(Deuxième partie et fin) Par Jean-Marie Beaudouin La démocratie au double menton (suite) Le bipartisme dominant et sa presse (suite) Comme nous l’avons annoncé dans notre développement embryonnaire, nous donnons ici un aperçu de la démocratie telle qu’elle est exercée en Occident, avec ses actifs et ses imperfections aussi. Nous n’écartons certainement pas que, dans cette partie du monde, il existe de réelles et notables avancées au point de vue du développement humain et du progrès scientifique et technique; sinon qu’elle possède les meilleurs représentants de la civilisation moderne. Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence la manière brutale et dictatoriale avec laquelle il impose au reste du monde sa propre démocratie, son ordre économique et sa culture. Et, à terme, c’est en raison de ce caporalisme moderne que l’Occident est aujourd’hui atteint de la phobie arabo-musulmane dans sa pointe extrême, nouvellement dénommée « État islamique » où se joignent djihadisme et salafisme pour former un cocktail idéologique hybride, ancré dans la religion avec une forte dose de prosélytisme militant. Actuellement et surtout après les attentats de Paris (13 novembre 2015: 130 morts et 200 victimes sanitaires), le commun des mortels en France, en Europe et en Amérique du Nord se trouve paniqué à la vue seulement d’un ressortissant arabe dont il craint qu’il ne soit une bombe humaine ambulante. Cette affectation plutôt malaisée est due aux traumatismes d’un autre temps, mais qui se réveillent en lui avec les récents évènements qui ont endeuillé le pays de l’Hexagone, victime deux fois dans la même année (Charlie Hebdo, janvier 2015: 12 morts et 7 blessés). Sortir de cette torpeur, de cette spirale ou de cette peur obsédante exige peut-être une nouvelle reconfiguration de la philosophie politique à l’échelle du globe dans laquelle les maîtres du monde seraient appelés à consentir des sacrifices et faire des concessions à l’effet de garantir la paix et la sécurité internationales: une quête que l’ONU s’était promise à l’aube de sa naissance comme ce fut le cas de son ancêtre, la SDN. Cela étant dit au circonstanciel, bien sûr, car la question arabo-musulmane apparaît comme une vraie patate chaude. Il faut être très prudent, minutieux et rigoureux si on veut l’aborder; car l’Arabe a une histoire, une philosophie, une littérature, sa religion et son lexique. De ce point de vue, l’auteur ne pense pas qu’il faille trop se fier aux traductions telles qu’elles sont relatées dans la presse bourgeoise et partisane. Revenons à nos moutons. Mais alors il se trouve que, à droite, la fin de la guerre froide a reconfiguré la politique du monde où la dictature du bipartisme a désormais pris sa forme permanente dans la durée. En France, la droite classique et le gaulisme dominent le pouvoir politique sous la Cinquième République d’après-guerre; RPR (Rassemblement pour la République et UMP (Union pour un mouvement populaire, aujourd’hui Les Républicains) sont des sous-produits de la droite réunie; la gauche plurielle, dont on parle avec hargne et tant d’élucubrations, est aux yeux de plus d’un un slogan creux pour des âmes pieuses comme sœur Anne par exemple; elle est dirigée par le Parti socialiste (PS) qui est lui-même un appendice de la droite du capital depuis qu’elle s’est reconvertie en apôtre du réformisme libéral, donc social-libéral dans les années 70 du siècle dernier. Elle a longtemps rejoint l’impérialisme international. L’actuel Premier ministre socialiste, Manuel Valls (Août 1962 …), vient tout juste d’user de son pouvoir discrétionnaire en donnant l’ordre à son troupeau de moutons de voter contre le Front National (FN) à l’occasion du second tour des régionales de 2015. Ce malgré le fameux « ni-ni » du chef de la droite française, en l’occurrence Monsieur l’ancien président Nicolas Sarkozy. Bref, des embouchures qui se croisent mais qui vont se jeter dans le même confluent. Ni plus ni moins, ainsi va la droite capitaliste réunie dans le monde. (En déclarant officiellement à ses partisans: « vote ni au FN ni à la gauche », Sarkozy a voulu faire le jeu des extrêmes droites; mais, à sa stupéfaction, c’est la consigne du chef de la Gauche qui a été suivie au pied de la lettre par le conglomérat de gauche). Les candidats républicains ont gagné par procuration de la gauche comateuse. Pareil en Angleterre où Parti conservateur et Parti travailliste se disputent le pouvoir politique depi sou tan benmbo = administration depuis des temps poussiéreux. Idem aux Etats-Unis d’Amérique où le gouvernement américain est dominé sans interruption par la dictature des deux partis politiques: Parti républicain et Parti démocrate qui dorment dans le même lit d'une rivière qui reçoit les mêmes cours d’eau, au gré des intérêts de la bourgeoisie possédante. Et les petits pays à qui on a donné la démocratie occidentale comme paradigme ont emboîté le pas. Devant ce phénomène récurrent, les services de presse capitaliste et l’intellectualité bourgeoise se taisent et sont longtemps entrés dans une léthargie prolongée. Cause de cet état de somnolence, apparu chez les agents intellectuels de la bourgeoisie internationale: les forces sont dissipées dans la corvée laborieuse et coûteuse contre le communisme international, qui s’étira sur plus de sept (7) décennies sans répit et sans intermède. C’est la raison pour laquelle ce beau monde de la bien-pensance bourgeoise se repose aujourd’hui; un repos bien mérité. Par contre, l’auteur doute qu’il puisse se trouver une démocratie qui génère en même temps des contradictions sociales, politiques et économiques. Une démocratie qui, au point de vue culturel, s’exerce à l’intérieur d’une société dont les classes dirigeantes cultivent le racisme chauvin qui conduit fatalement à une lourde