Economie
Pierre Jacques Chéry
Le lundi 7 septembre 2015 ramenait la rentrée scolaire en Haïti. Bonne année académique à tous. C’était aussi le « laborday » aux États Unis, la fête du Travail pour 325 millions d’Américains. Mais ici, les travailleurs de l’État haïtien, qui n’ont pas un travailleur de la diaspora pour les aider, attendaient désespérément leur salaire du mois d’août afin de pouvoir envoyer leurs enfants à l’école. Ils n’ont commencéà recevoir leur chèque, en retard, que cette semaine, alors que différents secteurs de la vie nationale manifestaient publiquement pour réclamer des arriérés de salaire de plusieurs mois.
La cause fondamentale de cet état de fait est le mauvais budget, mal calculé et insuffisamment provisionné, que nos dirigeants égoïstes nous forcent à utiliser, ce contre nos intérêts. Ils nous imposent une « loi des finances » nantie seulement d’une centaine de milliards de gourdes, alors qu’il nous faut une enveloppe de 400 milliards de gourdes, pour avoir enfin ce que le Premier ministre Évans Paul qualifie de « budget souverain ». Ainsi nous pourrons adresser adéquatement les besoins de base de la « totalité de la population », pour citer le chef du gouvernement et fournir au peuple les services indispensables auxquels il a droit.
Depuis la date historique du 1er Janvier 1804, naissance de notre patrie, suivie de l’indépendance des nombreux pays d’Amérique latine et l’abolition, 60 ans plus tard de l’esclavage aux États-Unis par le président américain Abraham Lincoln et son « Émancipation Act » du 1er janvier 1863, aucun État n’a réussi durablement à dégager d’excédents de production et de profits.
Le déficit budgétaire cyclique ou structurel et les emprunts mutuels par bons du Trésor ou prêts institutionnels ont remplacé graduellement et systématiquement les revenus sans limite et sans effort réalisés auparavant sur le dos de l’esclavage. L’économie moderne,
postesclavagiste, exige, depuis, qu’un « pays souverain » se dote d’un budget rempli de suffisamment d’argent pour satisfaire les besoins de chacun de ses habitants, ce sans exclusion. Le budget national est le point de départ de tout projet de société.
« Opportunity for all » est le titre utilisé par le président américain Barack Obama pour présenter son budget souverain de 3 800 milliards de dollars, une disponibilité de plus de $11 000, pour chacun des habitants des États Unis. Notre budget national de 110 milliards de gourdes ne provisionnent que $ 200 U.S, pour chacun des résidents de notre pays et ne saurait mériter l’appellation de budget souverain.
Les dirigeants des pays dits développés ont compris la nouvelle donne. Ils se sont adaptés et mettent en œuvre des budgets dotés de ressources suffisantes pour résoudre les problèmes de leur peuple. Alors que nos dirigeants persistent à imposer au pays des budgets dont, selon le ministre des Finances Wilson Laleau, « les moyens ne sont pas à la hauteur des besoins » de la population.
Nos chefs continuent de se faire complices des racistes qui veulent faire payer au peuple haïtien le fait que nos ancêtres aient, au début du XIXe siècle, instauré un « nouvel ordre économique » mondial basé sur le respect de la dignité humaine, la liberté, l’égalité et le droit inaliénable de toute personne à recevoir un juste salaire, pour tout travail fourni.
Leur mauvaise foi vis-à-vis de notre peuple et leur refus de solutionner les problèmes du pays, quitte à utiliser un budget déficitaire, amenèrent le gouverneur de la BRH à se poser la question: « Est- ce pour ne pas le vouloir » ? C’était en 1ère page de son rapport d’avril 2014 sur « Haïti et ses déséquilibres économiques ». Charles Castel ajoutait « C’est la question fondamentale ».
Si Haïti, selon le ministre Laleau, « dépense 35% de plus que ce qu’elle possède », les États-Unis, eux, dépassent de 40% leurs avoirs.Malgré cet énorme déficit chronique, tant commercial que budgétaire, ils se portent pourtant très bien. Toute proportion gardée, en dépit de leur production nationale faible et une économie d’importation pareille à la nôtre, les dirigeants souverains de la république étoilée maintiennent,à tout prix, leur dollar fort afin de compenser leur faible production locale et combattre l’inflation, cause de pauvreté.
