dirigé par des incompétents et des médiocres. Préoccupés avant tout de conflictualité, la plupart de ceux qui veulent remplacer Alix Didier Fils-Aimé qui est un être de transition comme ses prédécesseurs ont participé à la gestion désastreuse d’Ariel Henry, par exemple. Car n’est-ce pas par la performance de ses gouvernants légitimes ou provisoires qu’une société peut se transformer et progresser ? Pour des raisons analytiques, je ne désire pas m’étendre ici sur les deux constats.






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