(Première partie)
Par Jean-Marie Beaudouin
La démocratie au double menton
Le bipartisme dominant et sa presse
Il faut, même en solitaire, qu’une voie s’élève et dise son mot au sujet de la configuration politique du monde actuel, qui s’ancre d’ailleurs de plus en plus dans la modernité. Compte tenu du format dans lequel il présente sa livraison de ce jour, fût-elle porteuse d’idées et de concepts qui intéressent la vie humaine; l’auteur se bornera à poser des jalons ou des repères qui sont susceptibles d’alimenter le débat national, espère-t-il. Soit dit en passant: le fait d’être seul dans un combat ne signifie pas pour autant qu’on soit en dehors des réalités objectives; d’autant que les idées qu’on porte au créneau visent particulièrement à revisiter les conceptions anciennes vis-à-vis de celles contemporaines afin de discerner les similitudes et les nouveautés qu’elles comportent.
Au-delà des moqueries et des puérilités qui dominent le débat politique d’ici et d’ailleurs, l’émetteur du présent propos a été capable de se débarrasser des sophismes autant frivoles que versatiles pour ne voir que le seuil du courage tout en franchissant celui du découragement qui aura vu tant d’esthètes tomber dans l’inertie à cause de leur imprudence et de leur bovarysme intellectuel. Lui, de préférence, il s’arme en effet des vertus courageuses pour continuer à remplir son obligation sociale et citoyenne. Quiconque le lira (ce texte) verra que la matière est présente chez l’auteur, et il ne s’embarrasse d’aucun complexe d’infériorité envers et contre tous.
Et, en avant-dernière analyse, il [l’auteur] suggère que pour s’élever du singulier au général, il faut d’abord enlever le bouchon de cérumen qui obture cruellement l’oreille: un exercice qui a un double effet positif. Premièrement, il permet un entendement parfaitement clair et, en second lieu, il réagit positivement sur la vue naguère frappée d’une cécité précoce. Pour lui, l’ouïe et la vue sont intimement liées parmi les cinq sens qui dominent le système nerveux humain: au point de vue de l’intelligence humaine, ces deux organes (oreille et vue) se complètent pour une meilleure lisibilité des textes ainsi que des élocutions orales. Sous ce bref rapport donc, s’ouvre l’audience pour l’auditoire ou le lectorat qui a l’ouïe fine et qui possède une bonne et intelligente vue.
Nous prenons pour point de départ l’inertie qui s’empare de la conscience intellectuelle internationale qui ne se manifeste plus, mais sur laquelle on ne s’est pas assez interrogé. Plus d’un se demande ce qui explique un tel phénomène qui contraste d’ailleurs avec les grandes et riches périodes ayant marqué la philosophie et l’art contemporain dans ses différentes expressions. Telle que l’ère de la Renaissance, suivie plus tard du siècle des Lumières, qui s’étend au-delà du XVIIIe siècle. Deux grands moments de l’histoire contemporaine, dignes d’être connus pour un public haïtien qui a toujours été tenu hors des mutations qui sont porteuses d’émancipation sociale. L’approximative dans la distribution de la connaissance et du savoir est le tribut à payer par la grande masse du peuple haïtien sous le conditionnement séculaire bourgeois, peut-on observer dans les très mauvaises conditions de vie offertes par les élites qui gouvernent l’État depi lè Dyab te kaporal.
La Renaissance (XV – XVIe siècles) fut une période riche en littérature, en philosophie, en sciences et en expressions artistiques populaires qui se prolongent jusqu’à notre temps. C’est à ce tournant historique que le philosophe Nicolas Machiavel (1469 – 1527) se révéla à la conscience intellectuelle de l’époque comme le premier enfant de l’ère nouvelle, qui prit d’ailleurs naissance chez lui en Italie. Il est passé proverbial dans la littérature politique, sinon qu’il est l’incarnation de la science politique. On lui doit indiscutablement la théorie de la prise et du maintien du pouvoir politique qu’il développe d’une main de maître dans son livre-phare, « Le prince », que tous les initiés connaissent par cœur, ou mot pour mot. Il est le premier à introduire « la raison d’État » dans l’histoire moderne que, plus tard, le cardinal de Richelieu (1585 – 1642) va populariser en lui donnant un cadre structurel qui tient compte des quiproquos, des querelles ou des différends, et de leur trouver des compromis consensuels. La guerre, aujourd’hui, a pris des proportions si alarmantes et urgentes que le créneau de la diplomatie devient secondaire dans le règlement des malentendus qui surviennent entre deux États ou un groupe d’États: l’impérialisme international n’a pas de temps à perdre, car l’intérêt des classes capitalistes ne doit plus souffrir de diplomatie de la navette. Telle est l’attitude qui domine dans la modernité actuelle.
