A 10 jours du second tour de la présidentielle du 24 janvier 2016, le Conseil électoral provisoire dirigé par Pierre-Louis Opont continue de publier des communiqués de presse sur le scrutin dans l’indifférence de l’un des deux candidats admis à participer à cette compétition, comme ce fut le cas à l’occasion du scrutin annoncé pour le 27 décembre dernier.
Qu’il s’agisse d’invitation adressée à Jude Célestin ou de correspondance sollicitant la liste de mandataires devant le représenter dans les bureaux de vote, le candidat a ignoré tout ce qui provient de l’institution électorale. Ce comportement de Jude Célestin traduit son refus de prendre part au scrutin que ce Conseil compte organiser au mépris des recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante qui avait pour mission de faire la lumière sur les accusations de fraude et de corruption dont les élections du 25 octobre dernier étaient entachées.
Avec quel sentiment la bande à Opont va-t-elle organiser cette compétition lorsqu’au sein de ce Conseil vilipendé, les uns et les autres sont suspectés d’implication de corruption dans les derniers jugements rendus par certains collèges au Bureau du contentieux électoral national (BCEN) ?
Un dialogue politique avant l’organisation d’une nouvelle compétition électorale et le replâtrage du Conseil électoral provisoire figurent parmi les recommandations de la Commission d’évaluation électorale indépendante. L’engagement pris par le chef de l’Etat, par arrêté présidentiel, pour créer cette commission et appliquer ses recommandations, est resté lettre morte.
Dans un sens comme dans l’autre, les élections annoncées pour le 24 janvier risquent d’être organisées dans l’indifférence des partis politiques, des forces vives du pays et de la population. D’autres élections réalisées dans le passé avec des organismes électoraux décriés, mais avec le soutien de certaines missions diplomatiques accréditées à Port-au-Prince, avaient souvent conduit le pays dans des crises politiques qui ont contribué à saper ses fondements. L’appui de certaines ambassades à la réalisation des élections le 24 janvier avec la participation d’un seul candidat à la présidence est une répétition dans l’histoire électorale haïtienne.
Quel que soit le cas de figure envisagé de l’événement du 24 janvier prochain, le Parlement constitue le dernier rempart dans la prise de décision y relative. Si le candidat unique de ce scrutin présidentiel est déclaré vainqueur par l’organisme électoral, le Parlement décidera ou non de sa prestation de serment le 7 février. Si les élections sont reportées à une date ultérieure et les recommandations de la Commission appliquées, il y aura quand même vacance à la présidence de la République le 7 février, et c’est au Parlement de combler la vacance. Le troisième scénario pourrait être le report des élections et l’extension du mandat du président au 29 mars comme il est bruit et au 14 mai, qui consacrera les cinq années accomplies de son mandat. Il faudrait dans cette éventualité un accord entre le président de la République, les présidents des deux chambres et les forces politiques du pays.
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