Le 15 mai 2016 seront organisées en République voisine des élections municipales, législatives et présidentielles. Alors que chez nous, on assiste à une instabilité politique chronique depuis la chute de la dictature duvaliériste en 1986. Chez nos voisins dominicains, on enregistre une certaine normalité institutionnelle datant de l’ère posttrujilliste. L’héritage de l’ère post-trujilliste L’assassinat du dictateur Rafael Leonidas Trujillo le 31 mai 1961 ouvrit la période de la démocratisation en République dominicaine. L’élection a la présidence du professeur Juan Bosch le 27 février 1963 et son renversement par un coup d'État militaire le 25 septembre 1963 n’avait pas atténué la marche vers la démocratie. Pour manifester sa colère contre le nouvel ordre imposé, le peuple dominicain se rebella en avril 1965 avec les constitutionnalistes qui réclamaient le retour au pouvoir du leader populaire. La peur de l’oligarchie dominicaine, combinée à la volonté des USA de consolider leur présence dans ce pays, entraîna l’intervention militaire des États-Unis en mai 1965. Le prétexte brandi par les Yankees était que les constitutionnalistes, conduits par Francisco Caamano, Fernandez Dominguez et Hernando Ramirez, étaient contrôlés ou infiltrés par des communistes qui voulaient établir un gouvernement castriste en République Dominicaine. Les États-Unis entreprirent de « normaliser » la vie politique dominicaine en favorisant la montée d’un gouvernement provisoire, présidé par le docteur Hector Garcia Godoy. Soutenu par les USA, soucieux de contrôler la vie politique de la République dominicaine, le gouvernement de Godoy reçut une aide financière considérable de la puissance étoilée atteignant même le montant de 122 millions de dollars. Des élections furent organisées avec la participation des deux principaux leaders de l’époque : Juan Bosch et Joaquim Balaguer qui, revenus d’exil, s’adonnèrent à la tâche ardue d’organiser leurs partis respectifs. Grâce à l’appui des États-Unis, de l’oligarchie dominicaine et des militaires trujillistes, le Parti Réformiste de Joaquin Balaguer, fondé le 1er août 1964, remporta les élections avec 759 887 votes tandis que le PRD de Juan Bosch obtint 494 570. Cette victoire du PRSC fut acquise à partir des assassinats, des emprisonnements et tortures infligés aux militants du PRD. Cependant, en butte à une contestation croissante au sein de l’appareil dirigeant du PRD, Juan Bosch laissa ce parti en 1973 et décida de fonder un autre parti de gauche : le Parti de Libération Dominicaine (PLD). Le PLD : la marche vers le pouvoir (1973-1996) Après sa réélection en 1970, Balaguer, politicien retors, profita des divisions de l’opposition pour se faire réélire une nouvelle fois en 1974. Sa longévité au pouvoir était due à la massive aide fournie par les USA de Richard Nixon et les organismes internationaux de financement. Il remporta la victoire sur l’Accord de Santiago, composé du PRD de Pena Gomez, le Parti Révolutionnaire Social Chrétien (PRSC), le Parti Quisqueyen Démocrate (PQD) fondé par l’ex-général Elias Wessin y Wessin, et le Mouvement Populaire Dominicain. Le PLD émergea alors comme la troisième force politique du pays. Elle conserva cette même position lors des consultations électorales de 1978 derrière le PRD de Antonio Guzman et le Parti Réformiste de Balaguer avec 18 375 votes. Malgré les démêlés de Guzman avec les instances dirigeantes du PRD, ce parti remporte encore une fois la victoire en 1982 avec la montée au pouvoir du sénateur de la capitale, Salvador Jorge Blanco. Très loin du PRD et du PRSC, le PLD augmenta sa force électorale en atteignant le chiffre record de 179 849 votes. Ce à partir du travail d’organisation de son leader historique, le professeur Juan Bosch. Le début des années 90 est marqué en puissance du très charismatique leader du PRD, Jose Francisco Peña Gomez. Ancien maire de Santo Domingo, ce dernier jouissait d’une popularité extraordinaire malgré l’aversion des élites dominicaines à son égard. Pour barrer la route à Peña Gomez, ses thuriféraires étaient prêts à tout. Des ennemis irréductibles n’hésitaient pas à se mettre ensemble afin d’éviter que le leader noir parvienne au timon des affaires malgré sa popularité. Sa compétence et son appartenance à l’Internationale Socialiste. Lors des élections présidentielles de 1996, les farouches opposants Juan Bosch (PLD) et Joaquin Balaguer (PRSC) scellèrent une alliance historique (contre nature) afin de favoriser l’émergence du jeune leader perredeiste, Leonel Fenandez. Le « Frente Patriotico » gagna les élections avec 51% des votes. Encore une fois, Peña Gomez fut défait après les élections frauduleuses de 1994 usurpées par le vieux caudillo réformiste. Le PLD : le nouveau parti-État Avec l’arrivée au pouvoir de Leonel Fernandez en 1996, le PLD va occuper le devant de la scène politique dominicaine. À partir d’habiles alliances, ce parti a géré le pays durant 12 ans (exception faite du régime de Hipolito Mejia : 2000-2004). Le PLD a accaparé toutes les sphères du pouvoir, plaçant ainsi ses proches dans des postes-clés de l’administration publique. Aux élections législatives de 2002, il obtenait 41 députés et 2 sénateurs. Pour les joutes de 2006, il récoltait 96 députés et 22 sénateurs. Enfin les élections de 2012 consacraient la main-mise totale de ce