En politique, Machiavel soutient fortement que la morale est contre-productive, que ses hypothèses savantes restent aujourd’hui indémontables et sont appliquées sans commune mesure dans les États modernes actuels.
« La conquête et l’exercice du pouvoir sont l’enjeu de luttes féroces dans lesquelles l’homme politique ne doit pas s’encombrer de scrupules moraux. C’est là le plus sûr moyen d’échouer. Certes il est important de paraître vertueux (honnête, bon, intègre, loyal, etc.) car sur la scène sociale l’apparence est reine. Mais précisément parce que le peuple ne juge que sur les apparences, seule la réussite compte à ses yeux. Un homme politique n’est pas jugé sur la pureté de ses intentions, ni sur la qualité morale des moyens mis en œuvre pour réaliser les fins politiques (la paix civile, la prospérité collective, ce qu’un peuple considère à un moment donné comme juste, etc.), il est jugé sur sa réussite, et de ce point de vue il est suicidaire d’être moral. » écrivait-il.
Si, dans les conditions de l’État moderne, les idées du philosophe florentin s’adaptent et s’appliquent à tous les temps, elles sont néanmoins noyées sous l’hypocrisie occidentale dont les dirigeants politiques et intellectuels affirment exercer une forme de démocratie sans dictature. Une des pilules qui relèvent du servilisme intellectuel, mais qui passe bien dans l’opinion soumise, bien entendu, à la dévotion capitaliste.
On s’acharne contre certains peuples qui ont choisi librement d’exercer le socialisme véritable, fruit de leur combat dans le cadre de la transformation rationnelle de leurs sociétés respectives. Malgré des résultats concluants et de notables conquêtes sociales qu’ils ont pu obtenir sous le nouveau régime à la satisfaction des classes laborieuses jadis exploitées cruellement par les classes exploiteuses; ils sont invariablement critiqués et qualifiés d’État antidémocratique, de dictateur et de régime totalitaire. Quand ils ne sont pas indexés d’États voyous ou parias.
La grande presse capitaliste, qui ne chôme jamais en matière de propagande anti-marxiste-anticommuniste, déploie sa machine de désinformation en vue de capturer les esprits par l’intoxication collective: un phénomène spirituel dont elle est passée maître, observable dans ses livraisons écrites ainsi que dans ses exercices oraux. Certes, la presse bourgeoise capitaliste est pathologiquement encline à lever son étendard dès lors qu’un régime social de type nouveau monte en scène (le Venezuela bolivarien est un exemple actuel), mais elle garde pourtant un silence bonifié sur les régimes dictatoriaux d’orientation de droite pendant la période dite « guerre froide ». Elle encense aujourd’hui la monarchie absolue saoudienne (Arabie saoudite), un État à régime islamique de la péninsule arabique qui exerce depuis peu l’impérialisme hors des limites de sa juridiction sous le sentencieux prétexte qu’il combat l’islamisme extrémiste (terrorisme dans le lexique occidental) alors que c’est lui qui le finance.
Cela va de soi puisqu’il est un allié essentiel des Etats-Unis dans cette région qui recèle des réserves infinies de pétrole: raison fondamentale qui fait que l’Occident ferme les yeux sur la répression politique dirigée contre la minorité chiite là-bas. Pendant qu’elle soutient inconditionnellement l’Arabie saoudite, la presse occidentale et d’autres supports intellectuels diabolisent la Syrie qui partage pourtant le même espace géographique; c’est ce que l’auteur appelle « politique de deux poids et deux mesures », ou la démocratie sélective plus précisément. C’est peut-être aussi cette forme d’appréciation discriminatoire des évènements ayant cours dans la péninsule, qui a créé le « Daesh ou l’État islamique »: deux vocables ou concepts fraichement sortis du moule lexical de la littérature occidentale. Ainsi, s’installe aujourd’hui le syndrome de la peur dans les pays blancs qui semblent avoir exercé la thèse de l’accident sans se doter au préalable de son antidote. C’est la pagaille dans le camp des Grecs.
A suivre…
Jean-Marie Beaudouin
Janvier 2016; coifopcha@yahoo.fr
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