Aujourd’hui, la République est en train de faire face à un groupe d'hommes politiques qu'on peut appeler de bon droit des «sous-hommes». Cette catégorie là ne fait pas honneur ni à la société haïtienne, ni à leurs parents, ni à leurs mandants et non plus à la jeunesse haïtienne. C'est une catégorie qui cherche à se faire élire, d'une part, pour être protégé par l'immunité parlementaire et, d'autre part, pour jouir des privilèges tout en se baignant dans la corruption.
Qui pouvait croire que le vote d'un député coûterait aussi cher pour voter la déclaration de la politique générale d'un Premier ministre et son gouvernement? La présence d'un groupe de députés à la Chambre basse a un coût. Les élus du peuple préfèrent appliquer la politique de la chaise vide au lieu de venir prendre part au débat portant sur l’avenir de la république le dimanche 20 mars 2016.
Le Parlement n'est plus un lieu de débats contradictoires pour éclairer le peuple. Nous devons justifier pourquoi il est nécessaire de lutter contre ce groupe de députés qui veulent monnayer leur vote, et notamment contre la corruption au sein de cette institution sacrée. Une telle interrogation peut paraître de prime abord iconoclaste: dans une perspective juridique ou morale, ces activités illicites doivent être réprimées tout simplement parce qu’elles constituent une atteinte à un droit fondamental pour chaque député, le droit de voter librement avec leur conscience et leur conviction. Il convient de démontrer que la corruption au sein du Parlement a des effets indésirables sur la société haïtienne.
• Le Premier ministre désigné a reçu un vote de non-confiance de sa politique générale. La Chambre des députés a souverainement tranché, maintenant, il revient au président de la République de jouer sa partition dans un délai prompt. Le président a le pouvoir de choisir son nouveau Premier ministre et de l’installer au regard de l’article 149-2 de la Constitution amendée, elle dispose : Aucune procédure d’interpellation du gouvernement ne peut être entamée durant les périodes d’empêchement temporaire du président de la république ou de vacance présidentielle. Dans le cas où une telle procédure aurait été entamée, elle est suspendue.
• Le président peut choisir de concert avec le Parlement un autre Premier ministre tout en gardant les mêmes ministres.
• Le président peut aussi chercher un accord politique avec les deux branches de l’assemblée pour éviter les dilatoires en nommant un homme ou une femme comme premier ministre et demande aux hommes de loi de statuer sur «l’urgence» de la déclaration de la politique générale du nouveau premier ministre et son gouvernement.
Quels sont ces différents coûts qu'un député corrompu impose à la société, si son vote doit coûter soixante mille dollars américains (60000) ? Quelle serait leur ampleur aujourd'hui dans une République comme la nôtre?
Quelle qu'en soit la forme, elle impose plusieurs types de coûts plus ou moins intangibles, à la société: le coût monétaire, les coûts psychologiques, coût d'opportunité, pour ne citer que ceux là.
- Coût monétaire pour l'État, perte de temps et de productivité.
- Coût psychologie pour la société haïtienne, détérioration de la qualité de vie.
- Coût d'opportunité, force de travail non utilisée pour accroître la richesse de la république mais pour la redistribuer.
Cependant, la notion de sous-hommes peut-être vue sous différents angles; or, tous les citoyens de ce pays ne sont pas des sous-hommes, il y a des honnêtes hommes qui aiment et qui vivent dans cette République. Or, les catégories que nous allons citer peuvent être considérées comme des sous-hommes, par exemple :
• ceux qui violent les femmes de la République ;
• ceux qui pratiquent la violence physique et verbale à l’encontre des femmes ;
• ceux qui enlèvent les enfants et les tuent après avoir reçu les rançons;
• ceux qui pillent les caisses de l’Etat;
• ceux qui gouvernent mal la république ;
• ceux qui tuent les policiers en fonction ;
• ceux qui financent les gangs ;
• ceux qui fournissent les armes aux scélérats pour tuer pour eux en période électorale ;
• Ceux qui rentrent dans la prison pour libérer les dealers de drogues et les kidnappeurs ;
• ceux qui licencient les juges qui arrêtent les dealers et les kidnappeurs ;
• ceux qui payent les conseillers du CEP pour être élus;
• ceux qui donnent des mauvaises informations à la nation ;
• ceux qui ne respectent pas les lois de la républiques, ce sont tous des sous-hommes.
