Même sous tutelle, Haïti tient tête à la communauté internationale. Contrairement au vœu des Blancs, l’administration Privert-Charles choisit d’appliquer les recommandations de la Commission indépendante d'évaluation et de vérification électorale (CIEVE). Une décision apparemment applaudie par la population haïtienne. C’est compréhensible dans la mesure où cela n’arrive pas tous les jours chez nous. Si cette mesure, surprenante pour certains, redonne le sourire à une partie de la population, elle fait aussi pleurer. Comme l’international, le Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) clame haut et fort son désaccord avec la décision de reprendre l’élection présidentielle. Si le PHTK tente de multiplier les manifestations de rue, la communauté internationale, quant à elle, refuse de sortir son chéquier pour financer les prochaines élections. Une façon de nous rappeler que l’aide n’est ni désintéressée, ni inconditionnelle. Avec le rapport de la CIEVE, Haïti trouve apparemment une stratégie pour rapatrier son processus électoral accaparé par nos « amis ». Quel citoyen haïtien n’applaudira pas le rapatriement du processus électoral ? Ce serait peut-être un premier pas vers la reprise de notre souveraineté qui n’existe que de nom dans un pays sous tutelle de l’ONU. Vouloir rapatrier notre processus électoral, n’est-ce pas une bonne chose ? Même si on ne sait pas encore ce que cela va coûter, on sait que cela exige de la volonté et des sacrifices. Combien d’entre nous sont prêts à en payer le prix ? La facture des élections ne se résume pas au budget de l’opération électorale. Les dernières élections n’ont-elles pas été financées à hauteur de 100 millions de dollars américains ? Pourtant, on a eu les résultats que nous connaissons. A côté du budget, la réussite d’un processus électoral nécessite la participation citoyenne. Un concept qui est absent des élections de chez nous. La faute est à qui ? Aux partis politiques – à de rares exceptions - qui ne comptent que des membres sur du papier ? Aux autorités politiques qui ont toujours des velléités de contrôler le processus en vue de garantir leur réélection ou celle de leurs proches ? Aux fils et filles du pays qui brandissent toujours des alibis pour fuir leurs responsabilités ? Le refus de la communauté internationale de financer la reprise de l’élection présidentielle nous met face à nos responsabilités. Celles de financer nous-mêmes le processus et de nous assurer qu’il se déroule dans les meilleures conditions entre autres. Les prochaines élections constitueront un test pour nos faibles institutions qui doivent s’assurer que chaque centime est dépensé sainement, mettre les bandits hors d’état de nuire et surtout éviter les fraudes et irrégularités comme lors du scrutin du 25 octobre dernier. Voilà le défi à relever par l’administration Privert/Jean-Charles, le CEP de Léopold Belanger, la PNH, la classe politique, l’élite économique et chaque citoyen haïtien. Faute de relever ce défi, la facture à payer sera lourde.