Dans l’heure qui a suivi les résultats de la présidentielle, le candidat Jean-Henri Céant a soulevé un point très important qui a fait le tour des médias : ce fameux écart de 25% entre les deux premiers. C’était une sorte de mise en garde. Certains fanatiques ont profité de cette confusion, pour polluer les réseaux sociaux avec une victoire imaginaire du candidat placé en première position. La mise en garde du candidat Céant était motivée par le précédent créé à ce sujet lors des sénatoriales du 9 août dernier. Rappelons que le CEP lui-même avait sur son site indiqué comment cet écart devrait être calculé, conformément à la loi électorale. D’autres voix autorisées (Léopold Berlanger et Thomas Lalime, entre autres) avaient également donné leur point de vue, allant dans le sens du CEP, c’est-à-dire, dans le respect de la loi électorale (voir également article du Nouvelliste no 39547 du week-end du 5 septembre 2015 : “Quelques considérations techniques relatives aux problèmes conceptuels dans le mode de comptage des élections sénatoriales”). Il a fallu la décision de certains illuminés du BCEN - pressurés (?), intimidés (?) ou soudoyés (?) - aidés en cela par une kyrielle de pseudo-professionnels (“ statisticiens” et avocats) et d’un revirement (?) spectaculaire du conseil des neuf pour que les sénateurs Youri Latortue et Jean Renel Sénatus se voient élus au premier tour avec une autre méthode, sortie comme un lapin, du chapeau enlevé d’une tête... sans cheveux. Puisque l’appel du candidat Céant a rouvert le débat sur la question, et puisque suite à plusieurs appels d’amis je me suis rendu compte qu’une certaine confusion subsiste encore, alors, je me suis décidé, comme d’habitude, d’y apporter modestement mon savoir. Je ne serai pas très long, car le moment ne s’y prête pas. Rappelons les deux méthodes : 1) Sur son site, le CEP avait expliqué, lors des sénatoriales, que l’écart devrait représenter tout simplement la différence des scores (nombre de votes) obtenus par les deux candidats, rapportée au total des VOTANTS. Ce qui revient bêtement à faire la différence des pourcentages obtenus par chacun des protagonistes. Cette différence prend donc en compte l’ensemble de tous ceux qui ont voté, ce qui est logique et conforme au décret électoral. Si le candidat A fait un score de 500 000 voix et le suivant B en fait 350 000 sur un total de 1 500 000 votants, alors l’écart serait de (500 000 - 350 000) ÷ 1 500 000 = 33 33% - 23 33%, soit 10%. Il n’y aurait donc aucun élu. 2) Pour le BCEN et consorts, il s’agissait du pourcentage que représente le score du premier par rapport au deuxième. Interprétée comme telle, cette avance ne tient compte que des scores des concernés. ex : Avec la même situation plus haut, l’écart entre les candidats A et B serait donc de (500 000-350 000) ÷ 350 000 = 42 86%, et le candidat A l’emporterait haut la main. Le CEP a une fois de plus, après la présidentielle, sorti une note qui rappelle comment bien faire les calculs, en soulignant explicitement cette fois-ci que la méthode utilisée pour les sénateurs Latortue et Sénatus est interdite, sans autre forme de procès. Les mauvaises langues disent que c’est suite à un diktat du “Blanc” (tanpri souple wi !). La note du CEP s’inscrit dans notre logique de sous-développés, consistant à sortir des interdictions musclées ex cathedra, alors qu’elle aurait pu tout simplement expliquer à la population en quoi la méthode est mauvaise. Puisque je combats systématiquement ces attitudes de petits chefs, et puisque n’étant ni des enfants et encore moins des demeurés, j’ai pensé que nous avons tous le droit de bien comprendre en quoi la méthode Latortue- Sénatus est erronée, incohérente et donc non applicable. Ma démarche a donc un caractère plutôt didactique et est à portée, bien sûr, de tous ceux qui ont fait de bonnes classes secondaires. Regardons un peu. Dans l’exemple précédent, supposons que l’on fixe les scores des candidats A et B, et qu’on se mette à augmenter le nombre de votants. Par exemple, s’il y avait plutôt 5 000 000 de votants au lieu des 1 500 000, alors d’après la première méthode, l’écart serait de : (500 000 - 350 000) ÷ 5 000 000 = 10% - 7% = 3%, alors que la deuxième méthode donnerait encore 42.86%. On pourrait toujours avec la bonne méthode continuer à réduire encore l’écart entre A et B en augmentant le nombre de votants. Et puisqu’on est en math, alors on peut augmenter le nombre de votants comme on veut, jusqu’à réduire de beaucoup, et les pourcentages des voix de A et B et a fortiori, l’écart entre eux, ce qui sera d’autant possible que le nombre de candidats est grand. Alors comment, entre deux candidats qui ont obtenu des pourcentages de voix insignifiants et très proches et dont évidemment aucun n’a eu la majorité absolue, peut-on aller chercher un gagnant ? Absurde ! De plus, avec la bonne méthode, il y a un pourcentage de voix MINIMUM, soit 25% (et des poussières), qui permettrait à un candidat en avance d’être élu au premier tour (ex : pour une population de 629 595 électeurs, le premier obtient 172 830 voix - soit 27.45% - et le second 12 345 voix - soit 1,96%). A contrario, avec la mauvaise méthode, comble de l’incohérence, un candidat peut, comme on vient de le signaler, être élu avec n’importe quel pourcentage insignifiant de voix (aussi petit qu’il soit), même par surcroît très proche de son suivant, pourvu que son score par rapport à celui-ci soit d’au moins 25% (ex : pour un total de 5 000 000 d’électeurs, le premier obtient 400 000 voix - soit 8% - et le second 300 000 - soit 6% - pour une différence de 2%). Comment 8% de voix peuvent-ils suffire pour gagner une élection ? D’après mon raisonnement, d’aucuns pourraient s’inquiéter du nombre de voix qui reste pour les candidats restants. “Poze”, car il ne faut pas oublier notre pléthore de candidats ! Avec notre exemple, les candidats restants se partageraient les (5 000 000 - 500 000 - 350,000) = 4 150 000 voix qui restent, ce qui, avec 52 candidats par exemple, donnerait une moyenne raisonnable et même très généreuse pour certains (près de 79 807 voix). Dans le cas qui nous occupe, l’écart est simplement de : (511 992 - 394 390) ÷ 1 560 631 = 32.81% - 25.27% = 7.54% et NON de (511 992 - 394 390) ÷ 394,390 = 29.82% comme semblent vouloir affirmer certains fanatiques débiles. Attention à la tentation d’appliquer la jurisprudence de Latortue-Sénatus ! Les “Blancs” ont l’oeil sur nous ! Malheureusement, encore eux ! Patrick Ambroise 11 novembre 2015