Mis à part le Conseil électoral provisoire de 2010, dirigé par Gaillot Dorsinvil, aucun autre Conseil n’a été aussi décrié depuis vingt ans que celui présidé par Pierre-Louis Opont. La Conférence épiscopale d’Haïti, le Forum économique du secteur privé et la Plate-forme des organisations de défense des droits humains (POHDH) ont tour à tour jeté l’opprobre sur cette institution après le jugement du Bureau du contentieux électoral national (BCEN) sur les 78 procès-verbaux tirés au sort. Sans faire retrait de leur représentant au CEP, ces trois institutions sont allées droit au but sur les cas de fraudes et d’irrégularités dont ce processus est entaché dans le cadre de la présidentielle du 25 octobre dernier. Il n’est un secret pour personne que l’actuelle institution électorale n’a pas tiré les leçons de la débâcle des élections de 2010 où une commission de vérification de l’OEA avait mis fin à la prétention de l’équipe au pouvoir de se défaire de la réalité des urnes.
En s’adressant par lettre à Jude Célestin et à Jovenel Moïse, les deux candidats admis au second tour des résultats controversés, Pierre-Louis Opont semble vouloir mettre le cap sur le 27 décembre sans tenir compte de la conjoncture. Le communiqué conjoint signé des candidats du G-8, paru lundi, devrait permettre au Conseil électoral provisoire de réfléchir avant de se lancer dans une nouvelle aventure du second tour. Comment Opont peut-il prétendre organiser le second tour, alors que différents secteurs de la vie nationale désapprouvent la poursuite du processus électoral sans la vérification des procès-verbaux au Centre de tabulation des votes par une commission indépendante. Jude Célestin décline l’invitation de l’institution électorale pour ce mercredi au siège du CEP. Il reste attaché aux décisions du G-8 qui réclame la mise sur pied de la Commission indépendante de vérification des procès-verbaux et un remue-ménage au sein de l’institution avant la poursuite du processus.
Selon toute vraisemblance, il n’y a aucune possibilité d’organiser le second tour de la présidentielle le 27 décembre prochain. Le cap sera mis sur une nouvelle date après le rapport de la commission qui sera instituée pour faire la lumière sur les accusations de fraudes et d’irrégularités dont le processus est entaché. Après le refus de Jude Célestin de rencontrer le CEP en compagnie du candidat du pouvoir, le sort des élections ne dépend plus du Conseil électoral de Pierre-Louis Opont. Restera-t-il les bras croisés le temps que dure la mise en place et le travail de cette commission à venir ou va-t-il tirer la révérence ?
Les deux branches du pouvoir exécutif sont à pied'œuvre depuis lundi pour trouver la meilleure formule de sortie de crise. On ignore si la commission indépendante tant souhaitée aura la marge de manœuvre nécessaire comme celle de 2010 pour adopter les dispositions qui s’imposent dans le cadre de cette situation. Cette commission de vérification des procès-verbaux fera-t-elle la lumière sur le processus ou le déshonneur de ceux qui défendent la crédibilité de la présidentielle du 25 octobre ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.