Sous le regard passif d'éléments de la PNH, des candidats ou des hommes de main à la solde de partis politiques proches du pouvoir et de l'opposition ont imposé la loi des armes en mettant à sac des centres de vote ou en perpétrant des bourrages d'urnes dans plusieurs départements du pays pendant les législatives du 9 août. Ils ont frappé fort, ces vandales, ces fraudeurs qui sont soit des têtes brûlées, soit des détenteurs de brevet d'impunité rose. Sans s’en rendre compte, fort heureusement pour la démocratie, ces indélicats ont quelque part creusé la tombe des candidats fraudeurs. Il sera en effet difficile de justifier des larges scores alors que le taux de participation est « faible », selon le CEP et les observateurs, incapables, quatre jours après le scrutin, de communiquer sur cet aspect clé du vote. Pour l'instant, pendant que le Centre de tabulation carbure à plein régime, il reste à savoir si le CEP veut et peut, une fois les cas documentés, faire appliquer le décret électoral contre les concernés de manière indiscriminé comme l’a affirmé Pierre-Louis Opont. Pour cela, il est indispensable que le CSPN, en appui au CEP, prenne des dispositions pour que la police sorte de sa « petite torpeur » et agisse pour redonner un zeste de foi dans la République, dans la possibilité de croire que la démocratie peut encore avoir un sens ici. Que tout sera fait pour que chaque électeur puisse voter et que son vote soit sécurisé, compté. En clair, respecté. Le pari est de prouver qu'il est possible que la partie saine de la société haïtienne peut et veut résister aux assauts des pourris qui veulent accaparer le pouvoir à la pointe du fusil. Pour continuer impunément leurs activités criminelles, pour s'assurer qu'eux et leurs affidés ne seront pas poursuivis pour crime économique, ni pour crime de lèse-patrie aux dépens des millions d'Haïtiens vivant dans la pauvreté. Ce n'est un secret pour personne que les liens entre le crime organisé et des politiques existent depuis longtemps. Le CSPN et le CEP sont au pied du mur. Ne pas agir n'est pas sans conséquence. Le Parlement sera un repaire où des gens doûteux se mêleront à des personnalités respectables. Pis, lors de l'élection présidentielle ce 25 octobre, il est probable que le niveau de violence franchira un nouveau palier. Ce sera le temps de «fè koupe fè». Personne ne peut prétendre que c’est facile à faire au regard des enjeux et des forces en présence. Le mâle courage est tout ce que l'on souhaite à nos futurs chefs, tellement contents de se congratuler après ce premier tour imparfait qui, au final, devrait être considéré comme un exercice de mise en train pour le CEP. Sourds jusqu’ici aux appels d’évaluation du processus lancé par différents partis politiques non encore embarqués dans l’opposition radicale, l’annulation pure et simple des législatives, Pierre-Louis Opont et les conseillers électoraux ne devraient pas « pike devan » et proclamer des résultats le 19 août sans présenter à tous les acteurs la réalité objective du vote et des fraudes. Ainsi que les mesures envisagées, conformément au décret. Le CEP, plus qu’une obligation d’informer, doit se chercher des alliés dans la vérité, la transparence et la rectitude. Mieux que quiconque, Pierre-Louis Opont sait que faire dérailler le processus pour ouvrir la voie à un gouvernement de transition reste une carte « jofe » par des opérateurs politiques, grands pêcheurs en eau trouble. Le moins que l’on puisse dire est qu’Haïti est assise au pied d’un volcan qui peut cracher des larves à tout moment.