Le président Michel Martelly est en Argentine. Le chef de l’Etat haïtien, à Buenos Aires, a participé ce jeudi à l’investiture du président élu argentin, Mauricio Macri, issu de l’opposition. L’élection en Argentine s’est tenue le 25 octobre, comme en Haïti. L’alternance politique a eu lieu. La page de la dynastie Kirchner est tournée, le pays regarde l’avenir, avec les défis socioéconomiques à relever. La démocratie est en marche. Au pays de Tèt Kale, l’élection a provoqué une crise politique. Une de plus. Les manifestations de rue se sont multipliées pour dénoncer la présence au second tour du candidat du pouvoir, Jovenel Moïse. Curieux, certains voudraient savoir ce que Michel Martelly répondrait si son homologue argentin lui demandait pourquoi son pays est dans l’impasse, dans l’incertitude politique, plus d’un mois après la publication des résultats de l’élection présidentielle. Peut-être qu’il dirait avoir donné les moyens pour réaliser les élections, que le CEP a fait son travail en toute indépendance. Certains diront que c’est vrai. D’autres se torderont de rire en jurant le contraire. Pour le moment, c’est la corde raide. En dépit des demandes répétées de l’opposition, la réponse reste la même : il n’y aura pas de commission de vérification. Le dernier BCEN de Ricardo Augustin, Jaccéus Joseph, au grand dam de Fanmi Lavalas, a tranché. La dernière cartouche d’une solution juridique a été vite tirée. Trop vite. Beaucoup trop vite pour ne pas alimenter plus de doute, plus de soupçon. Vérification rime avec Vérité. Cette fois, la vérité n’est pas bonne à chercher, à trouver pour mettre une sourdine aux accusations de fraudes massives, pour renforcer la légitimité du prochain président de la République. Cette fois, le résultat des travaux d’une commission de vérification risque de conduire sur du sable mouvant, ouvrir une boîte de Pandore. Le calcul, à en croire les échos de certaines officines diplomatiques, serait politique. Pas de problème avec Jovenel Moïse et Jude Célestin. Mais, ni Moïse Jean-Charles, ni Maryse Narcisse. Ils font peur ici et ailleurs. Il y a tant de contentieux non vidés, mal vidés après 1986, 1991, 2004, 2010, même si la roue du pouvoir a tourné et permis de voir d’indécrottables lavalassiens se transformer en Tèt Kale zélé. Ah! la crise économique. Entre-temps, alors que Moïse Jean-Charles, Maryse Narcisse, Jude Célestin, d’autres candidats à la présidence et des personnalités de la société continuent d’exiger la création de la commission de vérification, le Premier ministre Evans Paul mène des discussions en vue de créer une « commission de garantie électorale en appui au CEP ». En cette fin de semaine, l’idée est au stade de ballon d’essai. Ses termes de référence ne sont pas présentés. Des noms de personnalités sont cités. Certains seraient des gens respectables et respectés. Sur d’autres, il y a des oppositions farouches. Elles seraient marquées Tèt Kale. Sans passer par quatre chemins, il est bon que le Premier ministre Evans Paul et la commission de l’exécutif comprennent que toute tendance à l’imposition d’une commission de garantie risque d’aggraver davantage la crise. Pour diminuer les animosités, ne serait-il pas responsable que les vrais acteurs (Jude Célestin, Moïse Jean-Charles, le groupe des 8, sous les auspices d’un modérateur, au plus vite engage des discussions directes sur les termes de référence et la composition de cette commission de garantie électorale ? Qu’est-ce qui empêche que cette commission de garantie électorale commence une vérification des procès-verbaux de l’élection présidentielle puisqu’il est aujourd’hui entendu qu’il n’y a aucune solution juridique pour débloquer la crise aussi longtemps que Jude Célestin refuse le face-à-face avec Jovenel Moïse ? De toute façon, il va falloir avancer. Vite et bien. Sans mépris de l’autre même en sous-main, des éléments des forces d’argent doivent, elles-aussi, trouver une entente de non-agression, quel que soit le nom du remplaçant de Michel Martelly. Il y a ça aussi dans cette équation qui n’est pas que politique. Le pays, enveloppé dans un manteau de peur avec le retour brutal des soldats de la mort et des kidnappeurs dans les rues, mérite que ses dirigeants politiques, ses élites fassent des sacrifices, dans la transparence, la bonne volonté. La classe politique, de 1986 à nos jours, par son incompétence, son immaturité, a conduit le pays dans toutes sortes d’aventures. Souvent parce qu’un chef, en s’appuyant sur la position du Blanc, croit avoir toutes les cartes. Ange et démon de nos vies, le Blanc aussi a parfois son agenda alors que le nôtre devrait être l’avancement de notre pays, comme l’Argentine l’a montré au président Michel Martelly.