En soumettant son rapport lundi au président de la République, en présence de la presse et de diverses personnalités, la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale a touché du doigt la plaie qui ronge ce pays depuis une vingtaine d’années. Toutes les faiblesses des opérations électorales ont été identifiées par la Commission qui préconise la refonte du système électoral haïtien. Il n’est un secret pour personne que la première grave crise électorale de l’après-Duvalier remonte aux élections du 21 mai 2000. Depuis lors, aucun gouvernement n’a pris les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes constatés dans ce système électoral. Les différents gouvernements qui se sont succédé se montraient plus intéressés à exploiter les faiblesses du système au lieu d’améliorer le processus électoral. C’est dans cette optique qu’après chaque crise électorale, une crise politique voit le jour. En avril 1997, en 2000 et en 2010 et récemment en 2015. Ce qui explique qu’en l’espace de 19 ans, le pays a connu quatre crises électorales qui nous ont valu une vingtaine de missions internationales.
L’exemple de la Commission de l’Organisation des Etats américains en décembre 2010 est patent. En analysant le scrutin pour éliminer les fraudes, à la suite de la publication des résultats des élections du 28 novembre 2010, les commissaires avaient relevé les faiblesses du système électoral, mais ils n’avaient rien révélé. L’élimination du candidat du parti au pouvoir Jude Célestin fut l’unique motivation de la communauté internationale à cette époque. Jude Célestin a été mis à l’index pour le plaisir des puissances impérialistes.
Lors des élections déroulées le 9 août 2015, les observateurs internationaux avaient découvert les graves irrégularités. Malheureusement, la mission de l’Union européenne n’avait dévoilé que quelques fautes à corriger au second tour. La presse locale et les observateurs nationaux avaient dénoncé les violences, les luttes d’influence et les manquements dans les opérations électorales. Le Conseil électoral provisoire et le gouvernement n’avaient tiré aucune leçon de cette journée. Le 25 octobre 2015, le scrutin s’était déroulé dans le calme, l’invasion des mandataires a sauté aux yeux des journalistes et des observateurs qui constataient cette scène pour le moins étrange. Plus tard, on découvrira qu'il y avait plus de mandataires que de votants dans la plupart des bureaux de vote.
Avec ce rapport de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale, le Conseil électoral provisoire dirigé par Léopold Berlanger ne peut se lancer dans une nouvelle aventure électorale sans tenir compte des recommandations y afférentes. Il est question d’analyser chaque opération électorale, de vérifier les modalités de sa réalisation et de recruter les ressources humaines susceptibles de produire les résultats escomptés. L’institution électorale va-t-elle s’empresser de rendre public un calendrier électoral avant de mesurer l’ampleur des tâches à accomplir dans le cadre d’une nouvelle philosophie électorale ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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