Par Jean-Marie Beaudouin Démocratie et modernité Si on part de la convention traditionnelle qui veut que l’exercice de la démocratie soit une démarche qui tend à mettre en œuvre un ensemble de structures dans le cadre de la stabilité et de l’alternance politique, notamment le renouvellement du personnel politique à temps régulier, on s’aperçoit forcément que l’institution électorale est un facteur clé dans le jeu démocratique moderne. La dotation du pays des Haïtiens d’un organisme électoral permanent nous semble d'évidence une exigence démocratique de l’État moderne. On ne saurait, en effet, prétendre tenir des élections populaires et crédibles sans une junte électorale souveraine qui applique scrupuleusement les principes qui la régissent, bien sûr, dans les limites de la loi qui garantit son existence. Aussi le Conseil électoral permanent, dont parle la Constitution nationale en son article 191, s’impose-t-il aux acteurs politiques et sociaux. Y compris d’autres secteurs de la vie nationale, qui sentent concernés par la question. Il va donc sans dire que le statut permanent du conseil apparaît comme une exigence à laquelle partis politiques et organisations de la société civile doivent se conformer. Démocratie et modernité obligent! De toute façon, il n’y a rien de sorcier que des femmes et des hommes politiques s’engagent résolument à moderniser et moraliser la vie politique du pays. Plus d’un pense que le point de départ d’une telle perspective réside dans un Conseil électoral permanent et souverain. Dans les conditions du mouvement de 7 février 1986, Haïti est entrée dans l’ère de la démocratie et de la liberté: deux facteurs d’émancipation, que le régime des Duvalier avait supprimés dans l’espace haïtien. Au constat, les résultats sont pourtant très chétifs après 29 ans d’expérience. Et pourquoi le sont-ils? Parce que les partis et organisations politiques n’ont pas su jouer leur rôle d’avant-garde et de vigie dans la société, d’une part, et de l’autre, les organisations de la société civile ont fait preuve d’un laxisme déconcertant en cette matière précise. De la charnière de 1986 à aujourd’hui, aucun gouvernement n’a appliqué l’article 191 de la Constitution, c’est-à-dire ni ceux constitutionnels ni ceux provisoires. Certes l’actuel chef de l’État, le président Michel Martelly, a tenté de mettre sur pied le Conseil électoral permanent; mais il n’a pas pu l’imposer à la société. Son échec est dû particulièrement aux chamailleries et politicailleries qui ont préexisté dans le pays; toutefois, celles et ceux qui les exercent devront reconnaître qu’ils sont des participants qui retardent le modernisme haïtien. Il est plus facile d’imputer au gouvernement la responsabilité de l’absence du Conseil électoral permanent que de procéder à l’autocritique de soi: la responsabilité est plutôt collective, donc la classe politique et les autres secteurs impliqués doivent assumer leurs erreurs et leurs fautes. On peut toujours pousser un gouvernement à rentrer dans ses devoirs constitutionnels: si on demande à un gouvernement de se démettre, peut-être qu’il ne partira pas; mais si, au regard de la Constitution, on lui demande de prendre les dispositions légales pour monter le Conseil électoral permanent, il y a donc de fortes chances qu’il obéisse ou accède à la volonté populaire. On peut aussi l’obtenir «san kraze brize». L’auteur de ces brefs mots pense que les enjeux d'une élection sont trop importants pour la laisser entre les mains d’un Conseil électoral provisoire qui peut recevoir des ordres de partout. Sa nature éphémère le rend autant faible qu’indécis. L’inertie intellectuelle pèse lourdement dans le sous-développement endémique d’Haïti. C’est ici notre CQFD. Jean-Marie Beaudouin Septembre 2015; coifopcha@yahoo.fr