« En avril de l'année prochaine, je participerai au sommet sur la finance comme simple citoyen », a déclaré mardi soir le président provisoire Jocelerme Privert. Le président intervenait lors d’une soirée d’hommage à des acteurs du monde des affaires haïtien dans le cadre du 6e sommet sur la finance. Alors que la machine à rumeurs s’emballe, le président a préféré user du ton de la plaisanterie pour donner une indication sur la durée de son mandat qui est censé prendre fin au plus tard le 14 juin au terme de cent vingt jours.
L’accord qui a permis à Jocelerme Privert de devenir président provisoire renferme des dates qui demandent clarification : le 24 avril, des élections devaient se tenir en Haïti; et le 14 mai 2016, un nouveau président élu devait prendre charge au palais national. On peut déjà le dire, rien de cela ne se fera. Le Premier ministre Enex Jean-Charles l'a dit aux sénateurs ce mercredi.
Ce mercredi, le président provisoire a dévoilé que le Conseil électoral rendra public le prochain calendrier électoral entre le 15 et le 31 mai 2016. Personne ne sait encore quand auront vraiment lieu les élections. Ni si celles de 2015, avortées début 2016, vont rencontrer les élections sénatoriales prévues pour fin 2016.
Avant de prendre l’avion pour sa première mission à l’étranger, l’ancien président du Sénat, devenu président de la République, a indiqué que l’arrêté de nomination des cinq membres de la commission de vérification sera publié sous peu. Leurs noms sont connus. Cette commission déterminera l’avenir du processus démocratique, et ce quelle que soit le sort qui sera fait à ladite commission ou quelle que soit la conclusion de ses travaux, si ces travaux se tiennent un jour.
Alors que le président partait en voyage en agitant l’épouvantail de la commission, la peur soulevée par la matérialisation imminente de cette instance de vérification a provoqué la visite au Sénat de la République, ce même mercredi, des porte-étendards de la lutte antivérification. Une brochette de diplomates du Core Group ont rencontré des sénateurs pour vendre la nécessité de la poursuite la plus simple possible du processus électoral de 2015.
Des témoins de la bataille des élections se questionnent sur l’entêtement des grands amis d’Haïti dans cette affaire d’élections. L’Union européenne, le Département d’État américain et d’autres se jettent avec une telle maladresse dans la bataille contre la vérification du processus que plus d’un se demande s’ils ne recherchent pas l’effet inverse de ce qu’ils dénoncent publiquement.
Car, si tous les observateurs étrangers s’accordent à dire que tout s’était bien passé le 25 octobre, qu’ont-ils à craindre si on soulève le jupon des urnes pour voir la couleur des délicats dessous du scrutin ?
Passer à pieds joints sur les suspicions et les doutes qui entourent les élections de 2015 peut nous faire gagner du temps tout comme cela peut entraîner le glissement du processus démocratique dans un tourbillon pire que celui qui a provoqué l’effacement du CEP d’Opont et le renvoi sine die des élections de janvier 2016.
Chercher à démonter le déroutant mécanisme de la machine électorale que le pays a bricolé depuis novembre 1987 peut aussi nous plonger dans l’effroi et l’impossibilité totale de reparler d’élections en Haïti dans les prochaines années.
Vérifier ou ne pas vérifier, des deux côtés le mal est infini et les malfinis volent bas.
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