Or, ce groupe de la honte qui renvoie une image négative vers l'extérieur du pays et aussi à la société haïtienne, plus particulièrement à notre jeunesse, mérite d'abord, une sanction morale et ensuite une sanction pénale.
Qu’avons-nous à dire aux fils et filles de ceux qui ont péri sans avoir vécu la démocratie, mais l’ayant beaucoup recherchée ?
Aujourd’hui, il appartient aux législateurs d’agir pour sauver la République.
La société haïtienne ne peut et ne doit pas rester passive à l’égard du groupe d’hommes qui cherche par tous moyens de bloquer le pays. Nous sommes dans une impasse politique sans issue. Ceux qui veulent bloquer la République doivent savoir que, pour sauver un héritage, il faut être capable de le conquérir à nouveau. Les députés de la république doivent être au-dessus des clivages qui parfois minent l’institution, comme les affrontements entre idéologies libérales de droite, Pitit Dessalines et fanmi Lavalas de gauche, preuve d’un régime d’intolérance et de violence verbale. La démonstration du groupe A .P.H face aux autres groupes ne nous permet pas de croire que la dimension morale de la politique ne rejette pas les appartenances sociales. Or, il est nécessaire de rappeler à certains élus que le cœur de la société haïtienne est encore vivant, le vendredi 22 janvier 2015 l’a prouvé par la foule massive qui disait non à une sélection oui à une élection libre et transparente. De tout cela, nous devons dire à la nation ces mots sacrés : «Pour défendre le devoir et le bien commun contre la peur et le matérialisme, il faut accepter d’être mal jugé et peut être risqué même la torture physique»
Car chaque député doit comprendre qu'il a reçu un mandat représentatif de leurs mandants. Les missions et attributions d'un député sont très bien définies par la Constitution. Un député n'est pas un agent de développement comme on veut nous faire croire, c'est un élu de la république qui est doté d'un pouvoir de contrôler l'exécutif, voter le budget de la république, voter les projet de loi émanant de l'exécutif, ratifier les accords internationaux, voter les propositions de loi émanant des deux chambres, inviter, interpeller et révoquer le Premier ministre et son gouvernement ou un ou plusieurs Ministres d'un gouvernement par un vote de censure et aussi se constitue en chambre d'accusation pour mettre en accusation le Président de la République, le Premier ministre, les ministres en fonction et les hauts fonctionnaires de la République.
Nous devons aussi rappeler à la société haïtienne que la corruption ne touche pas seulement le Parlement haïtien, c'est une maladie qui affecte presque toutes les couches de la société haïtienne. Elle est répandue à tous les niveaux et dans les dix départements et au sein de chaque institution existante.
Que faire pour éradiquer ce phénomène ?
• Une réforme de nos administrations publiques s'impose.
• Un meilleur contrôle de nos services publics.
• La revalorisation des salaires des fonctionnaires publiques.
• La mise en place d'un inspectorat au sein de chaque administration publique.
• La mise en place d’une politique publique contre l’impunité.
• La refonte de nos codes et lois s’impose.
• Implémenter la reforme de l’administration par une publique de la bonne gouvernance.
• La mise en place d’un code d’éthique pour réglementer la fonction publique.
• Renforcer le pouvoir de la police judiciaire et la police administrative
• Redéfinir les critères d’éligibilité des députés, sénateurs et présidents de la République.
• Redéfinir le mode de recrutement des fonctionnaires publiques
• Faire voter une loi sur les nominations des hauts fonctionnaires et hauts cadres publiques.
• Doter les juges et juges d’instruction plus de moyens pour être efficace.
• Sortir le commissaire du gouvernement sous l’autorité du ministre de la Justice.
• Redéfinir les missions et attributions du juge de paix.
• Renforcer la capacité institutionnelle et opérationnelle de l'ULCC et de L’UCREF afin de mieux lutter contre la corruption.
Certes, aujourd’hui, la République est dans une impasse politique, un groupe d’hommes s’érige en une force politique pour bloquer le pays. Ces derniers ne peuvent gagner leurs richesses que dans l’instabilité. Il y a dans cette république des marchands de sommeil qui possèdent des maisons dans les ghettos pour louer aux misérables et il existe aussi dans cette république des maisons qui valent entre cinq à dix millions de dollars américains. Alors, d’où vient cet argent, si ce n’est dans la corruption ?
Dr Frantz Toyo
Docteur en science politique et en droit
Professeur des universités et avocat
Tel :36227332 – frantz_toyo@yahoo.fr
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