De plus, grâce à une « dette souveraine » de 18 trillions de dollars, soit $55 000 par habitant, les USA s’assurent de disposer d’un budget national de 11 000 dollars per capita, afin d’envoyer tous leurs enfants à l’école. Ils créent ainsi du travail, de la croissance, des opportunités même pour les immigrants, paient les salaires à temps et, en plus, arrivent à nous faire la charité.
Avec notre devise affaiblie, depuis environ 30 ans, à cause de la lâcheté de la BRH qui ne remplit pas sa mission première de défendre et renforcer la gourde, malencontreusement adossée à un budget kokorat d’à peine deux milliards de dollars qui prévoit seulement $200 per capita, c’est la misère que nous implémentons et laissons en héritage à la jeunesse et au peuple d’Haïti.
Le patron de la banque centrale, Castel, a d’ailleurs reconnu, dans son rapport sur nos déséquilibres, que « les mesures de stabilisation du cadre macroéconomique des 30 dernières années n ‘ont en fait servi qu’à stabiliser la misère »,nous imposant du coup une « modernisation manquée», si je puis utiliser le concept évoqué par Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste.
« Le pays mérite mieux que notre lâcheté », s’insurge, indigné, Duval. Alors espérons qu’il sera entendu et que nous aurons pour 2016 une « loi des finances » de combat, tournée vers la prospérité, car le ministre Laleau nous a bel et bien promis un « Budget Héritage » pour le prochain exercice fiscal. Souhaitons que ce ne sera pas un autre de ces mensonges que le président Michel Martelly reprochait récemment, en public, à ce gouvernement.
Y aura-t-il dans ce budget 2016 les fonds nécessaires pour payer les arriérés de salaires des fonctionnaires publics tant du système éducatif que de l’hôpital de Mirebalais, ce beau cadeau de l’aide américaine qui risque d’arrêter de fonctionner pour cause de mauvais budget? Sera-t-il un budget « efficient et efficace » pour répéter M. Paul qui prenait parole au lycée de Pétion-Ville ? pour lancer la rentrée scolaire.
Aura-t-on les fonds suffisants pour financer une présence active de nos médecins, chaque jour et tous les dimanches sur leur lieu de travail ? Ainsi nous ferons une meilleure gestion de notre capacité à mieux secourir les blessés d’un accident de la route et sauver leur vie. Malheureusement, « à cause de la mauvaise gestion faite de ce coin de terre par ses autorités établies », constate Gilles Freslet, des vies, et l’espoir qui allait avec, se perdent dans des accidents qu’on aurait pu prévenir.
« Deux grands messieurs, au sens noble du terme, sur qui Haïti comptait », d’après Amos Cincir, président du « gouvernement jeunesse », n’ont pas pu compter sur les soins nécessaires, ce à la veille de la « Journée mondiale des premiers secours », dimanche 12. Ils n’ont pas non plus pu bénéficier d’une présence préventive de suffisamment de patrouilles de la police routière, payées par un bon budget et capables de dissuader ou sanctionner les candidats à l’excès de vitesse.
Selon des études menées par différentes institutions financières internationales (IFI), pour qu’un budget national soit valable, souverain et suffisant afin d’éradiquer la pauvreté et porter la croissance, il faut que ce « instrument de dépenses prévisionnelles» soit provisionné à l’équivalent d’au moins 800 dollars américains par an, par habitant. Le « gouvernement jeunesse » pourrait utiliser cette donnée de base pour présenter au peuple haïtien un budget de développement à la hauteur des besoins du peuple et qui éviterait que plus de 400 000 de nos enfants soient toujours exclus du système scolaire.
Ce drame éducatif, autant que la perte de vies brutale de plusieurs jeunes compatriotes et journalistes, exige qu’on prenne les « bonnes mesures budgétaires ». « Je crois que cette tragédie doit servir de leçon pour les autorités du pays », confiait à Ticket, Gamal Augustin, le directeur général de la RTNH, devant l’attitude irresponsable de nos chefs qui se contentent de déplorer sans, selon le D.G du média de service public, « jamais penser à réunir les conditions nécessaires pour que cela n’arrive plus ».
