Deux communiqués à l’allure de turbulences politiques ou de panique au sommet de l’Etat. Le premier, paru vendredi, porte sur la suspension des permis de port d’arme – toujours effective jusqu’à lundi soir. Le second, publié par le bureau de communication de la Primature, annonce un couvre-feu sur toute la région métropolitaine. Ces mesures interviennent à la suite des incidents enregistrés dans la capitale, dont des tentatives d’incendie de stations d’essence, des tirs sur des institutions publiques ou des déclarations incendiaires d’anciens responsables de l’Etat. Dans sa note, le CSPN souligne avoir « instruit le directeur de la police nationale de s’assurer de la stricte application de ladite mesure ». Que personne ne sorte ! En cas d’urgence médicale on est prié de composer le Centre ambulancier national au numéro suivant : *116. Le communiqué est sorti alors qu’il était déjà 9h p.m. Et, plus de 30 minutes après le début du couvre-feu, on continuait de circuler à Port-au-Prince. Peu habituée à cette mesure exceptionnelle, la population n’était pas non plus avisée. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle a eu l’effet d’une bombe. Ces mesures drastiques de l’administration Privert-Jean-Charles sont prises à un moment où d'anciens dirigeants de l’État ne retiennent plus leur langue. Réputé homme conciliant jusqu’à son accession au poste de Premier ministre, Evans Paul (ancien fidèle allié d’Aristide) hausse peu à peu le ton depuis qu’il a quitté la Primature. M. Paul, qui a pu devenir chef de gouvernement à la suite d’un accord pour remplacer Laurent Lamothe, poussé vers la sortie, après une tornade politique, a repris depuis peu son costume d’opposant. Après avoir été en guerre ouverte avec Jocelerme Privert, K-Plim a annoncé la couleur à quelques heures de la fin officielle du mandat du chef de l'Etat. Assis autour d’une table à côté des dirigeants du PHTK, du KID et de Repons Peyizan, Evans Paul a annoncé le lancement d’une opération baptisée « Depoze », pour forcer Jocelerme Privert, accusé de vouloir garder le pouvoir au-delà du 14 juin, à partir. « Lè w pa konpoze, ou dekonpoze, lè w fin dekonpoze yo depoze w », a lancé K-P, adepte des slogans à message voilé. Dans le cadre des mouvements annoncés par Evans Paul et ses alliés, une veillée « patriotique » et une marche à la chandelle devaient se tenir dans les rues de la capitale. Une manifestation « zombie ». Du jamais vu. Le communiqué annonçant le couvre-feu s’ensuit avant que les forces de l'ordre ne ferment les rues donnant accès au palais national gardés par des chars blindés. Selon l’accord du 5 février, ce mardi 14 juin devrait marquer la fin du mandat de la présidence de Jocelerme Privert. Du moins officiellement. A quelques heures d’une hypothétique séance en Assemblée nationale, on nage en pleine incertitude politique. Mais, quoi qu’il en soit, ce 14 juin sera déterminant dans l’avenir politique du pays. Que la transition est difficile ! Une transition qui n’en finit pas, dirait Pierre-Raymond Dumas dans sa chronique.