(Deuxième partie et fin)
Par Jean-Marie Beaudouin
L’impérialisme capitaliste et sa morale
De ce qui précède, c’est-à-dire la rencontre des États-Unis et de la Russie fédérale dans une Syrie déchirée et en lambeaux non pas dans une situation antagonique comme ça a toujours été le cas, mais qui se retrouvent « unis » dans le jeu des intérêts particuliers, fût-il sous la dépouille du pays des Syriens.
De notre point de vue, si la Russie arbore aujourd’hui le drapeau impérialiste particulièrement en territoire syrien pour les raisons évoquées dans la première partie, nous estimons que les critiques qu’elle reçoit sur la scène ont dû être pour elle un moment du souvenir de sa splendeur d’antan. Car, à l’époque soviétique, de si regrettée mémoire, elle n’aurait pas besoin de ternir son prestige au plan international: elle avait à la porte les deux portes d’entrée sur la Méditerranée: occidentale et orientale. Motivation qui explique essentiellement sa présence en Syrie.
La République fédérale de Yougoslavie, aujourd’hui éclatée en maints petits États parcellaires, était membre à part entière du Pacte de Varsovie = Organisation militaire des pays socialistes d’Europe de l’Est, fondée en 1955, contrepoids de l’Otan (1945). La Russie pouvait également compter sur la Chine populaire, comme sur l’Égypte moderne sous la présidence de Gamal Abdel Nasser (Janvier 1918 – Septembre 1970; mandat: Juin 1956 – Septembre 1970). C’est le prix à payer quand on se reconvertit au capitalisme monopoliste et sa police (impérialisme) qui sont toujours en porte-à-faux contre le droit à l’autodétermination des peuples et transgressent sans crainte les lois et conventions internationales, ratifiées ou pas. La police du monde s’en moque complètement.
D’un point de vue chrétien dans ce génocide dont la Syrie fait l’objet, les États-Unis, eux, s’en tiennent à leurs intérêts économiques et aspirations politiques. Et, pour qui, la morale chrétienne demeure une conception anachronique et obsolète. Damas, la capitale de la Syrie moderne, est l’endroit où Jésus-Christ serait apparu à Paul qui s’y baladait dans sa posture de truand et dont on dit être un personnage central de la philosophie chrétienne.
On peut se rendre compte par soi-même que, malgré le geste symbolique selon lequel le président américain prête le serment traditionnel sous la Bible des chrétiens, les armes meurtrières américaines tuent le peuple de ce pays au grand dam de Paul « le Saint » qui y foula le sol. Aussi tant que les guerres de religion, les guerres coloniales et les guerres impérialistes domineront la société humaine, le christianisme sera un anachronisme pour avoir été incapable de guider et d’anticiper les actions perfides et criminelles des gouvernements occidentaux qui prennent d’ailleurs la doctrine du Christ comme ombrage, parapluie ou parasol. Et la chrétienté, pour se donner bonne conscience auprès de ses divinités, a toujours pris le chemin de la facilité dans le sens qu’elle incrimine et accuse Satan le Diable quand ces malheurs arrivent, quand ces guerres injustes éclatent. Même si Jésus et Satan demeurent deux êtres qui n’opèrent que dans l’invisibilité la plus parfaite, mais elle [chrétienté] y croit invariablement.
Au demeurant, ce qui est réel c’est la morale du capitalisme dominant qu’il faut chercher à bien saisir ou comprendre: le droit des nations à disposer d’elles-mêmes est une vieille conception du monde qui remonte au temps de la révolution bourgeoise (1789) en France, que la bourgeoisie moderne opulente a longtemps rendu inopérant. Le combat des peuples pour la liberté et la démocratie est pour elle une chimère qu’il faut réprimer par tous les moyens, y compris par des grandes effusions de sang qu’elle organise et commandite actuellement sur la scène internationale. Son expérience contemporaine est essentiellement faite d’injustice et d’impunité. On peut donc présumer que les avocats jacobins doivent se morfondre dans leur cercueil quand ils apprennent que les droits les plus élémentaires sont méprisés et bafoués par une classe qu’ils montèrent en scène conformément au manuel de l’histoire. Pour assouvir sa soif, la classe d’intérêts ne recule devant aucun moyen: elle peut même brader toute une civilisation avec le fallacieux prétexte qu’elle la reconstruira. Des vœux pieux auxquels des naïfs ajoutent foi.
