Nous, soussignés, socioprofessionnels haïtiens, suivons avec intérêt, préoccupation et satisfaction depuis une semaine le débat qui a suivi la publication du rapport final de la CIEVE le lundi 30 mai 2016. Tant dans le fond que dans la forme, il s’agit d’un débat crucial portant sur les enjeux réels du mécanisme démocratique de renouvellement du personnel politique dans le pays. À ce titre, il convient de souligner que la position d’un groupe majoritaire de parlementaires, dans une tradition bien ancrée dans la vie politique haïtienne depuis maintenant deux cents ans, se place contre la nation et le peuple haïtien en refusant la libre expression de la volonté populaire. En effet, depuis quelques années, à chaque élection, Haïti vit une situation exacerbée de crise liée à la réalisation du processus de renouvellement de son personnel politique. Ce qui aurait pu être une simple formalité institutionnelle se révèle à chaque fois une pierre d’achoppement pour le bon fonctionnement des pouvoirs publics et de la société en général. Cependant, avec la proclamation de Michel Martelly en 2010, comme président de la République, par la communauté internationale, la situation a empiré. Car, pendant tout un quinquennat de 2011 à 2015, le président n’a manifesté aucune volonté réelle de doter le pays de dirigeants issus d’élections libres, honnêtes, crédibles et démocratiques. Par exemple, les élections municipales qui devaient avoir lieu vers la fin de l’année 2011 n’ont pas été réalisées. De surcroît, le président a préféré nommer des agents exécutifs intérimaires en lieu et place d’élus légitimes. Ce faisant, en réalité, il s’agit d’une conséquence de l’inconséquence des autorités supportées par une frange significative de la communauté internationale et des élites économiques pour qui seul compte le confort de leurs intérêts au détriment de la nation haïtienne. Par la suite, afin de se pérenniser au pouvoir, l’équipe Tèt kale agissant sous l’obédience du Core Group a mis en branle toute une machinerie sophistiquée en vue d’accaparer la volonté populaire. En témoignent les résultats électoraux des 9 août et 25 octobre 2015... Ces électioms émaillées de fraudes massives et d’énormes irrégularités ont conduit à une situation de protestation généralisée de l’opposition démocratique et populaire. Il s’en est suivi que le plan Tèt Kale n’a pas pu se concrétiser en raison des manifestations populaires réclamant l’évaluation et la vérification complète du processus électoral. Qu’on se rappelle la journée historique du 22 janvier 2016. De ce fait, trois tentatives, soit le 27 décembre 2015, 17 et 24 janvier 2016, ont conduit à l'arrêt de la farce électorale du pouvoir en place. En effet, la non-tenue de ces élections a coïncidé avec le terme du mandat de Michel Joseph Martelly et a provoqué un dysfonctionnement institutionnel des pouvoirs publics entraînant d’une part, un pouvoir législatif, en majeure partie, contesté et décrié, un vide manifeste du pouvoir exécutif, d’autre part. Au comble de cette situation, les mal-élus du pouvoir législatif, bénéficiaires de ces élections frauduleuses, ont décidé unilatéralement d’élire au second degré le président du Sénat d’alors, le sénateur Jocelerme Privert pour assurer la présidence provisoire, avec pour mandat de poursuivre les élections interrompues sous la pression populaire et de crédibiliser le processus. Étant donné que le motif principal de l’arrêt de ces joutes était la dénonciation des fraudes massives et la manipulation du vote populaire, la mise sur pied d’une commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale était devenue fondamentale. Conformément à cette exigence populaire et ce, malgré le désaccord de l’équipe Tèt kale, du Core group et des parlementaires, le président provisoire, après avoir consulté les forces vives de la nation, a appliqué la revendication de mettre en place la commission. Aussi a-t-on vu naître cette commission tant attendue par la population haïtienne le 29 avril 2016 ayant pour mandat d’épurer et de crédibiliser le processus électoral suivant les termes de référence élaborés par les acteurs tant du secteur politique que de la société civile. Elle avait un délai d’un mois calendaire pour produire son rapport. Comme beaucoup s’y attendaient, le rapport final de la commission fait état d’un processus électoral perverti de fraudes massives et d’irrégularités graves, au point