Le président Privert a cassé la baraque dès son premier point de presse le vendredi 19 février dernier, soit cinq jours après son installation. Il va vite et même très vite et pas avec des gants. Les finances publiques, sa spécialité incontestable, furent son point de mire. L’état de ces dernières est catastrophique au point que le chef de l’Etat a sollicité, sinon enjoint, la CSCCA de diligenter une enquête in extremis sur la gestion de l’administration Martelly.
D’un autre côté le président a réitéré son engagement à respecter les termes de l’accord du 5 février dernier, précisément le contenu et la durée de son mandat intérimaire. Bon signe. Mais, il n'a pourtant proposé aucun chronogramme. Pas bon signe. Cependant il estime que, je le cite : « il faut mettre la machine en branle pour que dans les 120 jours qui me sont impartis nous arrivions à l’'élection des nouvelles autorités à la présidence, au Parlement et au niveau des collectivités territoriales et locales. » Fin de citation. Acte est pris.
Quant aux enquêtes, quoi qu'incompletes, minutieusement menées par l'UCREF sous la direction de Jean Yves Noël,les citoyens eurent une idee assez précise des ramifications ministérielles liées à ce vaste réseau de prévaricateurs des fonds publics. Là encore personne ne fut inquiété. Qui veut -on berner? Les naïfs!
La balade des consultations va probablement se poursuivre jusqu'à la fin du mois.
Déjà je m’étonne que les institutions ayant reçu une correspondance de la présidence les enjoignant d’acheminer les noms des personnalités retenues dans le cadre de la ‘’re-formation’’ du CEP ne chevauchent pas au rythme de la présidence. Le délai imparti par l’accord, pour faire connaître lesdites personnalités de leur choix, a expiré. Mauvais signe. Tente-t-on, par une nonchalance concertée, de faire échouer le président provisoire dans l’accomplissement de sa mission ? Il est si difficile de trouver des personnalités honnêtes et crédibles chez nous ?
Le bruit court dans la cité qu’une commission de vérification des joutes électorales de 2015,-non comprise dans le texte de l’accord- sera mise sur pied très bientôt. Les verdicts de cette commission d’exception, une sorte de tribunal électoral spécial, seront imposables à tous et sans droit de recours, à l’instar de la Section Spéciale de Costa Gavras. Ainsi, nous saurons avant la fin du mois de mars les vrais compétiteurs du second tour dans la course à la présidence. Je le rappelle, les joutes, selon le président Privert, sont fixées au 24 avril. Je demeure convaincu quelles, que soient les forces en lice dans cette compétition qui n’en finit pas, elles accepteront patriotiquement la décision patriotique qui leur sera imposée. Le président Privert aurait réussi là où bien d’autres ont échoué piteusement. Bravo président Privert!
La commission d'exception va-t-elle recourir à la contorsion de certains articles de la loi électorale ? . Mais alors là comment s’y prendra-t-on pour chasser les mal et les non élus du pouvoir législatif ? Ceux-là mêmes qui ont tout de même contribué à l’ascension du sénateur Privert, l’un des leurs, à la magistrature suprême ? S’ils doivent partir par suite du rapport de la commission, l’acte politico-institutionnel découlant de l’accord, auquel ils ont participé, est-il frappé de nullité ? Qu'un juriste ban m yon ti limyè souple.
Le président Privert n'est-il pas en train de scier la branche sur laquelle il est assis? Ah quel mauvais sort nous aurait piqué ?
Lié de façon stricte au texte de l’Accord, le président Privert saura faire montre de bon sens en mesurant chacune des initiatives qu’il aura à prendre et des actes qu’il aura à poser.
Des commissions, elles pleuvent en veux-tu, en voilà. Il est aussi question d’enquête sur la gestion de la chose publique par l’équipe TetKale. Nous disons oui très fort à la nécessité d'une telle commission. Mais est-ce le rôle de cette présidence intérimaire ? C’est plutôt la mission impérative d’un exécutif issu d’un vote populaire et constitutionnel. Ce que R. Préval et M. Martelly auraient dû faire respectivement en 2006 et 2011, mais qu'ils n'ont pas fait malheureusement. Un gouvernement provisoire pourrait exceptionnellement entreprendre une telle initiative mais pas un exécutif intérimaire issu d’un accord si précis dans ses termes avec un mandat très élaboré et limité dans le temps, disons le,…le temps électoral.
Les conclusions et recommandations du rapport de la commission, dirigée par le sénateur Paul Denis en 2004-2005, n’avaient pas rempli le pénitencier national, bien qu'elles ne laissèrent aucun doute quant à la forme, la nature et l'extension des réseaux de prédateurs du Trésor public tissés par/et autour du pouvoir et de la présidence de l'époque – février 2001 à février 2004. Les auteurs, coauteurs, opérateurs et complices ont été clairement identifiés dans le rapport de cette commission. D’aucuns avaient déclaré, à l'époque, que ce n’était qu'un instrument de revanche de l’opposition d'alors contre Lavalas.
Comédie tragique, ceux- là mêmes qui ont été sous enquête en 2004-2005 et qui circulent librement jouissant du fruit de leur forfait, réclament aujourd'hui la mise sur pied d'une commission. Ils sont apparemment absous et réhabilités, sans jugement, par leurs accusateurs d'hier. Pour les besoins de la cause ?
Non Monsieur. le Président, ne faites pas ce faux-pas, c'est un piège. La vraie motivation de certains de ceux-là qui réclament cette commission d'enquête est ailleurs. Elle est politiquement et électoralement orientée.
21 février 2016
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