Le capitalisme, qui enfante la bourgeoisie comme classe dominante, a sa propre morale: il n’est pas lié à la morale ordinaire; mais elle obéit à des scrupules bien plus supérieurs qu’aux codes moraux existant. Pour avoir une idée pratique de sa morale, il faut la lire dans ses actions si le cœur en dit, mais pas dans les livres qui sont faits pour des pantins et des adeptes néophytes dont le système nerveux dépend non pas de ce qu’il peut émettre mais de ce qu’il reçoit, c’est-à-dire qu’il n’est pas autonome comme il devrait l’être.
Le capitalisme français s’exerce dans une société qu’il prénomme « cosmopolite » où les nationalités et ethnies, les expressions idéologiques et l’alternance politique sont admises, proclame-t-il. Dans la réalité physique, préjugés sociaux, discrimination raciale et dictature d’un seul courant idéologique y sont pourtant la règle générale. La greffe du parti socialiste français qu’on a vu exercer le pouvoir politique ces temps-ci n’est autre qu’un duplicata de l’économie capitaliste = marché libre, inflation, austérité, bas salaire et chômage. En clair, il s’agit d’un véritable trompe-l’œil. Il maintient sur son sol l’aile politique chauvine, le parti d’extrême droite, s’il advenait que sa classe dominante doive quitter la scène sous la pression du prolétariat. C’est ici sa propre morale qui est en nette inadéquation avec les objets réels que l’on peut se représenter dans les dédales d’une société bourgeoise, qualifiée de « grande démocratie » à l’intérieur d’un empire élargi des colonies modernes africaines et de ses possessions d’Outre-mer, lesquelles sont privées d’indépendance et d’autonomie à tous les points de vue.
Le capitalisme américain, lui, est foncièrement anti-pluralisme idéologico-politique. Il s’insère dans une politique outrancière qui consiste à imposer à ses concitoyens la dictature intellectuelle dans sa pointe fiévreuse au plan de la philosophie, la droite capitaliste qu’il considère comme la seule expression idéologique admise dans sa société. Ses deux structures de parti politique, qui dominent la vie politique étasunienne, se disputent le pouvoir d’État au nom de la droite du capital dont elles ne s’en sépareront jamais. Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni, dit-on
Avec ces deux partis politiques (Républicain & Démocrate) semblables de même nature, s’est produit un phénomène de doublure dans la société américaine qui affecte sérieusement la compréhension intellectuelle de sa jeunesse qui est privée de connaissances historiques capables de lui permettre d’engager des échanges culturels rationnels. Elle est réduite à une entité amorphe dont les seuls exercices qu’elle comprend, sont les stéréotypes et les clichés traditionnels. Hier comme dans la modernité d’aujourd’hui, elle ignore ses origines ancestrales: si elle peut parler relativement bien de ses descendants européens, la civilisation amérindienne lui est totalement inconnue. Il est donc bien difficile pour un professeur d’école aux États-Unis d’enseigner aux élèves et étudiants l’histoire des génocides indiens post-colombiens ayant eu lieu sur le continent, particulièrement dans sa partie nord.
