En se présentant au Bureau du contentieux électoral départemental de l’Ouest, conformément au décret électoral, pour contester les résultats de la présidentielle du 25 octobre, le Parti Fanmi Lavalas donne au Conseil électoral provisoire la latitude temporaire de continuer le processus. Cette initiative du parti de l’ancien prêtre de St-Jean Bosco a stoppé les velléités des sept chefs de partis politiques de l’opposition de chercher à créer un mouvement révolutionnaire dans le cadre des résultats de ces élections ou d’obtenir du CEP une commission indépendante de vérification du scrutin. Dès lors que deux candidats à la présidence, Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas et Vilaire Cluny Duroseau du MEKSEPA, un inconnu de la course, décident de suivre la voie tracée par le décret électoral en matière de contestation, le Conseil électoral provisoire doit obligatoirement attendre le verdict des deux organes contentieux avant de se prononcer sur une quelconque demande de ces partis politiques. Si le Parti Fanmi Lavalas n’avait pas introduit devant le BCED une procédure en contestation, le CEP se retrouverait dans ses petits souliers avec une vague de contestations de huit partis politiques pour fraudes massives en faveur du Parti PHTK.
Il est assez difficile de prévoir l’issue de cette crise électorale qui se répète à travers toute l’histoire de notre pays. Les manifestations de rue qui représentent présentement la seule marge de manœuvre des leaders de l’opposition ne produisent pas toujours les mêmes effets dans les mêmes circonstances. La deuxième option serait un front commun des six candidats en appui à Jude Célestin au second tour face à Jovenel Moïse, le candidat du pouvoir. Ces candidats et chefs de partis politiques peuvent-ils s’élever à la dimension de l’homme politique moderne dont le pays a tant besoin pour élaborer un projet collectif qui tient compte de notre sous-développement qui fait de notre pays l’unique PMA de la région, de la dépendance du pays par rapport à la Mission onusienne et la situation d'extrême pauvreté des masses urbaines et rurales d'Haïti qui ternit l’image du pays à l’étranger ? Il ne sera pas facile pour ces chefs de partis politiques de s’embarquer dans cette voie, car chacun d’eux traîne derrière lui son ego de changer le pays en prenant le pouvoir. Même si la plupart d'entre eux n’ont ni plan ni projet de développement.
Toute l’histoire d’Haïti est riche en hommes politiques conspirateurs pour chasser les gouvernements les uns après les autres. Pour entreprendre des mouvements insurrectionnels en vue de semer la pagaille dans les villes comme dans les coins les plus reculés du pays. Plus près de nous, après les élections frauduleuses du 21 mai 2000, huit chefs de partis politiques s’étaient regroupés au sein de la Convergence démocratique pour faire échec à ces joutes. Pendant trois ans et six mois, ces leaders de l’opposition avaient combattu l’ancien président Aristide. A la suite de son départ pour l’exil, ces leaders de la Convergence n’avaient ni la clairvoyance ni le sentiment patriotique d’accoucher d'un mouvement politique novateur autour d’un idéal commun. C’est dans cette logique de l’histoire que René Préval devint président en 2006 face à ces six membres de la Convergence qui convoitaient tous la présidence.
Aujourd’hui, Moïse Jean-Charles, Jean-Henri Céant, Sauveur Pierre Etienne, Erick Jean-Baptiste, Samuel Madistin et Steven Benoît vont-ils étonner les Haïtiens en faisant un faisceau derrière Jude Célestin au second tour des élections à travers un programme commun et des exigences à l’institution électorale ?
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