Pour un budget national souverain qui soit vraiment « l’affaire du peuple » haïtien et non pas un outil juste conçu pour servir les privilèges des chefs, « e pi zafè pèp la », il faut que « chaque personne compte » et soit prise en compte dans le calcul, comme nous l’enseigne le pays de l’USAID. Un budget de croissance pour Haïti devrait avoir une capacité financière annuelle minimale de huit à neuf milliards de dollars verts, incluant autour de $800 US ou la contrevaleur paritaire en gourdes, pour chacune de nos 11 millions de personnes.
Un tel budget injectera l’argent dans le circuit monétaire, créera de nouveaux emplois, permettra au CIAT de « protéger notre littoral » et d’aménager enfin le pays. Il paiera des salaires, apportera du pouvoir d’achat pour le plus grand nombre, génèrera de la consommation, moteur de la croissance et seule raison d’être de la production. Il engrangera plus d’affaires et de profits pour les acteurs privés, plus d’impôts et de taxes pour l’État. Ces 400 milliards de gourdes produiront beaucoup de« valeur ajoutée » et feront passer les recettes actuelles de 61 milliards à 364 milliards, réduisant considérablement notre dépendance budgétaire, parce qu’augmentant, tout en l’élargissant, notre assiette fiscale.
Samedi dernier, 5 septembre, dans « Sak pase » de Roberson Alphonse sur Magik 100.9, l’économiste Kesner Pharell se demandait: « Comment augmenter nos ressources domestiques ». La réponse est : un budget de $ 8 milliards de dollars financé par des « bons du trésor internationaux » rémunérés à 7 ou 8% l’an. En réponse, dimanche 6 septembre, au « Rendez-vous économique » de Télé Métropole, l’expert nous apprenait que les 350 mille habitants de Barcelone bénéficient d’un service de transport urbain doté, lui tout seul, d’un budget de 1.2 milliard d’euros, financé par émission de bons du Trésor.
Moins nombreux que nos 400 mille enfants qui ne vont pas à l’école, les Barcelonais font partie d’une province castillane de 4 millions d’habitants disposant d’une enveloppe de fonctionnement de 12 milliards de dollars, portion minime du gros budget de l’Espagne financé souverainement avec la dette par « bons du Trésors » malgré que le pays sont en faillite, depuis la crise de 2008.
Mais qui se soucie de payer sa dette ? L’Islande refuse de payer la sienne depuis 2009. Epi ? anyen. Excepté, huit conférences internationales autour de son refinancement. Il y a chaque année autour de 100 millions de nouveaux investisseurs prêts à racheter des dettes. C’est un business rentable.
Grâce à la dette régionale renouvelée, quoique non soldée, Barcelone met suffisamment d’argent dans les poches de ses résidents ce qui leur permet de payer la dette de 3 milliards de dollars de leurs clubs sportifs déficitaires qui eux peuvent payer des millions d’euros pour acheter des joueurs qui , en fait, réaliseront des scores souvent moins brillants que les 3 à 1 et 3 à 0 de nos valeureux « Grenadiers » sur la sélection de la Grenade. Chapeau pour le Onze national.
Toute « augmentation d’un budget capitalise sur les bases déjà existantes et génère, du coup, une plus-value équivalente ou supérieure à un demi de cent pour cent du prorata directement induit par l’augmentation ». Ainsi, le niveau de recouvrement de 2016 atteindra peu ou prou 90% du montant injecté par le nouveau budget, un retour sur investissement satisfaisant, loin des 55% actuels. Alors tous ensemble, avec 400 milliards de gourdes de prévisions, partons « Alasso » du bon « budget souverain » promis par le Premier ministre Paul.
Le père de l’économie moderne, Lord Maynard Keynes, ne s’y est pas trompé. Il avait prouvé que les dépenses publiques transparentes et bien gérées, permises par un bon budget souverain, sont autant d’investissements pour la croissance, la prospérité et un clair engagement en faveur de la monnaie et du pouvoir d’achat de la population.
