En implantant, depuis l’année dernière, une usine de fabrication de chaussures, JL Fines Shoes S.A. au Parc industriel métropolitain de Port-au-Prince, Jean Lucien Ligondé veut contribuer à la relance de la production nationale dans ce domaine. De la production à la commercialisation, cet entrepreneur a inauguré lundi, à Pétion-Ville, un magasin de chaussures fabriquées dans le pays de Dessalines. Ce coup double de cet homme d’affaires du terroir va permettre aux uns et aux autres d’apprécier cette première vague de production destinée à la rentrée des classes. Il n’est un secret pour personne que la demande locale en chaussures à cette occasion est immense, si l’on doit tenir compte des centaines de milliers d’enfants qui doivent reprendre le chemin de l’école. Dans les années 70 et jusqu’au début des années 80, il existait des magasins qui vendaient des chaussures fabriquées dans le pays. À la capitale aussi bien que dans les villes de province, des entreprises fabriquaient des chaussures, des magasins les vendaient. Des usines en fabriquaient également pour l’exportation. Au moment où la demande augmente considérablement à la fin des années 70 qui coïncide avec l’augmentation du taux d’enfants scolarisables, les entreprises qui fabriquaient ce produit ont tout bonnement fermé boutique. Il est assez difficile de déterminer la raison de l’abandon de cette filière par les entreprises de fabrication. Cependant, l’importation massive de chaussures dans le pays à cette époque et l’absence d’encadrement aux entreprises de production par le gouvernement de Jean-Claude Duvalier pourraient être la cause fondamentale de la disparition de cette filière à travers le pays. L’ouverture de ce magasin à l’occasion de la réouverture des classes constitue une bonne opportunité pour l’économie du pays. Il va falloir une grande opération de communication pour inciter les uns et les autres à apprécier ce produit local. L’idée d’implanter une usine de fabrication par département va non seulement créer des emplois, mais aussi mettre à la portée des consommateurs un bien qui sera fabriqué dans leurs régions respectives. Toute l’attention sera dirigée sur le gouvernement dans le cadre de cette louable initiative. Les autorités établies vont-elles prendre des dispositions pour protéger cette industrie ? D’autres mesures incitatives seront-elles adoptées pour encourager d’autres entrepreneurs locaux à se lancer dans la production de biens et services ? Dans les pays industrialisés, notamment les Etats-Unis d'Amérique, champions du libéralisme, les autorités fédérales protègent la production des investisseurs américains. Pourquoi dans un pays comme Haïti avec une économie moribonde, l'Etat doit-il laisser les biens produits localement à la libre concurrence des produits importés sans utiliser aucune forme de protectionnisme ? Si l’État haïtien ne protège pas les entreprises haïtiennes, qui va le faire à sa place ?