Depuis l’ouverture du Sommet sur la finance qui se tient cette semaine à Port-au-Prince sur le thème « Financer les infrastructures », il est difficile de rencontrer dans les différentes manifestations des ingénieurs. Ces derniers sont rares au 6e Sommet, comme lors des éditions précédentes. Mardi, c’est le Collège national des ingénieurs et architectes haïtiens (CNIAH), au motif d’une impossibilité matérielle, qui a refusé l’invitation de la présidence à participer à la Commission d’évaluation et de vérification électorale. L’objet de la lettre adressée à la présidence parle d’ «impossibilité matérielle pour le CNIAH de satisfaire à la demande dans les conditions et délais impartis ». Ce jeudi, à Mirebalais, c’est l’ambassadeur américain en Haïti Peter F. Mulrean qui a lancé, aux côtés du ministre de l’Agriculture, la campagne de cueillette de nos mango. Le processus anodin de prendre une mangue de l’arbre et de l’amener au consommateur final requiert des gestes précis pour préserver la récolte d’un pourcentage élevé de pertes. A Mirebalais aussi nos ingénieurs étaient peu visibles. Quand on parle finance, processus électoral ou agriculture, pour rester dans des sujets qui font l’actualité de cette semaine, on remarque que ce sont les beaux parleurs qui ont les premiers rôles en lieu et place des scientifiques. Les ingénieurs ne sont même pas les conseillers ni les experts de premier recours des responsables qui ont la charge de changer la donne. Les raisons de cette absence d’ingénieurs formés pour trouver des solutions ingénieuses aux problèmes remontent à très loin. Haïti n’a jamais accordé la priorité aux dénouements techniques, aux rigueurs des méthodes éprouvées ou innovantes. Nous préférons les merveilleux bricolages. Certaines professions sont plus attrayantes que celles qui demandent une maîtrise des mathématiques et des autres sciences. Pire que le manque d’attrait, les écoles et facultés d’ingénieurs ne font rien pour attirer, pour faire aimer la carrière ni pour briller en résolvant les problèmes auxquels sont confrontés la population, le pays. Dans un pays aux mille problèmes, les ingénieurs sont rares et en retrait. Ce n’est pas normal. Le Collège national des ingénieurs et architectes haïtiens (CNIAH) est une association confidentielle de quelques dizaines de membres tout au plus qui, depuis sa création en 1974, n’a jamais atteint sa vitesse de croisière. La Faculté des sciences de l’Université d’Etat d’Haïti, fleuron des écoles d’ingénieurs du pays, met une petite poignée de diplômés par an sur le marché. Les meilleurs partent, les autres, des fois, s’orientent vers des carrières qui n’ont rien à voir avec le développement et le progrès continu de la société. Nous appliquons les mêmes solutions à nos problèmes depuis si longtemps que certains ont fini par croire qu’il est impossible d'innover, d’inventer, d’améliorer, de préparer de meilleurs lendemains. Les ingénieurs, dans tous les domaines, ne sont pas à leur place. Ne sont pas sollicités. N’interviennent pas pour résoudre les problèmes. Cueillir une mangue et l’exporter, concevoir, construire, entretenir et financer des infrastructures ou mettre en place un processus électoral qui débute par un bon recensement sont autant de problèmes qui gagnent à être résolus par des ingénieurs pour nous sortir de notre état d’échec chronique.