Après avoir tenu l’actualité en haleine pendant plus de 16 heures -de la convocation annonçant la séance en Assemblée nationale pour 11 heures du matin mardi jusqu’au moment où le président Cholzer Chancy a annoncé, après 3 heures du matin mercredi, que, faute de quorum, la séance allait être mise en continuation-, les parlementaires haïtiens ont réussi l’exploit de ne même pas pu se mettre d’accord sur un ordre du jour. En un mot, l’Assemblée nationale n’est jamais entrée dans le vif du sujet qu’elle s’est éteinte à petit feu, asphyxiée par les minoritaires qui ont multiplié les interventions avant de filer à l'anglaise. Faut-il revenir sur les motivations des uns et des autres ? Des proches du pouvoir ou des opposants? Le Parlement est une assemblée politique et il est normal que chaque camp défende ses positions, cherche à obtenir le plus de concessions et d’avantages. C’est le jeu parlementaire qui permet cet exercice en l'absence de majorité claire. En Haïti, il n'y a qu’un rare exemple de majorité claire et cela remonte aux élections de 2000. Même en ce temps-là, Jean-Bertrand Aristide lui-même n’avait pas pu faire marcher dans le même chemin les élus de son parti, encore moins les faire voter d’une seule voix. Pour citer l’esprit des propos d’un parlementaire, honorable député de la République, sur Magik 9 la semaine dernière: il ne faut pas avoir peur d'appeler un chat un chat en parlant du partage du gâteau de l'État que réclame le Parlement. La séance en Assemblée nationale s’est terminée mercredi en queue de poisson parce que les chats n’ont pas été satisfaits. Ils sont restés sur leur faim de postes et de petits cadeaux. Pour faire diversion, lors de la séance en Assemblée nationale, les honorables parlementaires ont souvent fait référence à la Constitution alors que l’assemblée ne s’est réunie qu’en vertu de l'accord du 6 février qui est tout, sauf constitutionnel. Voilà un autre point qu’il faudra suivre dans les jours qui viennent : s’il y a un nouvel accord, un consensus, il y aura une séance qui arrivera à terme, hors de cela, les moyens dilatoires, les huis clos et les chaises vides vont faire florès. Le Parlement, depuis la législature de 1988, a toujours été rebelle, chacun y a toujours cherché à avoir des avantages pour son patelin, pour ses proches, sa poche. De 1988 à 2016, l’appétit de nos élus a décuplé de façon exponentielle et inversement proportionnelle aux capacités du Trésor public. Ce qui, malheureusement, diminue, c’est leur habilité et leur disponibilité à faire leur travail et à prendre leurs responsabilités. Ah! les rapaces, nos, vos, leurs amis… ils dépècent la République. Nous devons les aider à trouver le bon chemin.