Nos compatriotes rapatriés de la République dominicaine seront « accueillis dans la dignité ». Michel Martelly, président de la République, Evans Paul, Premier ministre, et d’autres ministres du gouvernement avaient fait cette promesse fin juin, quand, la peur au ventre, des milliers d’Haïtiens revenaient au pays. Lorsque ces chefs inondaient les ondes de cette promesse à laquelle personne ne croyait, à la frontière, on cherchait le sens « de cet accueil dans la dignité » tant l’inorganisation et la précarité étaient visibles. Dans la plupart des cas, les rapatriés n’attendaient et n’espéraient rien des autorités haïtiennes.
Certains d'entre eux avaient exprimé la volonté de retourner « nan panyòl » lorsque toute cette agitation tomberait. Ils y sont allés parce que chez eux, qu’ils vivent ou qu'ils crèvent de faim, cela n’intéressait personne. Le « ki mele chen nan grangou chwal » dans toute sa splendeur. Le temps a passé. Il y a eu le concert de Lil Wayne et de Chris Brown, les débours de plus de 300 millions de gourdes pour Carifesta. Il y a eu aussi dans l’intervalle les fameuses élections législatives du 9 août et leurs lots de controverses. La presse, les autorités, une grande partie de la société civile ont regardé ailleurs.
Sur Facebook, Roxane Ledan (Taïno L), impliquée aux côtés de SOS Rapatriés, a publié des photos, raconté le drame de ces milliers de compatriotes oubliés à Anse-à-Pitre. Louis Joseph Olivier, journaliste au quotidien Le Nouvelliste et le photographe Pierre Michel Jean ont visité des camps, dont celui de Parc Cadot. Entre ciel et poussière, sur ce terrain vague, des centaines de familles ont planté leurs vies, comme dans la vallée des lépreux. Quelques bouts de bois, des haillons, du carton. C’est parfois tout ce que ces infortunés du sort peuvent offrir à leurs descendants, obligés d’affronter dans l’indifférence les trombes d’eau de la dernière tempête tropicale Erika. Des enfants naissent, respirent dans ces lieux qui démasquent, si besoin en était encore, le président Martelly, son gouvernement et une bonne partie de la société civile haïtienne.
Face à tout ça,de quel lieu pourra-t-on se battre pour le respect de la dignité de nos compatriotes à travers le monde quand nous leur faisons ce genre d’accueil, chez eux ? La vérité qui dérange, c’est que le pays ne veut pas de ces rapatriés. Mais est-ce qu’ils ne comptaient que quand ils pouvaient envoyer de l’argent en Haïti ? La réponse est oui.
Cela dit, le mal est déjà fait. La honte est totale. Martelly s’en va dans quelques mois. Pour Haïti, le problème reste entier. Il n’est cependant pas trop tard pour la solidarité, sans que Parc Cadot devienne un cadeau, un fonds de commerce pour les vautours déguisés en humanitaires. Il est aussi venu le temps de sortir de "l’échec de la diplomatie insulaire", cette diplomatie peu productive en accords et autres cadres pour régler les relations binationales en général et la question migratoire en particulier. L’improvisation, le faire-semblant pour que demeure ce juteux statu quo ne sont plus soutenables.
Il faut aujourd’hui plus qu’hier mettre sur la table l’inefficience de la fameuse commission binationale mixte créée à la fin des années 90. Sans ce devoir d’inventaire, comment peut-on prendre au sérieux l’administration Martelly qui a créé ce qui semble être une nouvelle commission, la commission technique de gestion et de développement des frontières ? Quoi qu’en pensent les sceptiques, il n’est pas trop tard pour prendre ce pays au sérieux et laisser tomber ou faire tomber les masques...
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