A vingt-quatre heures de l’ouverture de la campagne électorale de la présidentielle du 25 octobre, la plupart des partis politiques de l’opposition continuent de maintenir la pression sur l’institution électorale en vue d’obtenir l’annulation des législatives du 9 août dernier. Si certains candidats à la présidence ont validé la maquette présentée par l’institution électorale, d’autres, plus sceptiques quant à l’organisation de la présidentielle, ont boudé l’invitation. Mis à part des partis pro-gouvernementaux, tous les partis politiques ont signalé à un degré ou à un autre les irrégularités enregistrées dans ces joutes. Dans l’histoire électorale de ces trente dernières années, c’est la première fois qu’on a enregistré un taux aussi élevé de 25 circonscriptions et un département où les élections ont été annulées pour cause de violence et d’irrégularités graves. Le 21 mai 2000, le 28 novembre 2010 et le 9 août 2015 constituent des dates inoubliables où les gouvernements au pouvoir, par l’entremise de partis politiques pro-gouvernementaux, utilisent toujours la violence d’Etat pour contrôler le processus électoral afin de gagner le maximum de sièges au Parlement. Après Fanmi lavalas, le 21 mai 2000 ; INITE, le 28 novembre 2010 ; PHTK et BOUCLIER, le 9 août 2015, d’autres partis politiques attendent, sans nul doute, leur tour pour agir de la même façon.
Devant ce constat alarmant, l’organisation d’élections crédibles, dépourvues de violence deviendra un véritable défi pour notre pays qui doit inévitablement passer d’une société archaïque à une société où il fait bon vivre. Comment initier le changement dans ce pays, alors qu’il faut passer par la voie des urnes ; et que cette voie se révèle un véritable labyrinthe? Il faut renouveler les dirigeants au moyen d’élections. Après chaque élection, le pays est plongé dans une crise électorale qui provoque une crise politique. Rongée par la mauvaise gouvernance depuis plusieurs décennies, Haïti ne connaîtra pas en cette fin d’année 2015 d’élections crédibles, car l’administration Martelly n’a pas divorcé d’avec les méthodes archaïques des gouvernements antérieurs dans la conduite des joutes électorales.
Sur le plan organisationnel, comment le Conseil électoral provisoire parviendra-t-il à contenir toutes ces contestations, alors qu’il n’a pas encore publié la liste des candidats agréés pour participer aux élections des mairies, des ASEC, des CASEC et des délégués de ville le 25 octobre prochain ? L’institution électorale doit préparer le second tour des législatives ainsi que les élections partielles. Pour les élections locales, après la publication de la liste des candidats agréés, les candidats lésés pourront recourir au Bureau du contentieux électoral communal (BCEC). Alors, combien de temps mettra le Conseil électoral provisoire pour réaliser toutes ces opérations le 25 octobre avec une petite machine électorale qui subit quotidiennement la pression des candidats et des partis politiques mécontents du premier tour des législatives ?
Rien ne laisse prévoir comment l’institution électorale va s’en sortir. Ne pouvant pas respecter le calendrier qu’il a lui-même élaboré, le CEP ne sera-t-il pas victime de ses propres erreurs ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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