«Au Texas, on lynche les nègres». Cette réplique, tirée du film «The great debaters», a porté récemment dans cet État, une ironie amère. Un jeune Noir, ancien soldat de l'armée américaine, lourdement armé, a abattu au centre ville de Dallas cinq policiers blancs.
Le perpétrateur a tourné en véritable chaos, une démonstration pacifique, organisée en protestation à l'usage excessif de leurs armes, par des policiers blancs contre de jeunes noirs au Minnesota et en Louisiane. Plusieurs craignaient un acte de représailles de cette gravité. Cet acte démontre le fossé grandissant entre la population noire et les autorités policières, censées protéger tous les citoyens.
Pourtant, les Américains avaient démontré ces dernières années une grande facilité d'adaptation face à la mutation de leur société. Ils ont élu le 4 novembre 2008, le premier président noir de leur histoire, monsieur Barack Obama, cent quarante-trois ans après l'abolition de l'esclavage aux États-Unis et quarante ans après l'assassinat du docteur Martin Luther King. La possibilité se dessine d'avoir sous peu une femme à la Maison-Blanche. Ces avancées traduisent le rejet d'un passé de ségrégation raciale et de discrimination envers les femmes.
Les vieux démons de l'Amérique sont cependant toujours en éveil. La bastonnade féroce de Rodney King, maîtrisé et impuissant, par une bande de policiers blancs, révolte encore notre conscience. L'œil d'une caméra captant la scène à leur insu projeta pour l'univers un visage odieux dont l'Amérique n'arrive pas encore à se défaire. La présence d'une caméra était providentielle à l'occasion de cet incident. Cependant, l'immense majorité des incidents n'est pas aussi spectaculairement documentée. Ce qui révolte le plus est l'acquittement quasi automatique de ces policiers blancs par le système judiciaire comme dans le Sud profond de la ségrégation où le lynchage faisait partie des normes. L'hécatombe a été sévère depuis le début de l'année où plus d'une centaine de cas à été recensée.
Face à ces incidents à répétition, mon gendre m'a entretenu de ses appréhensions concernant l'éducation de mon petit-fils Nathan. Avec raison, il souligna le devoir des parents d'enseigner à leurs enfants le comportement indispensable face à la police, le bras armé de la société sous dominance blanche. Que de pressions continuelles pour un noir. La plus brillante réussite personnelle ne le met pas à l'abri de pareils excès. La question est raciste. Le Noir est visé uniquement parce qu'il est noir, d'où l'inacceptable de ces incidents
Le ministère des Affaires étrangères et de l'Immigration des Bahamas a récemment sorti une note exhortant ses citoyens à la plus grande prudence dans leurs contacts avec la police américaine. Selon le dirigeant de la société culturelle bahaméienne-américaine, basée à New York, cette note de prudence rejoint les conseils que tout parent d'un jeune noir vivant aux États-Unis devrait lui prodiguer. Il ajoute à notre effroi que ceci évitera peut-être de compter les corps qui seront rapatriés dans des sacs.
Il y a quelques années, je discutais avec le militant bien connu, Stokely Carmichael, devenu Khrame Toure, des résultats du mouvement américain des droits civils. J’émis l’opinion de la réussite mitigée du mouvement. La population noire souffre toujours d’une pauvreté extrême, cantonnée dans des ghettos générateurs de violences et de sous éducation, hormis l’émergence d’une classe moyenne, souvent opulente et coupée de ses bases. Ses paroles éclaircirent le voile qui obscurcissait ma vision. Il me décrivit des scènes de convivialité entre Blancs et Noirs, qui n’étaient nullement tolérées autrefois et auraient exposé le Noir à un rapide lynchage. Selon lui le mouvement des droits civils avait permis au Noir d’affirmer son humanité dans une société qui le reléguait au statut de citoyen de seconde zone.
La note du ministère des Affaires et de l’Immigration des Bahamas me trouble. L’initiative devrait émaner de la République d’Haïti où la négritude s’est mise debout pour la première fois. Comment le faire si ses citoyens sont rivés à la loi du pain incertain et de l’habitat précaire, face à l’insolente opulence de quelques-uns.
Selon la sagesse populaire, tout crime requiert un châtiment. Les crimes les plus odieux ne bénéficient plus de la prescription. L'esclavage a été reconnu par la France comme un crime contre l'humanité et de façon moins directe par les Nations unies. Dans le monde actuel dont la cohérence dépend du respect des droits de l'homme, ce principe a atteint la dimension d'une norme coutumière.
En conséquence, n'est-il pas évident qu'une forme de réparation est due aux descendants des déportés africains, réduits à la servitude, dénués de tous droits à la propriété et dont la force de travail ne visait qu'à l'accumulation de richesses par les tenants du régime esclavagiste? Dans le cas d'Haïti, les réparations sont indissociables de la restitution du paiement de la dette imposée comme préalable à sa reconnaissance.
Entre-temps, l'Allemagne et le Canada ont émis des consignes pour leur citoyens voyageant vers les États-Unis, en raison des graves violences résultant du large usage des armes à feu.
Le Royaume-Uni a découragé ses citoyens à se rendre en Caroline du Nord et au Mississipi en raison de la législation concernant les homosexuels.
Les Bahamas, pays essentiellement noir, a recommandé à ses citoyens la plus grande prudence dans ses contacts avec la police américaine.
Et monsieur le directeur, cette année les États-Unis ont invité ses citoyens à ne pas voyager pour causes de violence au Venezuela, en Iraq, au Bangladesh, au Mali et au Laos.
Combien de consignes de ce genre ont été émis à l'encontre d'Haïti par les États-Unis?
Au lecteur de fixer la morale de l'histoire.
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