Après avoir lancé la campagne électorale le 9 septembre conformément au calendrier électoral et réalisé un déjeuner de travail deux jours plus tard avec une trentaine de candidats à la présidence, le Conseil électoral provisoire a réussi le pari de faire avancer le processus timidement, en dépit des manifestations, menaces et pressions. Le ton a baissé depuis le début de cette semaine marquée par l’ouverture de campagne de trois candidats à la présidence. Les interventions musclées des candidats qui prônaient la table rase ont cédé la place aux débats organisés chaque matin par la plupart des stations de radiodiffusion, en interrogeant les candidats sur leur programme. Si l’ambiance électorale traditionnelle tarde à s’implanter dans les principales régions du pays, en raison des séquelles de la gestion calamiteuse du premier tour des législatives le 9 août dernier, la conjoncture laisse augurer de nouveaux horizons. L’appel lancé lundi par les ambassadeurs du groupe des pays dits amis d’Haïti, à l’Onu, demandant aux partis politiques, au gouvernement et à l’institution électorale de trouver un terrain d’entente en vue de boucler le processus électoral, peut contribuer à changer le climat qui reste encore brumeux. Le voyage du Premier ministre Evans Paul à Washington cette semaine, en compagnie du ministre chargé des questions électorales et du directeur général de la Police nationale d’Haïti, participe également de la recherche de solutions dans cette crise électorale. Ce voyage confirme l’extrême dépendance des autorités haïtiennes vis-à-vis de la République étoilée dans la prise de la plupart des décisions qui se rapportent à la gouvernance du pays. Contrairement à l’annonce de la Primature, la visite à Washington de la délégation gouvernementale semble ne pas avoir de lien avec l’organisation du congrès du Black Caucus auquel le Premier ministre ne s’était jamais rendu auparavant. Depuis plusieurs années, les autorités américaines sont très impliquées dans les questions électorales en Haïti. Qu’il s’agisse de financement, de recherche de solution dans les crises postélectorales ou de difficultés inhérentes au système électoral, l’ambassadeur américain accrédité à Port-au-Prince, un émissaire de l’Organisation des Etats américains dépêché par Washington ou le responsable du dossier d’Haïti au Département d’Etat s’affirme. L’implantation de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), depuis 2004, a provoqué la mise à l’écart des autorités haïtiennes dans la plupart des opérations électorales à l’occasion de chaque compétition électorale. Cette mission de souveraineté devient l’apanage du Programme des Nations unies pour le développement conformément à l’agenda et à la volonté des bailleurs de fonds. L’insouciance des dirigeants haïtiens dans la recherche de fonds pour l’organisation des élections plonge notre pays dans la catégorie des Etats cobayes de l’Onu et de l’OEA. Comment notre pays pourra-t-il s’affranchir de cette domination ?