La réunion organisée au Palais national, la semaine dernière, entre le président provisoire Jocelerme Privert et des hommes d’affaires sur le financement des prochaines élections, a relancé le débat sur ce sujet brûlant de l’actualité. Pour la première fois en Haïti, la question du financement des élections soulève autant d’interrogations. Hommes politiques, entrepreneurs, personnalités de la société civile et hommes de la rue opinent sur ce dossier. De nombreux observateurs avaient cru qu’après la débâcle du Conseil électoral de Pierre-Louis Opont la question du financement des élections haïtiennes allait être rapatriée par le gouvernement haïtien. Des voix s’étaient élevées pour solliciter du nouveau gouvernement une allocation budgétaire afin de garantir l’indépendance de l’institution électorale. 55 millions de dollars pour les élections de cette année. Pourquoi un montant aussi élevé ? Il est certain que depuis les élections de 2006, le Conseil électoral de l’époque avait prévu des sommes alléchantes pour rémunérer des membres du personnel électoral à tous les échelons de la hiérarchie. Des dépenses inutiles sont comptabilisées depuis lors dans les budgets de l’institution pour l’organisation des élections. Des allocations de l’ordre de 1 million de gourdes sont prévues pour chacun des conseillers électoraux, le jour du scrutin. Aucun nouveau Conseil électoral n’a voulu corriger la gabegie de son prédécesseur. La volonté exprimée par différents secteurs de mettre fin à l’impression des bulletins des élections haïtiennes en terre étrangère a fait écho au sein des membres du Conseil électoral provisoire. Pourquoi ce nouveau Conseil doit-il élaborer un budget en dollars américains, alors que l’impression des bulletins et l’acquisition du matériel sensible seront assurées par des firmes haïtiennes ? Qu’est-ce qui empêche la ventilation du budget en monnaie nationale ? Dans un sens comme dans l’autre, différents secteurs attendent les éclaircissements du Conseil électoral provisoire sur le budget ventilé pour les 55 millions de dollars sollicités. Les experts en matière d’élections expliquent souvent que plus d’un tiers du budget est utilisé pour payer le personnel le jour des élections. Cependant, depuis les élections de 2006 réalisées à coups de millions de dollars, aucun Conseil électoral ne veut utiliser les services des étudiants, des élèves des lycées qui ont 18 ans accomplis ainsi que les fonctionnaires de l’Etat comme membres de bureaux de vote ou à d’autres niveaux dans l’organisation des élections. S’agit-il d’une stratégie utilisée par les différents Conseils pour se remplir les poches ? Ce budget de 55 millions de dollars américains préparé par ce CEP doit boucler la boucle des élections haïtiennes avec ces montants exagérés. L’organisation des élections en Haïti doit être une initiative citoyenne. En aucun cas, les opérations électorales ne doivent être considérées comme une occasion favorable pour s'enrichir. Il faut changer la conception haïtienne des élections pour changer la façon d’élire les dirigeants qui doivent nous gouverner. Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com