Une enveloppe de 8 milliards de dollars dopera notre rythme de croissance le faisant évoluer de 2,5 % à11 %. C’est connu que « pour devenir émergent », un pays doit maintenir un taux de croissance continu à 2 chiffres pendant au moins une décennie. Alors, 10% de croissance de 2016 à 2026, grâce à un bon budget souverain, à $800 per capita, nous mettrait en position valable pour être pays émergent, d’ici à 2030
Quand l'éditorialiste du Nouvelliste Lemoine Bonneau tente de visualiser « Le futur d’Haïti à travers cette année électorale » il est clair que son rêve qu’Haïti puisse « passer d’un pays failli à un état émergent » impliquerait un engagement ferme de nos dirigeants de l’heure et de nos futurs élus, à prendre toutes les mesures nécessaires pour qu’en 2016, nous ayons un budget annuel valable et suffisant afin de fournir à la population les services dont elle a tant besoin.
400 milliards de gourdes de matelas financier pourront porter nos rêves d’un État de droit, créer beaucoup de travail, donner du pouvoir d’achat, dynamiser la consommation, faire passer notre « produit intérieur brut « de 9 à 30 milliards de dollars et produire les dividendes nécessaires pour remplacer et rembourser l’argent public investi dans le développement de notre pays.
Le président Michel Martelly a visité la Jamaïque le week-end dernier à l’occasion du sommet commémoratif des dix ans du programme « Petro-Caribe ». On a tous vécu comment les 2 milliards de dollars de ce prêt du peuple vénézuélien au peuple haïtien nous ont permis d’effectuer pas mal de travaux d’aménagement dans notre cher pays.
En solidarité avec la République Bolivarienne du Venezuela, la Jamaïque a souverainement et intelligemment ouvert, en mai 2015, son budget et mis en vente, à 5% l’an, 3 milliards de dollars de « bons du Trésor » émis par sa banque centrale. Des fonds de pension du monde entier et des citoyens jamaïcains de la diaspora ont tout acheté en deux mois, malgré la réputation financière peu enviable du pays. Parions que le ministre Laleau, qui était du voyage, a su s’inspirer de la stratégie jamaïcaine pour noter comment financer notre budget et nous sortir de la mendicité.
L’île du chanteur Bob Marley s’est « mise debout » et a donc, avec élégance,remboursé intégralement sa dette de PetroCaribe afin d’aider le Venezuela en difficulté. Ce pays frère n’avait pas hésité, 11 ans plus tôt, à contracter une dette de 55 milliards de dollars de la Chine pour pouvoir augmenter sa production et aider les pays de la région à bénéficier du programme PetroCaribe. Le tube « Stand up» a dû avoir inspiré et fait se lever les leaders jamaïcains, pour korer leurs sœurs et frères vénézuéliens.
Dommage que nos chefs semblent ne pas connaître ce « sweet refrain » de la chanson Yon ti moral, « Peuple d’Haïti ça ne sert à rien d’être toujours soumis », car ils cesseraient de se comporter en « faux amis » et nous soumettre à la misère causée par leur budget mal conçu et incompatible avec la démocratie dont nous rêvons et l’État inclusif que nous ambitionnons de construire ensemble.
Porto Rico, avec moins de 3 millions de résidents, gère un budget de 10 milliards de dollars financé par de la dette contractée, majoritairement, via des bons du Trésor. L’île dépense 6 000 dollars US, l’an par étudiant, la moitié des $11 500 de la ville de North Miami dirigée par le docteur Smith Joseph, maire né et éduqué en Haïti et qui administre un budget nanti de 10 000 dollars pour chacun de ses 62 000 Floridiens. Toutefois, San Juan ne consacre, au paiement de sa dette de 72 milliards, qu’un milliard de dollars au lieu des deux réclamés par ses créanciers et a préféré, le mois dernier, déclarer faillite et cessation de paiement.
En comparaison, le Québec et ses 8 millions de Canadiens s’est doté d’un budget de 59 milliards de dollars US, investissant 10 fois le minimum recommandé, soit $7 000 par citoyen. Ces 59 milliards incluent l’absorption du précèdent déficit annuel de 3 milliards, le service de la dette publique de $269 milliards, soit 10 milliards de remboursement l’an et l’aide de l’ACDI aux pays qui n’ont pas de dirigeants valables.Toutefois, pour l’éducation d’un total de 2 millions d’élèves, toutes classes confondues, autant qu’en Haïti, le Québec a une enveloppe de 16 000 millions de dollars, soit 8 000 par pititt, par an.
