“Pour sortir du trou, il faut d’abord cesser de creuser”… Cette citation est d’un ancien ambassadeur français en Haïti qui a exprimé ainsi ses observations sur l’état de notre pays à l’orée du XXI e siècle. Quoi qu’on puisse dire -avec quelque raison- sur la responsabilité de «l’internationale», c’est-à-dire desdits amis d’Haïti, aujourd’hui regroupés au sein du «Core Group », le diplomate français, par cette formule, traduit une réalité dans la spirale de nos malheurs. En cette fin de l’année 2015, l’état de santé du malade est alarmant. Le dernier rapport de la Banque mondiale qui vient de sortir en dresse un bilan, confirmant ce que disent la plupart des économistes, politiques, et citoyens haïtiens. Mais, une chose est de constater et une autre est de proposer des solutions… surtout de cesser de creuser en créant les conditions préalables pour sortir du trou. Entendons-nous. La légitimité démocratique, conférée par les urnes, si elle ne saurait suffire à assumer le progrès économique et social, est une condition de base à tout effort de redressement. Aujourd’hui en Haïti, le respect de la volonté populaire et la bonne gouvernance font partie des fondamentaux de l’économie. Aucune politique économique visant la croissance et le développement ne peuvent faire fi de cette notion de légitimité. Or, précisément, cette évidence -du moins à nos yeux- semble échapper à une forte partie de ceux qui veulent se constituer en «grands électeurs » en croyant toujours pouvoir manipuler, d’une manière ou d’une autre, l’expression de la volonté populaire. Disons-le encore plus clairement : La stabilité sociale et politique est absolument nécessaire au progrès économique, à la lutte contre la pauvreté, à la croissance, au développement, à l’amélioration des conditions de vie. À la base de cette stabilité indispensable se trouve le respect de cette volonté populaire librement exprimée à travers le vote des citoyens… Marc Bazin, candidat à la présidence en 1990, l’avait compris en me disant sans emphase : « Nous ne pourrons jamais entreprendre ce que nous aurions souhaité pour notre pays, si nous arrivons au pouvoir à l’encontre du souhait de la majorité de la population, ces masses de laissés-pour-compte qui ont donné leur cœur à Jean Bertrand Aristide » je cite de mémoire, sans la moindre déformation, les propos de Monsieur Bazin tenus en novembre 1990. Chacun peut analyser comme il veut l’opinion du candidat à la présidence Marc Bazin à un mois des élections du 16 décembre 1990. Mais force est de reconnaître qu’il exprimait ainsi, avec honnêteté et réalisme, l’idée que la légitimité est essentielle pour gouverner en démocratie. Et sans doute, son opinion allait encore plus loin, sur l’exercice même du pouvoir. Bien sûr si l’objectif est de faire œuvre qui vaille en termes de progrès, de dignité, de développement, du bien-être commun, d’une certaine idée d’Haïti et de ce qu’elle représente du point de vue de l’histoire. Si le pouvoir se résume à des privilèges excessifs permettant de s’enrichir aux dépens de l’intérêt national, on peut emprunter un autre raisonnement et un autre chemin. Le résultat sera toujours le même. Certains se posent une sempiternelle question : «Pourquoi Haïti en est encore là ? ».De la première nation noire indépendante, au pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Cette petite phrase doit faire plaisir à certains qui ne pardonnent toujours pas à Haïti son audace de 1804 » … Pas seulement parce que cette audace a conduit à l’abolition de l’esclavage, à l’indépendance et à la création d’un nouvel État, mais surtout parce que ces anciens esclaves noirs ont donné une leçon au monde (spécialement à l’Occident) en termes de valeurs universelles sur ce que représentent les droits humains et l’égalité… au-delà des continents et des races. Le théâtre est dressé. La mise en scène est préparée; les acteurs sont en place; il va se jouer un nouvel épisode d’un peuple à la recherche de son émancipation, le 25 octobre 2015. Peut-être avant. Sûrement après, car à la légitimité démocratique, s’ajoute la volonté d’une bonne gouvernance, car toute victoire populaire sera insuffisante, si ne vient s’y ajouter immédiatement l’urgente nécessité d’une plus large légitimité qui devrait s’articuler autour d’une large union nationale, fruit d’un dialogue et d’un consensus, véritable pacte économique et social qui vise à prendre le chemin ardu mais exaltant du développement pour tous. Prochain Article : Les défis de la bonne gouvernance