que celle-ci trouve nécessaire de recommander la reprise totale du processus électoral afin de le crédibiliser. De l’avis de plus d’un, il aurait été salutaire que la commission indique clairement les fraudeurs ainsi que les bénéficiaires des fraudes; car, une démocratie, même formelle, ne saurait se construire sans responsabiliser les contrevenants aux principes surtout dans une société ou la quête de justice reste un vœu pieux face à la culture de fraude et de vol historique. Toutefois, il est nécessaire de nuancer : la position de la commission se veut être une position de prudence avec la prétention de ne pas engager la société sur une voie de confrontation et dont l’objectif vise surtout à apaiser les irritants. À cet égard, nous, socioprofessionnels progressistes haïtiens, saluons le travail de la commission tout en nous engageant à exiger du Conseil électoral provisoire la prise en compte intégrale des recommandations ainsi que l’application stricte du décret électoral contre les fraudeurs et les bénéficiaires des fraudes conformément à son article 171. Tout en prenant acte de la publication du nouveau calendrier électoral semblant faire suite aux recommandations du CIEVE de reprendre intégralement le processus électoral, nous invitons le CEP (de même que l'administration Privert-Jean-Charles) à prendre toutes les mesures susceptibles de garantir le respect de la légitimité du vote populaire également au Parlement. Par ailleurs, nous condamnons l’attitude de nombreux parlementaires dont la plupart ont bénéficié de ces élections scandaleuses, qui aujourd’hui s’obstinent à s’opposer à la volonté populaire en prétendant ne pas reconnaître les recommandations de la Commission d’évaluation et de vérification électorale. Ainsi, ne pourrait-on pas se demander pourquoi ‘‘élire’’ des sénateurs et députés si leurs intérêts particuliers doivent toujours s’opposer à l’intérêt national? Il y va de la responsabilité morale et politique des hommes et femmes ‘‘élus’’ pour le bien de la société de transcender leurs profits personnels. À cet égard, nous attendons encore la réaction des sénateurs et des députés qui se disent démocrates et proches du peuple. Aussi, nous appuyons toutes les initiatives visant à contraindre l’État central et le CEP à œuvrer dans le sens de la justice électorale en appliquant la loi et les recommandations de la commission. Dans cette perspective, nous comptons entreprendre (et supporter) toute action concordante pour soutenir l’application du rapport et assurer le respect du vote populaire, seul capable de favoriser un climat de stabilité serein et propice dans le pays au profit du plus grand nombre. Vive des élections transparentes, démocratiques, honnêtes et inclusives en Haïti! Vive Haïti libre, autonome et souveraine ! Vive le respect de la souveraineté populaire! Pour authentification Suivent les signatures : BELFLEUR, Jean Willy, normalien supérieur, pédagogue-professeur. BERTILUS, Bertha, avocate, psychologue. BOSSÉ, Biltonn, psychologue. CASSÉUS, Asline, informaticienne. CELESTIN, Reynold, historien-géographe. CENADIN, Léonès, ingénieur. CHÉRY, Pierre-Michel, écrivain, académicien créole. CLERVEAU, Michelet, géographe, enseignant chercheur. DARBOUZE, James, philosophe-travailleur Indépendant. DORCILUS, Sylvestre Fils, journaliste. JEAN- PIERRE, Emmanuel, ingenier-statisticien, normalien supérieur. ETIENNE, Jean Odile, géographe – enseignant-chercheur. GEORGES, Wilbert Franck, normalien supérieur, enseignant. JOSEPH, Jean Reynold, professeur. JOSEPH, Pierre Richard, sociologue. JOSEPH, Renardo, géographe – professeur d’universités LAGUERRE, Edouarzin, avocat. LINDOR, Panel, philosophe, juriste LOUIS, Raymond Junior, normalien supérieur – juriste. MATTHIEU, Frantz Junior, anthropo-sociologue. MÉRAT, Woody, normalien supérieur, enseignant. MICHEL, Fresner, normalien supérieur – enseignant NERETTE, Fritzner, normalien supérieur- enseignant, avocat. PETIT-FRERE, Dieulermesson, écrivain – éditeur. PETIOTE, Djimy, normalien supérieur – enseignant. PIERRE, Monnois, enseignant- chercheur. PIERRE-TOUSSAINT, Jean Médy, gestionnaire – travailleur indépendant. PROVIDANCE, Nelio, économiste-normalien supérieur. STINFIL, Jacques Renaud, enseignant-chercheur. STINFIL, Karl-Henry, professeur d’universités. VALENTIN, Nadine, éducatrice. Personnes contact PÉTIOTE, Djimy - 3803-1568 CELESTIN, Reynold - 3646-2194 PROVIDANCE, Nélio - 3887-9990