Avec seulement 400 millions de dollars, soit 20 milliards de gourdes, le MENFP investit à peine $200 par élève. Le ministre économiste Nesmy Manigat ne peut nullement corriger le « fait économique » que, sur 100 élèves inscrits en 1re année, seulement 8 enfants d’Haïti arrivent au baccalauréat. Mais il pourra toujours se consoler en vantant que le Canada a « réussi son pari éducatif » et constater que ceux qui ont choisi le Québec comme 2e patrie aient pu y trouver les moyens nécessaires pour arriver à la tête du Canada, puis de l’OIF et aussi dans un fauteuil de l’Académie française.
La loi des finances 2015-2016 sera-t-elle un « Budget Héritage » de huit milliards de dollars US, soit 400 milliards de gourdes avec provisions suffisantes pour les 570 sections communales, la construction d’infrastructures éducatives, médicales, sportives, de logements, ponts, routes, le ramassage quotidien d’ordures, le financement des élections, le paiement des arriérés des professeurs et autres fonctionnaires victimes de l’incurie des chefs?
Laleau sera-t-il simplement un autre ministre des Finances, tout juste bon à « balancer les comptes » sans tenir compte des besoins de la population, des droits humains fondamentaux de chacun de nos citoyens et de l’obligation de libérer notre peuple de l’esclavage de la misère ? Ou le professeur d’université deviendra-t-il un véritable « ministre de l’Économie ».?
C’est un niveau de compétence qu’Haïti n’a plus connu, depuis le départ de maitre Clovis Désinor, s’il faut en croire le président de la BID, Luis Alberto Moreno,qui déplorait, en mai 2009 à Washington, l’absence d’un « budget haïtien conforme aux besoins du développement et qui soit approprié à la réalité du pays ». C’était en marge des cérémonies du 50e anniversaire de la Banque interaméricaine de développement.
Le refus de nos élites de doter notre pays d’un bon budget national inclusif illustre et confirme ce constat du journaliste de Magik 9, Roberson Alphonse, que « nous sommes indignes des sacrifices consentis pour avoir le droit au vote » et au statut de nation indépendante.
En fait, avec l’actuel budget indécent, il est clair qu’Alphonse a raison d’écrire « je rans, tu rans, nous ranson ». Sans budget approprié, sans investissement, nap ranse, pas de développement. Récemment, à l’émission « Intérêt public », la présentatrice, Mme Liliane Pierre-Paul s’inquiétait et réclamait que « Ayiti bezwen envestisman ».
La source principale d’investissement d’un pays, c’est un budget national bien calculé en fonction des besoins, puis exécuté en toute transparence, ajusté, si nécessaire, par le truchement d’un déficit contrôlé, puis renforcé au besoin par l’émission et la vente de« bons du Trésor » internationaux attractifs. C’est pourquoi Jean Monard Métellus ne cesse de réclamer un « budget d’investissement conséquent » levier qui nous habiliterait à montrer que Valéry Numa a raison de clamer « qu’une autre Haïti est possible ».
Alors, prenons la décision d’avoir un bon budget de 8 milliards de dollars pour 2016. Il faut « radicalement renverser la tendance dans la production et les investissements », a fait savoir Grégory Brandt du Forum économique. Mais la seule façon de disposer de suffisamment d’argent destiné à l’investissement public indispensable pour relancer la production, générer une forte croissance en 2016,et attirer l’investissement privé direct, c’est un bon budget à US $800 par habitant.
C’est aussi une gourde fortifiée, par la BRH sur décision de l’administration Martelly-Paul, afin de combattre l’inflation, financer et renforcer la production nationale, garantir pour les investisseurs les rapatriements de leurs profits, sans trop de risque de change. C’est en plus des bons du Trésor internationaux pour capter les dollars additionnels qui nous font et feront besoin pour financer, en toute dignité, notre budget et le développement national.