L’auteur anticonformiste, lui, érigerait le doute sur la validité des thèses d’histoire se rapportant à la civilisation indienne si elle était enseignée dans les écoles américaines. C’eût été mettre le doigt dans l’œil, comme ç’aurait été en venir à parler aussi des enclaves où vivent les survivants des déluges pendant les guerres que menaient les colons américains contre les propriétaires indiens. On estime la population amérindienne à 2 000 000 d’âmes qui sont encore traités avec les mêmes différences sociales et disparités économiques d’avant l’hécatombe indienne. On parle dans le langage moderne des « Réserves », endroits où ils vivotent: Delaware, Utah, Dakota, Nouveau Mexique, etc. Peut-être qu’ils doivent s’estimer chanceux, puisque jusqu’en 1924 ils étaient dans un statut d’apatrides d’après la loi portant sur la citoyenneté américaine des Indiens (Indian Citizenship Act, 2 juin 1924 = Attribution de la citoyenneté américaine aux Amérindiens, dont le Représentant Homer P. Snyder en fit la proposition).
Au point de vue culturel, l’argent est prédominant et prépondérant dans le système américain: la valeur d’estime dépend de la capacité économique et financière que l’on peut faire valoir. Le reste des valeurs oscille entre l’inexistence et le néant. Des valeurs et qualités telles que la famille et son contenu essentiel (être humain), le talent, la culture, la littérature, la philosophie, l’histoire, la science, la vertu, la loyauté, l’éthique, l’esthétique, etc., relèvent de la morale ordinaire qui, selon la mentalité des classes dirigeantes américaines, se situe aux antipodes de la morale capitaliste. Laquelle embrase la société bourgeoise d’après les réalités contemporaines.
L’espace géographique américain est proverbialement connu pour une terre particulière de rêves et d’opportunités, dont l’argent est au centre. Cette propagande a pris des proportions si convaincantes que, dans les pays coloniaux comme Haïti par exemple, il se trouve des Haïtiens relativement moyens qui paient des sommes d’argent qu’ils ne possèdent pas pour aller se risquer dans les mers proches des côtes floridiennes. Sous l’effet d’un fantasme inconscient, il y en a qui se font arnaquer par des racketteurs dans le voisinage de l’Ambassade sous le prétexte qu’ils pourront obtenir le sacré visa à partir de leur mystérieux contact « crédible ». Des infortunés qui souvent ne savent ni lire ni écrire, mais qui soutirent de l’argent d’autrui. Phénomène impensable dont le développement est favorisé par une sorte de hantise, de frénésie ou d’obsession américaine. Qui l’eût cru? Pourtant vrai.
D’après les clichés traditionnels omniprésents dans la littérature universelle, les États-Unis sont considérés comme la civilisation la plus avancée du monde parce qu’elle repose fondamentalement sur la démocratie. Or, selon la définition moderne, la démocratie est avant tout un système politique admis universellement. Or, dans ce grand pays du Nord de l’Amérique continentale, mis à part le bipartisme dominant; une organisation politique de tendance différente, qui n’a pas les moyens financiers de sa politique, est fatalement voué à la marginalisation: La presse dirigée, pour ses temps d’antenne, facture généralement à la minute dont le coût total est si exorbitant que le potentiel postulant se trouve dans l’obligation pécuniaire de rétracter sa demande, ou bien il s’abandonne aux âmes généreuses et charitables. Disons mieux à son incapacité. Dans ce cas de figure, il va falloir que les chercheurs en science-Po et en démocratie ré-établissent la différence entre la politique et l’argent.
En dépit de cette mauvaise pratique traditionnelle, l’école des épicuriens et des puritains ont pourtant admis ce fait, n’y voyant ni entorse ni anomalie à la démocratie américaine triomphante. Au contraire à l’aurore d’après-guerre (Seconde), il s’est produit une vendetta au sein de la société conduite par des éléments d’extrême droite qui ont vu dans la présence des communistes américains un crime national. Une déduction passablement théâtrale, qui découle de l’intolérance intellectuelle opposée à la prudence intellectuelle dont un critique averti doit en tenir compte.
