L'élection présidentielle constitue un passage obligé pour Haïti. Pour le moment, en dépit de la perte d’une partie de son crédit à cause de certaines fautes inacceptables commises dans l’organisation des législatives du 9 août, le CEP de Pierre-Louis Opont est toujours en selle.
L’exécutif rose, dont des partis affidés ont usé de violence pour entrer au Parlement ou arracher un ticket pour le second tour des législatives, tient peu ou prou la bride du pays. Leur gloutonnerie est évidente et leurs stratégies pour mettre l’appareil d’Etat encore plus au service d’intérêts partisans lors des prochaines échéances électorales sont cousues de fil blanc.
Le camp Tèt Kale, au regard du récent remaniement ministériel, est en ordre de bataille. Sans le dire, officiellement tout au moins, des « Blancs » qui ne veulent pas le déraillement du processus électoral, ont quelques soucis. Ils ont vu clair dans le jeu de Martelly. Ils savent aussi qu’il joue avec le feu. Pour l’instant, on croise les doigts, espérant qu’Haïti n’ait pas à vivre de nouvelles convulsions politiques, toujours émaillées de violence et d’exode vers les USA.
Cinq ans après le séisme du 12 janvier 2010, une nouvelle crise politique ne fera qu’aggraver la crise socioéconomique d’Haïti. Les indicateurs sont au rouge depuis fin 2013. « Le pays est confronté à une grave sécheresse: les pertes de récoltes peuvent aller jusqu’à 50 % dans les zones les plus touchées. Face à ce choc, et avec une baisse du secteur de la construction liée à un recul de l’investissement public, la croissance économique devrait se situer entre 1 et 2 % pour l’exercice 2014/15, qui prend fin le 30 septembre », a indiqué M. W. Christopher Walker, chef d’une mission du FMI qui a séjourné en Haïti récemment.
Avec un taux de croissance démographique de l’ordre de 1,5 % l’an, la croissance du PIB peut être considérée comme étant négative. Pour les 6 millions de pauvres qui vivent avec moins de deux dollars par jour, l’inflation à deux chiffres n’augure rien de bon. Ce ne sont pas des nouvelles que veulent entendre les chômeurs non plus, 70 % de la population active, selon le FMI.
Comme pour souligner que les mauvaises nouvelles volent en escadrille, il faut aussi ajouter, à côté du taux de croissance négatif du PIB, l’augmentation du nombre d’Haïtiens à se retrouver dans la pauvreté extrême, la baisse à 99 millions en 2014 du niveau des investissements directs étrangers dans l’économie contre 2,2 milliards en République dominicaine d’après le dernier rapport du CEPALC. En d' autres termes, les emplois qui manquent à l'économie haïtienne ne seront pas au rendez-vous.
Pour l’instant aussi, alors que la crise sociale et économique tenaille la population, rien n’indique que l’administration centrale de l’Etat ne va pas continuer à mobiliser plus de 80 % des recettes internes pour ses dépenses. En salaire le plus souvent avec quelque 75 000 employés.
Par rapport à ce tableau, rien n’indique que les politiques, de tous bords, comprendront l’urgence de la situation et l’urgence aussi de faire preuve de claivoyance, de sens de responsabilité.
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