La BRH devrait mettre son « nouvel instrument financier » national, rémunéré à 7% l’an, en circulation sur le marché extérieur, en faire la promotion et, jour après pour, collecter les capitaux pour financer l’économie locale. Nous investirons de l’argent, ferons travailler les gens, créerons de la richesse, aménagerons notre territoire, puis rembourserons principal et intérêts, grâce à la bonne foi, le courage, le travail, la sueur de onze millions de rudes travailleurs. Sortons du paradigme de l’assistanat et de la mendicité sans dignité! Utilisons nos bons « Certificats de trésorerie » pour lutter contre la misère!
« Seuls les Haïtiens peuvent sauver leur pays », nous apprenait, déjà en 2012, l’ambassadeur américain Kenneth Merten. « Les États Unis peuvent aider certes à alléger la souffrance des démunis », mais « ce n’est pas l’assistance qui peut sortir Haïti de la situation où elle est » clamait-il, le 14 juillet, au micro de Frantz Duval et expliquant à l’émission « Sa k pase » de Roberson Alphonse, que « l’aide humanitaire est comme la « fondation d’un logement dont la construction et la finalisation relèvent de notre responsabilité » et d’un bon budget, à l’américaine.
L’ambassadeur Merten invita même des journalistes au « petit déjeuner du 15 juin ». Aux dires de Marcus Garcia de Mélodie FM, assumer nos responsabilités souveraines était le « message principal de la rencontre ». Mais qu’avons-nous retenu de la leçon de celui qui nous est revenu comme nouveau représentant du Département d’État américain?
Les Américains financent leur économie avec des « Treasury Bonds » à 3% l’an, $85 milliards par mois. L’Allemagne paie 1%, le Québec 4%, la République dominicaine 5%, la Chine 4,50%, le « reaggae people » 5%. La Grèce forte de ses 11millions de citoyens rémunère sa nouvelle dette de 450 milliards de dollars US, à 6%, argent prêté par le FMI, l’Union européenne et la BCE, malgré un effacement, en 2012, de 200 milliards sur l’ancienne dette impayée. « Grès kochon pat ka kwit kochon », car ce sont les investissements publics émanés d’un budget adéquat, financé par des bons du Trésor, qui développent un pays.
Le président américain Barack Obama, dans son premier discours de l’année, le 20 janvier 2015, disait que « quand on a essayé quelque chose pendant 30 ans et que cela ne marche pas, il est temps de penser à changer et essayer le contraire ». Conscient de nos mauvais choix budgétaires qui, aux dires de Rosny Desroches de l’ ISC, continuent d’« engendrer des résultats imprévisibles et mauvais », le ministre Laleau va même jusqu’ à « admettre que la politique économique des 30 dernières années est un échec ». Alors, « sommes-nous sérieux » ? s’interrogeait Duval en édito de fin d’août. « La réponse est non ».
« Changez votre façon d’agir pour changer le pays », écrivait, le 2 août, Lemoine Bonneau. Le message est clair. Mesdames Messieurs les dirigeants locaux. Changez de paradigme. Sortez du budget « kite mele m » de précarité et de mendicité. Entrez dans la modernité et l’ère du « budget de prospérité » que souhaite le professeur Camille Charlmers. Arrêtez de « vouloir faire du beurre avec de l’eau », réclame Duval, car « il nous faut un budget plus approprié, d’un montant plus élevé » diagnostique souvent le professeur Kesner Pharel.
Souhaitons que le président Michel Martelly et le Premier ministre Évans Paul assument finalement leurs responsabilités, comme le réclame Mme Michelle Jean, la gouverneure du Canada et secrétaire générale de la Francophonie,. Qu’ils instruisent le ministre de la Communication d’informer le peuple haïtien, qu’ ils travaillent à ce que la « loi des finances 2015- 2016 » en préparation, soit un « bon vrai budget » de progrès, un budget souverain, côté à 8 milliards de dollars américains.
Alors là, on s’engagera résolument et ensemble avec les nouveaux élus de 2015, sur la route de la croissance et du développement durable, vraies sources de prospérité et de stabilité. Bonne rentrée à tous et bon budget 2016. Que DIEU bénisse Haïti.
Pierre Jacques Chéry
Jacqueschery@reveiled.net
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.