Le sénateur Joseph McCarthy, dans sa campagne frénétique anticommuniste, eût pu mettre en péril le fondement même de la nation si le Sénat dans sa majorité (2 décembre 1954) n’avait pas désamorcé la bombe à temps en lui écopant un vote de censure, lui privant du coup de la présidence de la structure parlementaire dénommée « sous-comité d’enquête ». Il naquit le 14 novembre 1908 et mourut le 3 mai 1957; il exerça de 1947 à 1957. Il sombra dans l’alcool jusqu’à sa mort clinique, mais le mccarthysme est bien vivant aux États-Unis. On fabrique actuellement un nouveau McCarthy, qui porte le nom Donald TRUMP. Son intolérance lui a récemment conduit à décliner un débat à la chaîne de télévision « Fox News » à cause d’une femme journaliste qui l’avait traité de sexiste. Or, à première vue, sexisme est la moindre critique qu’on puisse adresser à un xénophobe comme Hitler de son temps. Sur ce qu’on voit dans le paysage audiovisuel pendant les primaires américaines, il manque seulement au candidat Trump et ses supporteurs le drapeau frappé de la croix gammée nazie.
Maintenant, en dehors des frontières étasuniennes, le capitalisme américain se comporte et agit de la même façon, ne ménageant certainement pas sa brutalité pour s’imposer. Les notions de culture, de tradition et des coutumes sont dévoyées et noyées sous la morale capitaliste dès lors que l’interventionnisme américain s’active et pénètre de force dans les contrées se trouvant hors de sa juridiction géographique. Devenue puissance militaire coloniale au crépuscule du XIXe siècle, l’Amérique septentrionale en a fait du continent sa chasse gardée. Bien qu’elle soit une émanation typique de ses anciennes tutrices, elle interdit aux puissances européennes d’exercer leur influence culturelle et militaire dans sa sphère englobant désormais l’étendue du continent. La guerre hispano-américaine (Janvier 1898) à Cuba marque la rupture des relations entre des homologues colonialistes nord-américains et européens qui partagent pourtant les mêmes vues d’ensemble dans le gouvernement de la planète.
Rappelons que cet épisode eut lieu tout juste après l’indépendance de Cuba (novembre 1997), qui devient ipso facto colonie américaine jusqu’à la révolution cubaine de 1959. Haïti, terre qui porta les germes véritables de liberté universelle, recevait son occupation en 1915 - 1934 et Saint-Domingue (République Dominicaine) en s’accommodait les siennes de 1916 – 1924 et de 1965 – 1966 au nom de la morale capitaliste qui déclare solennellement: « L’Amérique aux Américains ». Aujourd’hui, ce principe juridique de droit « d’aînesse » ou « du plus fort » déborde les frontières continentales pour prendre désormais son caractère planétaire au nom de la morale de l’impérialisme capitaliste. C’est ici la nouvelle loi qui régit la planète et de tout ce qu’elle renferme et recouvre.
L’auteur anticonformiste eût pu continuer, si le délai imparti n’était pas épuisé.
En termes de perspective ayant rapport avec les mouvements de soulèvement dit « Printemps arabe », il eût été plus rationnel d’envisager le processus historique dans cette région en générations qu’en années comme la propagande capitaliste tente de le faire croire. Les gouvernements d’Occident ont toujours opté pour le changement des personnes à la direction de l’État, mais jamais favorables à un changement réel de régime. C’est pourquoi, dans la foulée des factions religieuses fondamentalistes qui ont usurpé le pouvoir là-bas en marginalisant les structures de gauche et le mouvement ouvrier local, ils portent aujourd’hui sur les bras le flux migratoire quasiment ingérable. Européens comme Nord-Américains supputent et se plaignent du phénomène qu’ils ont eux-mêmes, par leur égoïsme et appât insatiable du gain, créé en ouvrant le flanc de ces peuples opprimés aux islamistes intégristes. Ils sont les premiers à parler de radicalisation des jeunes au Daesh ou État islamique, mais il fallait y penser.
Jean-Marie Beaudouin
Mars 2016; coifopcha@yahoo.fr
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.