Trouver les fonds pour financer nos élections paraît un casse-tête chinois. Pendant des années nous nous sommes remis à d’autres pour assurer cet acte de souveraineté. En 2016, Haïti essaie de prendre un peu plus de responsabilité dans cette affaire d’importance capitale, voilà qu'on tergiverse. L’argent, il n’y a pas dix mille manières d’y accéder. Soit qu'il soit prévu dans le budget, soit qu'on doive trouver des ressources extraordinaires pour tenir parole. Dans le cas présent, la rondelette somme de 55 millions de dollars n’est dans aucun de nos budgets. Ni dans celui qui se termine le 30 septembre 2016 ni dans celui du prochain exercice fiscal, a convenu ce vendredi le sénateur Steven Benoît. Il faudra donc trouver des ressources extrabudgétaires si Haïti tient vraiment à prendre le contrôle financier des prochaines élections. Comme en Haïti dès qu’on parle d'argent public on tend un kwi, encore une fois, la largesse de nos amis est attendue. Pays, organisations, institutions multilatérales, toute aide semble la bienvenue, même si le gouvernement joue la carte de celui qui a faim, mais qui n’est pas affamé. L’autre option est de bénéficier de contributions internes d’entreprises et d’institutions haïtiennes. Elles ne sont pas nombreuses les compagnies qui peuvent allonger des millions même comme avances sur leurs redevances fiscales. Vendredi soir, la Digicel s’est fendue d’un communiqué pour « démentir formellement avoir promis de mettre à la disposition du Conseil électoral provisoire un montant quelconque pour financer les élections ». La note de presse précise : « Afin d’apporter sa contribution au processus, le secteur des télécommunications, représenté par les deux opérateurs mobiles et le régulateur, a discuté de différentes options afin d’apporter une aide technologique ». Il faudra certainement chercher ailleurs pour payer les élections de 2016 et les suivantes et c’est là que doivent intervenir les fiscalistes et autres spécialistes en dépenses publiques. Haïti va-t-elle faire des économies pour dégager l’argent, augmenter certaines taxes existantes, créer de nouvelles redevances ou définir un paquet d’impôts d’appui à la démocratie? Et comme le temps nous manque déjà, il faudra faire flèche de tout bois pour les prochaines élections. Depuis plus de trente ans, parler de taxes est tabou en Haïti. Cela passe mal. La démocratie a un prix. Cette année ou dans un avenir proche, il serait bon que les Haïtiens, chaque citoyen, mettent la main à la poche pour payer les élections, le support aux partis politiques, un appui aux institutions démocratiques. Payer responsabilisera tout le monde. La démocratie, le développement et la bonne gouvernance qui les induira ont un coût que nous avons soigneusement évité de facturer et d’acquitter.