La théorie se suffit à elle-même, dit le professeur Jean-Jacques Roche, dans son ouvrage intitulé « Théories des relations internationales » (Roche : 2010, page 10). Elle se nourrit d’elle-même, de par ses fins. Elle nourrit les attentes de ses concepteurs, soit par les objectifs fixés, soit par les résultats escomptés ». De cette formule, découlent les intentions avides des instigateurs de crises (les États impérialistes, capitalistes endurcis) de vouloir infliger aux petits peuples le supplice, au moyen des théories à effets néfastes. Des théories taillées sur mesure, applicables IN SITU et EXCLUSIVEMENT aux pays pauvres, lesquels sont ironiquement appelés « Tiers-monde ». Et Haïti n’est aucunement exception à cette règle. Haïti, petite province française qui a su défier l’ordre mondial de l’époque coloniale, point besoin de dire que face à une telle témérité un prix est à payer. Insultée, indignée, blessée en son for intérieur, la communauté internationale ne se laissa pas plonger dans son indifférence. En conséquence, ce surnommé « petit délinquant », malgré toutes les valeurs humanitaires que sa révolution charriait, fut précipité en quarantaine. Dans la foulée d’une telle circonstance, la reconnaissance internationale serait à cette nation fraîchement née un exutoire, rien que pour survivre à l’ombre des grands. Pour y arriver, il a fallu la couronne de grâce des géants comme admission dans le concert de la communauté internationale. C’est dommage que cette reconnaissance apporte bien de maux aux pays. Puisque cela ouvra la voie au chaos. Parcelle d’île de la Caraïbe, avec ses 27 750 km2, Haïti n’est pas de taille pour s’imposer au concert des nations. Toutefois, elle est trop immense pour accueillir l’expérimentation d’une kyrielle de théories des relations internationales. Comme ce n’est pas donné à tout État la perspicacité de pouvoir intercepter les influences macabres de l’international, voilà pourquoi Haïti s’est transformée en cobaye. Combien sont-elles d’application, les théories dévastatrices en Haïti? Elles sont nombreuses en tout cas. Néanmoins, tâchons, d’un sursaut, d'énumérer quelques-unes, celles les plus criantes. La théorie du chaos est celle qui résulte de l’application simultanée de quatre composantes. Primo, l’aliénation qui, en partie, est théorisée par Karl Marx. Par celle-ci, le paysan se voit dépouillé de ses moyens de production. Son compte bancaire est hypothéqué avec l’anéantissement des cochons créoles. Secundo, la libéralisation du marché haïtien ainsi que l’élimination des barrières tarifaires au profit des grands producteurs gloutons. Car, le malheur des uns entraîne le bonheur des autres, ainsi notre marché, avec sa quasi-totalité de consommateurs, est surexploité, puis envahi par des produits étrangers « pour la plus grande part cancérigènes et/ou périmés ». Tertio, l’imposition prescrite à Haïti par les deux gendarmes de l’économie capitaliste, « Le FMI et la BIRD », d’adopter des mesures suicidaires à son économie « Ajustements structurels ». Et ce, pour ce faire, il a fallu fardeler le pays de dettes fatidiques, d’où l’assistanat avec lequel la nation haïtienne semble faire bon ménage. Quarto, le colportage d’une démocratie pleine de défauts de fabrique, MADE IN OCCIDENT. Delà, nous nous lamentons sur la perpétuelle transition démocratique, articulée à une instabilité politique sans égale avec laquelle le pays fait corps. Par la théorie de dépendance, toute possibilité de propulser Haïti sur les rails de développement est extirpée. La corruption de la politique, entre autres, la croissance exponentielle des ONG, la précarisation du secteur privé sont autant d’éléments donnant blanc-seing à cette théorie de se voir exécuter. Ainsi, pouvons-nous comprendre pourquoi des crises intergénérationnelles, multisectorielles, et pluridimensionnelles tardent à se dégager de notre chemin. Par ailleurs, l’on se demande, perplexe, où toucher? L’économie? La santé? L’agriculture? L’éducation? La politique? C’est que les réponses à ces questions nous laissent sur notre faim. Haïti se laisse agoniser, tuer froidement et lâchement au silence complice de nos dirigeants. Il faut une génération de fils et filles capables de s’ériger en véritable THINK TANK, « laboratoire d’idées innovantes », car les classes économique, politique et intellectuelle ont besoin de sang neuf. Il faut réanimer notre chère patrie. De ce fait, nous devons élaborer nous-mêmes notre théorie. « La théorie de complot positif » dont nous faisons à nos lecteurs l’économie des détails. Sauf que l’ère de la technologie nous est un tremplin. Il ne nous manque que l’heure du réveil collectif.