L’humilité a toute sa place dans ce monde de plus en plus arrogant. Il nous manque dans ce monde (notamment en Haïti) une culture de l’humilité. L’arrogance y est en pleine recrudescence. Le courage d’être humble, c’est celui d’avoir le sens de l’autre. C’est le courage moral de ne pas blesser l’autre inutilement. C’est par manque d’humilité qu’un individu survalorise ses propres réalisations, tout en essayant de déconsidérer l’autre aux yeux de tous. Quelqu’un qui est humble sait ce qu’il vaut. Il reconnaît également ses faiblesses. Il est capable de dialoguer avec les autres tout en maîtrisant son propre ego, car il sait très bien qu’il lui reste encore beaucoup à apprendre. Le courage d’être humble est celui de ne pas se laisser ébranler par les accusations gratuites de l’autre. La personne humble est capable de mesurer ses réactions. Le savoir est humble, c’est l’ignorance qui est arrogante. L’arrogant fait toujours feu de tout bois pour être glorifié. Il est incapable d’évaluer avec lucidité les conséquences de ses actes. Il méprise l’autre pour laisser comprendre qu’il est supérieur. Pourtant, le comportement méprisant à l’égard d’autrui est un comportement colonial. Le passionné du mépris fait toujours preuve de bassesse. En voulant mépriser l’autre, on se méprise. Le courage d’être humble, c’est pouvoir s’armer de force d’âme pour résister à l’arrogance de l’autre. Savoir être humble en Haïti est une démonstration de courage. Les gens sont arrogants pour se sentir estimés. L’humilité est capable de nous fortifier et de nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes. Ricarson Dorcé est très connu dans le milieu culturel haïtien pour son humilité. Il a un tempérament d’homme pacificateur actif. Il est parmi les jeunes les plus prometteurs en Haïti. C’est un intellectuel public qui intervient beaucoup dans les medias. Ce qui me plaît chez lui, c’est son point fort de ne pas réagir aux attaques personnelles. Par rapport aux polémiques à travers le journal Le Nouvelliste (28 mars et 4 avril 2016) autour de son article sur le livre du prof Yves Dorestal, j’ai aimé sa réponse pleine d’humilité et de sagesse. Vive le Web et le libre accès qui a permis de montrer l'antériorité de son article ! Bien avant la sortie de l’article de Jean-Jacques Cadet, j’ai pu lire avec plaisir l’article de Ricarson qui, depuis le 9 juin 2015 jusqu’à nos jours, est en ligne (http://www.cucihaiti.org/2015/06/09/jacques-roumain-et-son-utopie-communiste/). Durant la même année (soit en décembre 2015), le même article a été paru dans le dernier numéro de la revue Demanbre portant sur René Philoctète. J’ai aussi lu le dernier numéro de cette revue. Le 21 mars 2016, l’article a été repris par le journal Le Nouvelliste. Malheureusement, certaines personnes, en vue de mieux paraître, n’ont de choix que de chercher à humilier les autres. La volonté de toujours mieux paraître peut être pathologique. Je suis conscient, à l’instar de Pierre Bourdieu, de ces rapports de forces entre les intellectuels concurrents. C’est un jeu d’intérêts. Ces intérêts ne sont pas forcément des intérêts scientifiques : la quête de visibilité, l’amour de l’honneur, l’envie, les enjeux matériels, etc. Le champ académique exige certes de la rivalité, mais on doit respecter les principes. La lutte doit être réglée rationnellement. C’est dans la concurrence plus que déloyale que tous les coups bas sont permis. D’où l’importance de l’humilité de Ricarson face à l’arrogance de l’autre dont tous les indices montrent qu’il est en tort. L’accusateur n’est pas honnête. Il aurait dû contacter l’auteur, lui demander des explications avant de faire des accusations gratuites. D’ailleurs, il a utilisé un titre prouvant son incertitude : « Tentative de plagiat… ». Il n’était même pas sûr des ses propos. Ricarson avait raison de lui dire stratégiquement d’aller faire valoir ses droits par devant instance de droit (Bureau haïtien du droit d’auteur). Pour finir, je rappelle que Ricarson Dorcé a pu construire un nom dans le milieu culturel haïtien en peu de temps. Né à Petit-Goâve, le 23 mai 1987, il est licencié en psychologie et maître en Histoire, mémoire et patrimoine. Il a également une formation universitaire de premier cycle en droit et en communication sociale, ainsi que de deuxième cycle en sciences du développement. Il est membre de plusieurs réseaux intellectuels tant en Haïti qu’à l’étranger. Ses textes sont publiés dans des revues et éditions haïtiennes, françaises, canadiennes, belges et états-uniennes, etc. Il a déjà produit environ neuf ouvrages personnels (textes littéraires et essais scientifiques) et participé dans au moins sept ouvrages collectifs. Ses essais portent sur l’enfance en domesticité, la communication participative, le patrimoine, le Parlement haïtien, le développement local, la question du genre, etc. Ses textes littéraires traitent de la solidarité, de l’esclavage, de la guerre, de la condition humaine, de la liberté, etc. Ce ne sera pas facile de fragiliser la carrière intellectuelle d’un jeune très prometteur.