parti sur les appareils d’État avec l’élection de 31 sénateurs sur 32 possible et 105 députés sur 183 possible. Tous les rouages du pouvoir politique en République dominicaine sont contrôlés par les membres du PLD, surtout après l’élection de Danilo Medina en 2012. Danilo MEDINA : le favori du 15 mai 2016 Tous les sondages donnent Danilo Medina vainqueur des joutes électorales du 15 mai prochain au premier tour. L’écart entre lui et son principal adversaire du PRM, Luis Abinader, dépasse les trente points. Dans un article publié dans le journal HOY le 24 janvier 2016, le célèbre journaliste JUAN BOLIVAR DIAZ estime que l’opposition politique au PLD va à la boucherie électorale. Il prend l’exemple d’un sondage du service informatif SIN donnant les résultats suivants : Danilo Medina: 57%; Luis Abinader: 27%; Guillermo Moreno: 3,6%; Minou Tabarez Mirabal: 0,7%; Cette tendance a été confirmée par le dernier sondage du 20 avril 2016 de la firme Consultoria Interdisciplinaria en Desarollo S.A. donnant les résultats suivants : Danilo Medina: 62.5%; Luis Abinader: 28.8%; Guillermo Moreno: 2.1%. Plusieurs facteurs semblent jouer en faveur du président en exercice : 1- La bonne marche de l’économie L’économie dominicaine a connu une forte croissance ces dernières années. Les différents gouvernements du PLD ont réussi à contrôler l’inflation et maintenir la stabilité du peso. Grâce au tourisme, qui a enregistré le chiffre record de près de 6 000 000 de visiteurs en 2015, l’économie de ce pays est l’une des plus dynamiques de l’Amérique latine. Malgré les fortes disparités sociales, l’opinion publique constate une certaine amélioration des conditions de vie de la population après les nombreux scandales de corruption ayant entaché le régime perredeiste de Hipolito Mejia (2000- 2004), en particulier la faillite de la banque Baninter. 2- Son image d’homme du peuple Contrairement à Leonel Fernandez, perçu comme le garant des intérêts de l’oligarchie dominicaine, malgré les nombreuses réalisations de son régime, Medina est plutôt vu comme un « homme de proximité » qui écoute les nombreuses revendications des couches marginalisées, surtout à travers les «visitas sorpresas» effectuées chaque fin de semaine dans les coins les plus reculés du pays, dialoguant avec les paysans, les éleveurs et les membres des organisations communautaires de base. 3- Sa mainmise sur le parti et l’État Danilo Medina a profite de sa position pour asseoir son hégémonie au sein du parti. S’il n’a pas la stature internationale de Leonel Fernandez, il a par contre réussi à faire main basse sur les appareils du parti, notamment le comité politique, muselant ainsi son encombrant alter ego qui voulait postuler pour un quatrième mandat après avoir brigué la présidence de 1996 à 2000 puis de 2004 à 2012. Isolant le courant léonéliste, Danilo a imposé la réélection malgré le refus d’une aile non négligeable du PLD, dont le chef de file est Leonel Fernandez Reyna, président en exercice du parti. Mis en minorité au sein du comite politique, instance décisionnelle du parti, Fernandez a été obligé d’admettre le projet de réélection de Danilo pour ne pas compromettre son avenir politique et ainsi éviter l’implosion du PLD. Le consensus trouvé in extremis entre les deux groupes antagoniques a permis d’éviter la division du parti au pouvoir, division qui ressurgira probablement lors des présidentielles de 2020 quand de fidèles « danilistes », tels Reynaldo Pared Perez, Francisco Javier Garcia, Themistocles Montas, voudront contester l’omniprésence de Leonel sur la scène afin d’assouvir leurs ambitions présidentielles. 4- La division de l’opposition La balkanisation de l’opposition politique a contribué à renforcer l’hégémonie du PLD sur la scène politique dominicaine. En effet, le Parti Révolutionnaire Dominicain (PRD), véritable parti de masses, s’est disloqué. Le leadership de Miguel Vargas Maldonado est remis en question par des figures historiques de ce parti. Une aile importante du PRD, conduite par Hipolito Mejia, est allée rejoindre les rangs du PRM de Luis Abinader alors que l’autre aile, fidèle à Miguel Vargas, s’est alliée à son adversaire des vingt dernières années, le PLD, augmentant ainsi les chances de l’ancien «BLOC PROGRESSISTE» qui avait largement contribué aux succès électoraux de Leonel Fernandez en 1996, 2004 et 2008 et de Danilo Medina en 2012. Ainsi le rapport de forces est nettement favorable au parti au pouvoir et sa victoire aux élections du 15 mai prochain est quasi certaine malgré les scandales de corruption dont font l’objet plusieurs influents dirigeants de ce parti, en particulier le sénateur Felix Bautista accusé d’enrichissement illicite et l’ancien président Leonel Fernandez, dont les prétendus liens avec le narcotrafiquant Quirino Paulino avaient défrayé la chronique en République dominicaine au cours du premier trimestre 2015. Enfin, malgré l’alliance récemment conclue entre le PRM et le Parti Réformiste Social Chrétien (PRSC) de feu Joaquin Balaguer et également l’abandon du « BLOC PROGRESSISTE » de la Fuerza Nacional Progresista du bruyant ultranationaliste, Vinicio Castillo, le PLD semble être en mesure de gagner haut la main les joutes électorales du 15 mai 2016, devenant ainsi, depuis Balaguer, le premier parti politique à passer douze ans consécutifs au pouvoir.