conséquence sur la mentalité collective. Or, la démocratie telle qu’elle s’entend suppose d’abord le droit à l’existence, une totale liberté de conscience et des libertés individuelles qui sont des facteurs d’émancipation, inhérents à la nature humaine. Elle est synonyme de l’État de droit qui veut que tout un chacun jouisse pleinement de son droit naturel. Mais, la propagande aidant, la perception qu’on a des démocraties occidentales passe pourtant bien dans l’opinion. D’autant qu’il existe des sommités qui les conçoivent comme telles, notamment Alexis de Tocqueville (1805 -1859) qui constate que la démocratie se développait prodigieusement en Amérique septentrionale esclavagiste, lisant son livre de voyage « De la démocratie en Amérique », paru en 1835. Un auteur à ce point séduisant, qu'on s'exposerait à une bonne raclée de bois vert si on osait mettre en doute ses rapports et ses valeurs. Il est également un enfant des Lumières prolongées qui est très apprécié en Haïti, alors qu’Anténor Firmin, un savant du terroir, est très peu connu dans les milieux estudiantins. Allez comprendre ça, ti gason! Delwayal se rans nan zafè pwopagand sa-a. Avant de constater que, sous le capitalisme moderne, l’esclavage a pris une nouvelle forme qu’il prénomme « l’esclavage salarié »; Karl Marx s’était déjà penché sur l’esclavage des humains qu’il considère comme une nouvelle catégorie de l’économie capitaliste, et comme moteur de son développement exponentiel. La méconnaissance des esthètes de Karl Marx sur les questions qui regardent les préjugés sociaux et raciaux réside dans le manque de recherche portant sur son œuvre complète, ainsi que sur celle d’Engels. « L'esclavage direct est le pivot de notre industrialisme actuel aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n'avez pas de coton. Sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie mécanique. Aussi avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l'ancien monde que très peu de produits et ne changeaient pas visiblement la face du monde. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance. » Référence: Lettre de Karl Marx à Pavel Annenkov (1813 – 1887), datée du 28 décembre 1846. Consultable sur le net, notamment les sites marxistes. Le philosophe des gentils et des prolétaires ne s’arrête pas là dans son prisme de lecture; il nous donne, maintenant, à comprendre comment le capitalisme s’est engagé singulièrement dans une course immodérée à la recherche de biens et de capitaux, et qu’il n’épargne rien sur son passage, pas même la personne humaine. Sa brutalité et sa dictature que l’on observe aujourd’hui sur la scène internationale remontent à sa genèse même. Dans le chapitre XXXI de son œuvre maîtresse. Le Capital, sous le titre Genèse du capitaliste industriel, Marx constate et argumente les faits avec sa méthodologie qui lui est propre: « La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. » En guise de conclusion, l’auteur anticonformiste suggérerait à l’intellectualité haïtienne, si modeste soit-elle, de cesser ou de divorcer d’avec le système de pensée dogmatique qui domine la conscience collective de manière stérile, compte tenu de l’atrophie de l’économie nationale et de la précarité séculaire qu’il engendre dans la société. Que ses membres [intelligence haïtienne] disent bonjour et au revoir à la pensée servile; qu’ils se libèrent des étreintes du conformisme religieux et des conventions bourgeoises inopérantes et inadaptées aux réalités présentes. De là, ils pourront alors commencer à mettre en œuvre des productions nouvelles qui auront la vertu d’influencer la politique de l’État à tous les points de vue. L’étranger, pour sûr, ne le fera pas à leur place. Car votre fidèle serviteur pense qu’une classe intellectuelle est avant tout une avant-garde éclairée dont les gestes, faits et actions sont susceptibles d’orienter la société vers le développement et le progrès continu dans la mesure où elle est consciente des réalités objectives qui se présentent devant elle. Comment est-il possible que des gens formés académiquement puissent exiger de l’État haïtien des élections démocratiques, honnêtes et libres dans un pays où le taux d’analphabétisme avoisine les 70% de la population globale (si nous ne sommes pas trop généreux); dans un pays où la plupart des gens instruits se conduisent comme des analphabètes fonctionnels; enfin, dans un pays dans lequel la pauvreté et les disparités sociales sont dominantes? Nous estimons, pour notre part, que, en termes de problématique sociétale, l’atrophie est une pathologie parfaitement guérissable pourvu qu’on en soit conscient. Depuis Marx et Engels, dans la méthode dialectique, l’on sait que la société s’est engagée dans un processus éternel d’apparition et de disparition: en clair, les phénomènes naissent et disparaissent. Pour finir, peut-être que nos politiques et intellectuels d’ici devraient choisir entre la possibilité d’élection au plan national, qui s’avère un puzzle très complexe pour les raisons esquissées précédemment, ajoutées à la multiplicité des partis et organisations politiques, d’une part; et la consultation nationale par voie référendaire, qui s’avérerait un exercice à la portée de l’intelligence des masses populaires haïtiennes pour les mêmes raisons, d’autre part. Entre autres choses, la classe des opprimés est l’entité majoritairement écrasante de la nation; mais elle est sollicitée par les élites uniquement pour des questions électorales, donc pour la prise du pouvoir. Voilà ici une attitude qui indique déjà la nature informe de la gestion de l’État. Voilà également notre attitude et notre opinion sur le concept démocratie qui est universellement admis comme système politique le plus répandu dans le monde. Jean-Marie Beaudouin Janvier 2016; coifopcha@yahoo.fr